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Langue, écriture, littérature et poésie

Quelques idées directrices

  1.   Selon la thèse du linguiste Joseph Greenberg, il aurait pu exister une « langue-mère » dont auraient dérivé douze grandes familles de langues réparties dans le monde. En Europe, la famille eurasiatique comprend notamment les langues indo-européennes et les langues apparentées au türk, tandis que dans le Monde arabe la famille afro-asiatique recouvre les langues sémitiques, tchadiques et berbères. Il serait intéressant de démontrer par quelques exemples la parenté des langues et leurs influences réciproques. Une autre question, plus actuelle, se pose alors : pourquoi est-il facile ou difficile d'apprendre la langue de l'autre ?
  2.   Aux alentours de 3300 avant notre ère, les Sumériens ont inventé l'écriture, d'abord sous forme de pictogrammes, puis de cunéiformes. Un alphabet proto-sémitique se serait développé en Palestine et en Syrie entre 1700 et 1500 avant J.C. et aurait donné naissance à d'autres écritures : au nord, il se serait transformé en paléo-hébreu, en araméen et en phénicien ; ces trois sous-branches à leur tour auraient donné naissance aux écritures hébraïque, arabe, grecque et romaine… Quels furent les effets de cette véritable révolution culturelle sur des peuples qui, auparavant, confiaient tout leur savoir à la tradition orale ?
  3.   Les écrivains du Monde arabe comme les écrivains d'Europe se sont inspirés des mêmes thèmes : la nature, l'amour, le pays natal, le plaisir, la souffrance, la mort… Ces thèmes, qui évoquent un vécu personnel, des émotions propres à un individu, rejoignent l'universel grâce au talent de celui qui les exprime.
  4.   Ces écrivains, européens ou arabes, sont aussi des porteurs de lumière pour leur peuple, en exprimant, à un moment donné de son histoire, ses aspirations profondes, le sens de son destin, les valeurs qu'il cherche à incarner et à transmettre.
  5.   La poésie, dans toutes les langues du monde, est à la fois images et musique : même sans comprendre le sens d'un poème, on peut faire sentir son rythme et la mélodie de ses mots. La chanson, qui allie poésie et musique, apporte une autre dimension à la beauté du texte.
  6.  Il y a des genres communs à toutes les littératures ; parmi ces genres, le récit de voyage, le conte et la fable pourraient donner lieu à des comparaisons fructueuses.
  7.   Un aperçu du théâtre en Europe et dans le Monde arabe peut amorcer les activités de dramatisation qui seront proposées aux étudiants, de façon à utiliser directement leurs compétences linguistiques en arabe ou dans une langue européenne différente de leur langue maternelle.

Motivations

Le mythe de la tour de Babel pourrait-il introduire ce vidéogramme ? Babylone fut en son temps la capitale du plurilinguisme puisqu'on y parlait l'akkadien et le sumérien. Bâbili, « la porte du dieu », devint en grec babylon, tandis que la Bible le transforma en Babel, rattachant ce mot au verbe bâlal, « mélanger ». La description de la tour de Babel correspond assez bien à celle des ziggurats, tours à étages, en brique, typiques de Babylone. On pourrait aussi partir des fables d'Ésope, d'Ibn al-Muqaffa et de La Fontaine, ou encore des « Mille et Une Nuits » et des contes des Frères Grimm…

Une autre idée de motivation concerne plutôt l'écriture, à partir du dialogue imaginaire de Socrate avec Thot, le dieu égyptien inventeur de l'écriture :

« Toi, père de l'écriture, tu lui attribues une efficacité contraire à celle dont elle est capable ; car elle produira l'oubli dans les âmes en leur faisant négliger la mémoire ; confiants dans l'écriture, c'est du dehors, par des caractères étrangers, et non du dedans, du fond d'eux-mêmes, que ceux qui apprennent chercheront à susciter leurs souvenirs ; tu as trouvé le moyen, non pas de retenir, mais de renouveler le souvenir ; et ce que tu vas procurer à tes disciples, c'est la présomption qu'ils ont la science, non la science elle-même ; car, quand ils auront beaucoup lu sans apprendre, ils se croiront très savants, et ils ne seront le plus souvent que des ignorants de commerce incommode, parce qu'ils se croiront savants sans l'être. »