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Raison d'être et contexte

Loin de la perspective du « choc des civilisations », les populations concernées peuvent collaborer dans une mondialisation non uniformisante. Alors que l'Union européenne cherche à faire entendre sa voix dans le concert des nations, le Monde arabe reste un carrefour stratégique entre trois continents. Des relations euro-arabes harmonieuses pourraient ainsi constituer une étape dans la longue marche de l'humanité vers la paix mondiale.

Les tentatives de rapprochement n'ont pourtant pas manqué au cours du dernier quart de siècle, que ce soit sur le plan politique avec le Dialogue Euro-Arabe, ou sur le plan économique avec la Conférence euro-méditerranéenne de Barcelone en 1995. Ces instances n'ont cessé d'en appeler aussi à une collaboration sur les plans culturel et éducatif, proposant « l'élaboration de stratégies conjointes au niveau des médias afin de rectifier les idées erronées prévalant dans les pays de chaque côté à l'encontre des valeurs culturelles et spirituelles de l'autre » (Conférence de Damas du 11 au 13 juillet 1998). Une première coopération pédagogique vient de se mettre en place en octobre 2002 avec l'ouverture du Programme Tempus aux pays du Maghreb et du Proche Orient. Des ponts ont été jetés en travers de la Méditerranée, et celui que nous voulons emprunter est un pont pédagogique, car c'est dans les jeunes générations que naîtront peut-être une nouvelle culture, de nouvelles attitudes, de nouvelles solidarités.

L'Europe et le Monde arabe, trop enclins à souligner leurs différences, en oublient leurs points de convergence : la prééminence des valeurs spirituelles sur les valeurs matérielles ; la recherche d'une signification des événements et des phénomènes : sens de l'histoire ou sens du destin, essor de la philosophie, de la théologie et de la science ; l'importance accordée à la parole sur ces terres où sont nées l'écriture et « les religions du Livre » ; des racines communes dans l'Antiquité égyptienne et gréco-romaine ; le respect d'une culture séculaire - celle de « l'Ancien Monde » - qui nourrit leur vision de l'avenir ; un besoin d'expansion qui les a conduits à civiliser, enseigner, convertir, et souvent conquérir d'autres peuples ; enfin, ayant tourné la page des colonisations, un immense désir de vivre en paix au sein de la famille humaine.

Tout ce réseau de relations nouées dans le temps et dans l'espace, mais aussi les problèmes actuels qui se posent à nos deux communautés, nous motivent à dépasser nos monologues parallèles et à jeter les bases d'un dialogue constructif. Nous pensons que la culture est un lieu de communication privilégié entre les êtres humains, un patrimoine qui permet aux uns et aux autres de se connaître et de s'apprécier dans leur diversité, au-delà des divergences politiques ou philosophiques. Gibraltar, symbole géographique de la réunion des deux mondes, nous paraît être un nom digne de ce projet.

Caractère innovant

Le programme Comenius n'a jusqu'à présent envisagé que la coopération entre pays européens ; nous saisissons l'opportunité offerte par Tempus-Méda pour élargir cette coopération aux pays arabes.

Une autre originalité du projet Gibraltar est le fait que son public cible n'est pas seulement un public immigré, mais aussi les jeunes des pays d'origine et des pays d'accueil. Dans ce contexte, les enfants nés de l'immigration ne sont plus tant considérés comme groupe fragilisé que comme intermédiaires privilégiés, voire comme promoteurs de cultures métissées.

Enfin, en associant les étudiants à chaque étape de la création de l'outil didactique et à son évaluation sur le terrain, le projet Gibraltar contribue activement à leur formation pédagogique et scientifique.