Condé-sur-Escaut

            Si l’on en croit les historiens de la province, Jacques de Guyse, Broudehoux, etc … l’ancien Condé, celui antérieur même à la conquête romaine, le Vieux-Condé pour mieux dire, était situé à quelque distance de l’emplacement occupé par la ville actuelle. Le duc de Croy, c’est lui qui nous l’apprend, se range à cette opinion : il en donne comme preuve, la découverte faite en 1776, au cours de travaux effectués pour le canal du jard, de massives murailles recouvertes d’une couche épaisse de vase et de terre. C’est donc au lent enlisement des eaux, à la protection militaire de la forteresse romaine et à la protection spirituelle exercée par la fondation de la première chapelle de Condé au VIIe siècle, que l’on doit attribuer et la disparition de la ville primitive et la création de la nouvelle.

            Vers l’an 633, l’Ecossais saint Wasnon vint prêcher le catholicisme en Hainaut, et établit son oratoire à Condé où il mourut en odeur de sainteté en 677. Il est honoré le 1 octobre.

            Gérard comte de Bourgogne duc de Brabant fit dresser l’église de Notre Dame de Condé. Quelques temps après, ce monastère fut converti en un collège de chanoines séculiers par Arnould frère de Bauduin II comte de Hainaut, environ l’an 1085. Dès 1137, il y avait un prévôt et des chanoines à Condé.

            Le 14 octobre 1431, un incendie violent détruisit Condé : quatorze maisons seulement échappèrent à la destruction.

            Le 25 novembre 1580, les troupes du prince d’Orange venues de Tournai, pillèrent et saccagèrent la ville et ses églises. L’approche des troupes du marquis de Renty décidèrent les pillards à se retirer.

            Louis XIV en personne investit la ville le vendredi 17 avril 1676 avec 50.000 hommes. Accompagné de Louvois, il avait son quartier général à Hergnies. La tranchée fut ouverte le 23, quarante pièces étaient en batterie, l’attaque eut lieu de trois côtés différents sous la direction de Vauban. Condé ouvrit ses portes le 26 avril et fit définitivement retour à la France en 1678 par le traité de Nimègue.

A l’époque de la Révolution, Condé et ses environs furent le centre de nombreux combats. Malgré une résistance héroïque, les Autrichiens y entrèrent le 10 juillet 1793, mais le général Schérer à la tête des troupes françaises la leur reprit le 30 août 1794.

            La ville, terre et seigneurie de Condé, formait l’une des baronnies les plus anciennes du Hainaut, firent d’abord partie du « Pagus Bracbatensis ». Puis cette baronnie passa tout entière à la province de Hainaut et fut rattachée à la châtellenie d’Ath ; ensuite à l’intendance de Flandre, puis de Valenciennes, lors de sa réunion de la France en 1678.

Elle comprenait quatre fiefs :
  1. La seigneurie gagère, dite du Château, composée d’une partie de la ville et d’un quart de la forêt qui relevait du Roi, comme comte de Hainaut.
  2. La seigneurie dite de Bailleul, ou seigneurie propriétaire, composée de l’autre partie de la ville, et d’un quart de la forêt relevant de la baronnie de Leuze.
  3. Un quart de la forêt, relevant de la seigneurie de Briffoeil
  4. Un quart de la forêt, relevant du comté de Hainaut

L’Hôtel de Bailleul est une demeure fortifiée de style féodal dont subsiste encore de nos jours un vaste corps de logis flanqué de quatre tours à toiture en poivrière. Son constructeur Jean de la Hamaide l’a bâti en 1411. Loyal vassal de Charles VI, il a péri quatre ans plus tard à Azincourt, en chargeant les Anglais, dit la chronique, à la tête de 3000 lanciers.

Echu à la famille de Roghendorf, puis placé sous séquestre par Charles Quint, le château fut racheté en 1559 par la comtesse Charles de Lalaing née Montmorency et fut transmis par héritage à sa petite-fille Jeanne de Lalaing. Il entra dans le patrimoine des Croy par le mariage de Jeanne de Lalaing avec Jean de Croy.

            Les archives de Condé sont très riches. Elles ont peu souffert au cours de la période révolutionnaire, funeste à de nombreux dépôts. Ce qu’il en reste est considérable. Le dépôt de Condé fournit de précieux documents en ce qui concerne les villages voisins : Vieux-Condé, Fresnes, Escaupont et surtout Crespin avec son importante abbaye.
Un inventaire fut rédigé par M. Hénault, archiviste de la Ville de Valenciennes, intitulé « Collection des inventaires sommaires des archives communales antérieures à 1790 »,  publié à Lille, imprimerie Danel, 1897. Nous pouvons y trouver en autres les articles suivants :
- Rôles des impositions royales pour différents villages : Thivencelles, Rengies, Hergnies, Fresnes, Odomez, Macou, Crespin. 1744-1780. CC. 61 (liasse) – 60 pièces, papier

- Comptes des collecteurs des impositions pour les hameaux de la banlieue de Condé, Saint-Rieu de Condé, Mont de Péruwelz, Bérodis, Courbois, Macou. 1693-1707. CC.50 (liasse) – 3 cahiers de 28, 27 et 30 feuillets, papier

- Comptes de la massarderie. Pour les vins d’honneur présentés à Monseigneur le prince de Soubise et à Madame la princesse, son épouse, à leur première entrée en cette ville le 5e de juillet 1752. CC.129 (liasse) – 1 cahier de 95 feuillets, papier

- Causes portées devant l’intendant ou ses délégués. 1767-1778. Difficultés entre le Magistrat de Condé prenant fait et cause pour le rieu de Condé, contre les habitants du village d’Hergnies à propos de la procession du marais des « Bruyères ». FF.7 (liasse) – 90 pièces, papier. Curieux dossier

- Actes passés devant les échevins de Condé. 1620. Constitution d’une rente de trente sept livres dix solz tourn. fait par Jean le Louchier au profit de maître Michel Olivier. FF.109 (liasse) – 91 pièces, parchemin

- Dossier de recherches généalogiques sur la famille de Benoit. Série II. Documents divers. 1787-1789

NOTRE DAME DE LORETTE
A Macou, au hameau du Coq, se trouvait au XVIe siècle un très vieux chêne, au tronc duquel avait été placé une image de la Vierge. Vers l’an 1550, quelques personnes pieuses se cotisèrent pour élever en cet endroit une chapelle, afin d’y placer l’image vénérée. Cet édifice bien modeste dura environ un demi-siècle et fut remplacé en 1615. Le Chapitre de Condé confiait le soin de dire des messes et l’entretien de cette chapelle à un religieux qui devait y vivre en ermite. En 1780, M. Toussaint, vicaire de Macou, y fit faire à ses frais de belles boiseries, le plafond et le pavé du cœur qui est en marbre.

Après que Louis XIV se fut emparé de Condé, les ingénieurs Vauban et De Ville commencèrent un nouveau système de fortifications. On entoura la ville de bastions, de demi-lunes, de fossés à fond de cuves, et l’on créa tout un système d’inondation par écluses. Ces travaux durèrent quinze ans. De 1680 à 1690, on fortifia le front de Tournai qui fut perfectionné jusqu’en 1700. De 1714 à 1718, on construisit les redoutes du côté de Fresnes et de Macou.

            Condé possédait des serments divisés en trois groupes distincts : les archers, les arbalétriers et les canonniers. Ils furent créés par lettre du 22 février 1450, grâce au comte de Porcean, seigneur de Croy et de la Hamaide. St-Laurent était le patron des serments. En 1627 les archers et les arbalétriers furent supprimés par le seigneur et le magistrat, à cause de leurs désordres.

            Le premier chemin à travers bois qui menait à Bonsecours, pèlerinage renommé, dont la chapelle fut fondée en 1603, date de la première moitié du XVIIe siècle. Cela engagea Philippe Ambroise de Croy, dit le Boiteux, qui, à partir de 1641 fit de Péruwelz sa résidence d’été, à créer à ses frais vers 1650 le beau chemin qui mène à cette chapelle et qui facilitait les communications avec Leuze. Le « pavé » de Condé à Valenciennes fut fait en 1733.

            On avait dans toute la contrée une grande dévotion à N.-D. de Hall. Trois frères, srs de la Hamaide, édifièrent une chapelle de ce nom ou de la Trinité et la dotèrent richement (28 novembre 1385). Elle fut abattue et démolie vers l’an 1430 ; mais les confrères de N.-D. de Hall, la réédifièrent avec magnificence.

            La reconstruction de l’église St-Wasnon, qui tombait en ruines, fut principalement de 1751 à 1755, l’œuvre du prince de Croy et de son équipe.

            Le 19 novembre 1757, au château de l’Hermitage, est signé l’acte de naissance de la Compagnie d’Anzin, entre le marquis de Cernay à Raismes, le vicomte Desandrouin à Fresnes, Pierre Taffin à Vieux-Condé, Pierre Mathieu à Anzin et le prince de Croy. A la mort du prince, la Cie d’Anzin exploitera plus de 30 puits, fera vivre plus de 3000 ouvriers, et sera la première industrie du bassin de l’Escaut.

            Le 26 novembre 1776, sous la présidence de l’intendant Sénac de Meilhan, a lieu la cérémonie de l’inauguration du fameux canal de dessèchement de Condé à la Boucaulde, entamé le 16 mai 1773 et terminé sous la surveillance quasi journalière du duc de Croy.

1777 verra, grâce à la ténacité et à l’expérience scientifique du duc de Croy, compléter le « grand projet » d’assèchement conçu en 1770 par le savant ingénieur Laurent. Le canal de dérivation du trop plein de l’Escaut dans un prolongement du canal du jard permet désormais d’éviter les désastreuses inondations qui sévissaient dans les faubourgs ouest et nord de Condé. Le célèbre Laurent étant décédé en 1773, le duc de Croy compléta ses plans en parfait hydrographe par d’incessantes recherches et vérifications personnelles, pour prolonger le jard, ou « rieu de Condé », vers Château-l’Abbaye, jusqu’à la Boucaulde. Malgré les railleurs et les sceptiques, l’ouvrage, appuyé par Taboureau Intendant de Valenciennes devenu Contrôleur Général des Finances, sera une éclatante réussite. « L’eau ne refluerait plus jamais, constate le duc, et nous sauvâmes de plus de quatre pieds nos prairies, nos caves, les terres labourables, les chemins bas etc … Il n’y avait plus d’incrédules ! »

Le 12 mai 1773 le duc de Croy obtint de son ami Taboureau, Intendant du Hainaut, une subvention de 25.000 francs pour le fameux canal de dessèchement.

            En juillet 1775 Condorcet, secrétaire de l’Académie des Sciences, arrive à Condé escorté d’une commission de savants pour discuter avec Emmanuel de Croy, de la possibilité de la navigation en canal souterrain et conduit ses visiteurs sous la voûte de Condé où passe la Haine, affluent de l’Escaut.

LOUIS FRANQUET
Ce personnage est peu connu à Condé où pourtant il est né le 11 juin 1697. Fils de Jean Baptiste Franquet et de Marie Marguerite de Rombies. Son père qui était ingénieur, mourut au siège de Bruxelles le 26 novembre 1708. Sa mère mourut à Condé le 19 novembre 1745 à 80 ans. Louis Franquet décéda à Condé le 12 avril 1768.
Officier, ingénieur militaire Louis Franquet reçut une commission dans l’armée à l’âge de 12 ans et, de 1709 à 1720, il servit dans les régiments d’infanterie de Franclieu, Miroménil et Piémont. Il fut admis dans le corps de génie en 1720 et servit en Europe avec distinction pendant les 30 années qui suivirent. Après avoir participé aux campagnes d’Italie de la guerre de Succession de Pologne de 1733 à 1736, on le nomma, en 1738, ingénieur en chef à Condé. Trois ans plus tard on lui décernait la croix de Saint-Louis, et de 1742 à 1748 il prit part aux campagnes de la guerre de la Succession d’Autriche en Allemagne et aux Pays-Bas. Il fut promu lieutenant-colonel en 1747 et blessé la même année lors du siège de Berg op Zoom.
En 1750, au moment où il était ingénieur en chef à Saint-Omer, le directeur du bureau des fortifications, Noël de Régemortes, lui demanda de se rendre à l’île Royale (île du Cap-Breton) pour procéder à l’inspection des ouvrages de défense de la colonie et recommander les travaux qui s’imposaient pour rendre Louisbourg et les autres endroits en état de résister aux attaques.
Franquet traversa la même année à bord de la Mutine avec l’entente qu’il ferait une inspection, dresserait un rapport puis retournerait à ses fonctions en France ; en fait, il y demeurera huit ans.
Il débarqua à Louisbourg le 9 août 1750 et se mit en frais d’examiner les constructions et les fortifications, de dresser des cartes, des plans et des coupes. Il commença en octobre à faire parvenir des rapports préliminaires en France. Il visita le reste de l’île Royale en 1751, de même que l’île Saint-Jean (Ile-du-Prince-Edouard), Baie Verte et le Fort Beauséjour (Nouveau-Brunswick) ; il exécuta bon nombre de plans et rédigea des rapports détaillés sur les fortifications de Louisbourg, recommandant les travaux indispensables. Il fut promu au grade de colonel la même année.
Il visita le Canada au cours de 1752 et 1753, procédant à l’inspection des fortifications et des constructions à Québec, Trois-Rivières, Montréal et autres villages ou forts ; il en profita pour observer toutes les facettes de la vie au Canada.
Il s’embarqua pour la France à l’automne de 1753 et retourna à Louisbourg au printemps suivant, non en qualité de commandant, comme il l’avait demandé, mais avec le grade de brigadier, le titre de directeur des fortifications pour l’ensemble de la Nouvelle-France et une pension spéciale pour ses services dans la colonie. consacra les quatre années qui suivirent à mettre Louisbourg en état de résister à l’attaque qu’on redoutait de la part des Anglais ; ses plans furent envoyés en France pour approbation. Il répara et reconstruisit les fortifications, pourvut au logement des bataillons de l’armée régulière française venus renforcer la garnison et dirigea les ingénieurs qu’on avait envoyés pour l’assister dans son travail.
La plus importante tâche confiée à Franquet fut, sans contexte, la défense de Louisbourg. Il n’est pas aisé de juger du mérite des mesures qu’il recommanda et qu’il entreprit, étant donné que l’issue fut décidée, en définitive, non par la défense classique qu’offraient les fortifications permanentes, à la manière européenne, mais bien par la puissance navale. Jean-Louis de Raymond, gouverneur de l’île Royale de 1751 à 1753, favorisait la construction d’un grand nombre de redoutes le long de la côte. Raymond craignait un débarquement inopiné des Anglais à n’importe quel endroit propice de l’île et il voulait être en mesure dy faire face, où que ce soit, de manière à tenir l’ennemi éloigné de la forteresse aussi longtemps que possible.
Franquet s’y opposa vigoureusement alléguant que ce système constituait un gaspillage inutile d’argent, de travail et de soldats. Il insista pour qu’on renforce la forteresse, en y ajoutant quelques retranchements extérieurs dans le voisinage, et c’est son point de vue qui l’emporta. Raymond, une fois rappelé en France, s’employa à convaincre la cour de la justesse de ses vues mais sans y parvenir.
Il est fort possible, cependant, que la mise en application de sa suggestion, avec quelques modifications, eût aidé à la défense plus que le plan de Franquet, et à un coût moindre. En novembre 1757, Franquet prévoyait l’attaque anglaise pour le printemps suivant. Les demandes de renfort qu’il adressa à la cour ne furent satisfaites qu’à demi. Avec ses ingénieurs, il avait consacré beaucoup de temps et de ressources à la construction de fortifications passagères, qui avaient pour but d’empêcher les débarquements. Le long de la côte, à l’est et à l’ouest de Louisbourg, on construisit des batteries et des tranchées aux endroits suivants : Pointe à la croix (Ligghouse Point), l’anse à Gautier (Landing Cove), l’anse du Grand Lorembec (Big Lorraine), Pointe Platte (Simon Point), et l’anse de la Cormorandière (Kennington Cove).
Le 8 juin 1758, les Anglais débarquent à l’anse de la Cormorandière. Le corps expéditionnaire formé de forces de la marine et de l’armée anglaise sous les ordres de Jeffery Amherst comptait en tout 27 000 hommes répartis sur 157 bâtiments de guerre, transports et autres vaisseaux plus petits.
Après la capitulation de la forteresse de Louisbourg signé le 26 juillet 1758, Franquet rentra en France en octobre.
En 1759, il demanda de continuer à toucher la pension de 1500 l qui lui était versée depuis 1754 par le Ministère de la Marine. En 1761, il s’employait toujours à justifier sa conduite à Louisbourg. Il vécut retiré à Condé, dans la maison familiale, jusqu’à sa mort à l’âge de 70 ans.
Ses écrits nombreux sont une utile introduction à l’étude de la société canadienne des années 1750.Il croyait qu’aux forges de Saint Maurice, où, disait-il, le fer était supérieur en qualité à celui de l’Espagne. Franquet chercha à amener à Louisbourg des briquetiers flamands, des chaufourniers qui sauraient utiliser le charbon de l’île Royale, des mineurs initiés au mode d’emploi d’outils spécialisés pour l’extraction des blocs de pierre des carrières.
Franquet s’intéressa tout particulièrement aux mœurs et coutumes des Indiens, des Acadiens et des Canadiens.Il écrivit au sujet des Canadiens qu’ils se distinguaient par leur esprit d’indépendance et leur opiniâtreté. A peu près tout le monde était marié, écrit-il, qu’on en ait ou non les moyens, et chacun ou à peu près possédait son cheval, situation pratiquement inexistante en France.L’éducation que les filles recevaient des religieuses leur donnait des « airs » tout à fait incompatibles avec la vie « paysanne » qu’elles étaient appelées à mener.
Malgré l’intérêt historique certain qu’offrent ces réflexions, la cour n’y prêta que peu d’attention. On s’en remit toutefois à Franquet pour les questions qui relevaient de sa spécialité, à savoir le génie militaire.

RELATION DE LA VISITE DU PRINCE DE SOUBISE A CONDÉ LE 5 JUILLET 1752
PAR LE DUC DE CROY

Le 2 juillet M. le Prince de Soubise et Mme arriverent a vallencienne j’y fut diner le 3 chez M. de Lucé qui le receu grandement. Le 4 mes tentes arriverent et je fut a reme ou il y eu un diné soupé.

Le 5 juillet M. le Pce de Soubise arriva a Condé. Le 5 juillet ayant encor donné un coup deuil a tout jallé a cheval joindre M. le Pce de Soubise que jatteignit au pont décaupont ou il avoit passé nous remontames le pavé pour voir le Regiment de cavallerie de Chabrillant qui maneuvra devant luy, de la je le ramené a fresnes dont la communauté estoient sou les armes nous passames le pont de lescaut pour reconnoistre la prerie et le chemain qui n’est praticable quapres la moison et recolte des foins quand il fait sec et pendant un mois, de la je le mené a la machine a feu que je luy expliqué. M. de Chavil l’attendoit a la 1ere redoutte les canonniers estoient au pont de la chaussé, nous primes sur le glacis a droite et je le mené a la pointe contre lentré de lescaut dans les ouvrages, on voioit bien de la que lon pouroit se servire du fossé de ce front pour le reversoir en question de lescaut de la toujour sur le glacis il fit le tour de la place en dehors que M. de Chaville et moy luy explicames ne trouvant que le demie bastion droit de fresnes de fort faible il passa sur un pont de bateau que lon avoit bien fait au bas escaut ainsi quun a lecluse du canal du jar et parcouru le front de tournay jusqua la redoute de macour don on voyoit tout. A une heur il entra par la porte de tournay ou M. de Vilar le vint recevoir et on luy rendit les honneurs de gouverneur de la province lieutenant général emploié cest a dire les troupes en haye fusil sur lepaule les drapeau et officier saluant et les tambour rapellant il arriva ainsi chez moy ou il salua mes tentes et Melle de Mastaing ensuitte il alla chez luy recevoir les harengues du magistrats chanoinnes et tout les corps etc ensuite il vint manger un morceaux il y avoit a diné pour les dames, tout de suitte il alla par mon jardin a lhopital quil examina qui estoit fort bon et de la a larcenal ou lon examina tout et la chapelle St ternelle ensuitte nous allames au magasin a podre qui n’est que trop pres de chez moy ou nous entrames ensuitte nous allames voire ma nouvelle paroisse que Mr de Soubise et M. de Sechelle approverent de la il monta en carosse et fut en la porte de tournay voire maneuvrer le Regiment de Bourbon qui estoit un des mieu exercé de France sur tout pour la marche et lattention ou il ne se doit que peu au prussien ce qui faisoit bien voire que le Roy n’avoit qua vouloir et y tenir la main. Il alla ensuite faire le tour de la place en dedans avec M. de Chavil et je le quité pour venire chez moy recevoire Madame de Soubise qui arriva a 7 h. elle dessendis a son appartement ou elle receu tous les compliments pendant une heur Mmes de Lucé et St Maurice vinrent en meme temps et elle amena un Mr Daminzague qui estoit galiar. M. Daubert procureur general du parlement de douay celuy qui a fait les remontrances du vingtieme vient aussi ce jour la ce qui acheva de remplir exactement ma maison ; cestoit ce que je desirois voulant voire tout ce que l’on pouroit y tenir et tout le partis que jen pouroit tirer ce qui m’amusa beaucoup, nous y logames 21 maitre tous en appartements ou chambre separé et suffisament garny et etoffé, il ny avoit que 8 ans avant que Mr Cordier y eut ajouté 3 appartement et moy 3 ans que j’y en avoit ajouté 10 quil ny auroit lieu que de quoy y loger 8 maitres au plus et presque point de domestiques et en les contant nous y couchames 86 personnes ; tout le tracas que cela causa la foule et les compliments loin de m’enbarasser m’amusoit beaucoup, j’expediois les compliments je pousois et rengois tous le monde lestement, de sorte quil ny eu nul embaras ny confusion. Appres les harangues Mme de Soubise fit un tour de jardin pendant que Mr s’habilioit. A 8 h ½ tout le monde se rassembla dans lappartement de ma mere je fis jouer les dames dans le cabinet pour avoir plus de place a 9 h. on se mit a table il y en avoit 2 de 20 couvert dans la salle a mangé qui estoit la 1ere nous y fumes 17 pour estre a laise et 17 dans celle de lentichambre de ma mere, les 2 tables furent egal et bien servi mais trop fort ce qui fit que cela trena un peu il y eut 4 services sans le dessert de 25 plats chaque. Le soupé fut assé gué Mr Daminzague egeyant Mme la Pesse de Soubise elle ne fit que rire tout le souper elle qui estoit quelque fois si serieuse et le vin de campagne egeya aussi, le Pce de Soubise en buvoit beaucoup et a un temperamens de fer, je permis a tout le peuple dentrer ce qui leur faisoit gd plaisir de sorte quavec les beyeux il y eu plus de 130 personnes a la fois dans la salle a mangé qui nest pas trop grande mais je metois servi des galleries ou garde robe deriere pour les bufets et avec l’ordre quil y avoit on ne fut pas gené. Pendant ce temps l’illumination fut allumée, en metant le dessert on voulu l’aller voire et on l’aprouva /…/

Vers minuit on sortit de table l’on fut faire encor le tour du jardin qui estoit tout de feu et cela avec les partis mena jusqua 3 heures. a la pointe du jour Mme de Soubise fut encore au jardin de sorte que l’on ne se coucha quau grand jour. pendant ce temp il y avoit de grandes tables garnie partout pour la suitte celle des femmes de chambres a la chambre ditte du billiar, une grande dans lorrengerie qui estoit blanchy et arrangé expres et plusieurs autres de sorte quen tout il soupa 211 personnes qui en eurent leurs sou et plusieur bien pardela, on dansa jusqua 4 h que l’on fit retirer le monde et je donné un coup deuille pour le feu et le bon ordre qui fut au mieu malgré bien des gens yvres. Et tout le monde parut content.

            Le 6 juillet des la pointe du jour mes gens qui ne setoient pas couché chargerent plusieurs chariots pour aller preparer le diné a lhermitage. A 9 H Mr  le Pce de Soubise recommenca sa tourné nous fumes d’abord par mon jardins aux equries de la cavallerie voire le manege que M. de Laffare major de Chabrillant fort zelé avoit fait faire et ou il avoit exercé tout [… ?] l’hiver, il nous fit voire son arrangement qui estoit de faire monter tous les jours le piquet au mange comme a laccademie cela estoit fort bien pour placer et de nouer le cavalier. Ensuitte ils firent le nouveau maniment des armes a pié assé dans le gout de celuy que j’avois donné dans mon memoire. De la M. de Soubise alla sur la place voire monter la garde nous fumes enchanté de lexactitude du Régiment de Bourbon et en tout M. le Pce de Soubise trouva Condé tant pour sa garnison que sa fortification et tout le reste une des mieu de son gouvernement. A onze heur il reveint chez moy monter en vourste avec Mr de Cernay de Lucé Devaux et moy et il partit de Condé je le mené dabort par le chemin de Tournay au mont de Copiemont ou il vit le moulin de Bruil ou il avoit esté ainsi il repris sa tourné je luy fis remarquer la verne qui separoit de sa terre de Viher fesoit les limittes du Royaume de la par la nouvelle route et tout le long du mont des Beaumont nous veimes a mon cirq ou il mit pied a terre pour voir le rond et le haut de mon parc de la nous dessendimes a pervelz nous entrames par le jardins et ayant remarqué le château les canaux la fontaine et le beau chenil nous remontames en vourste traversames la belle place de pervelz et fument droit monter sur le mont de roucou dou je luy fis remarquer le pays la fuitte des ennemis appres fontenois le camp du Mal de Saxe allant a tournay de la nous revismes par le tordoir a la chapelle de Bonsecour ou il entra et par le beau pavé et mes routes nous arrivames a 2 h a lhermitage en meme temps que touttes les dames qui appres avoir dormis la grace matiné venoient dy arriver en 2 caleche.

Nous fumes a lhermitage les meme dames que la veille a Condé et les memes personnes principalles en tout 19 a 3 h. on se mit a diner qui fut bon et de suitte a 4 h. Mr le Pce de Ligne et M Levesque de tournay arrivent comme on estoit au dessert. Le gd vent fit que lon ne put guerre ce promener et jouire de ce jolie sejour on resta assé resseré a 5 h. Mr le Pce de Soubise partit a cheval, il alla par lallé de St Calix et le chemain que javois fait pratiquer par la cense et les preries de martinet tout a moy a la digue de la Haine dou ils allerent voire la canardiere et de la a Crepin ou ils coucherent. pour moy je resté a me promener avec le Pce de Ligne et a luy tout montrer il paru approver mes project a 6 h. tout le monde partis nous restames a tout plier avec Mme de Maubeuge a 8 h. nous fumes coucher a Condé et tout renger.

Le 7 juillet a 8 h. du matin je partis dans ma chaise et fut bon train a Kevrain ou je monté a cheval et je fut par la chaussé Brunaux et de grands ravins a bavay une demie lieu en deca je pris a gauche et vins droit a tenier ou je trouvé M. de Soubise de Lucé de Vaux St Maurice et la suitte avec 2 colonel a rafrechire, a une lieux nous montames a cheval et parcourumes jusqua la nuit la bataille de malplaquet /…/

Soupé de Condé le 5 juillet 1752
Première table
Mr le Pce de Soubise
Madame la Pesse de Soubise
Mrde Lucé
Mamede Lucé
M. de Sechelle qui ne se mit pas a table
Madame de Solre
Madame de Maubeuge
Mellede Mastaing
Mr de Cernay
Madame de St Maurice
Mr de Chabrillant
Mrde Vatan
M de Belsunce
M de Daminzague
M Daubert
M de Vaux
moy
T 17

Segonde table
Mr de Godefroy
M de Chaville
M Daudessans
M Besnar
M de Moreinse
Le capitaine des grenadiers
Le capitaine de garde
M de la Favre
M de Lafitte
M Duplessis
M de Fonceville
M de Bagieu
M de Ramsau
M Darzillemont
M de Montpasan
M Heraut
M Cordier
T 17

Logemens qu’il y a eu a Condé le 5 juillet 1752
Me la princesse de Soubise a l’appartement du Roy
M. le prince de Soubise au lit d’ange
Me de St Maurice dessous l’appartement du Roy
Me de Maubeuge a l’appartement de Madame
Me de Solre a la grande chambre
Melle de Mastaing au grand cabinet a côté
Me de Lucé au petit appartement de Mr Cordier
M. de Lucé a l’appartement de dessus
M. de Cernay a la tour St Michel
M. de Sechelle a mon appartement
M. de Godefroy au bout du corridor
M. d’Aubert dans le corridor
moi a l’autre bout du corridor
M. d’Arzillemont en haut de la tour St Michel
M. de la Fitte dans le cabinet a côté
M. Bagieu a la chambre de la Riviere
M. Duplessis a la grande chambre sur mon cabinet
M. de Forceville a coté en dedans
M. de Vaux a la petite chambre a Belle Vue
M. de Vatan l’appartement en entrant dans le corridor

Références
- Histoire de la Ville et seigneurie de Condé par le Duc de Croy. Bibl. Ville de Valenciennes, manuscrit 567
- André Delcourt, Un grand seigneur au siècle des Lumières. Le Duc de Croy Maréchal de France (1718-1784). Tournai, juin 1984. 398 p.
- Atlas des Villes de Belgique au XVIe siècle par Ernest Mathieu. IV. 15. Bruxelles, Institut national de Géographie
- Rapport sur les antiquités de Condé fait par le magistrat de cette ville à la fin du XVIe siècle » publié par Ernest Mathieu. Mons, Dequesne-Masquillier, 1895
- Dictionnaire Biographique du Canada (article de Frederick Thorpe)
- Gabriel Wymans, Inventaire des archives des ducs de Croy. Bruxelles, Archives Générales du Royaume, 1977. 425 p.
- René Delame, Histoire de Condé. Valenciennes, Pierre Giard, Libraire-éditeur, 1927

Carte des camps de Kievrain, Baseigles et Peruwelz le 16 et 17 septembre 1674 par le Chevalier de Beaurain
(Original du Docteur Philippe Lécolier de la Celle-Saint-Cloud)




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