POEMES "le cor"


D'après Kipling Alfred de Vigny Paul Verlaine Maurice Donnay Charles Trenet Paul fort Jean Lorrain J.R.R Tolkien Maurice des Ulis Émile Nelligan Pendragon_clan




D'après Kipling (C.Novikow)

If/Si



Si tu peux chercher le son toute ta vie
Et sans dire un mot le travailler et le construire,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être artiste sans être Fou de la cour
Si tu peux jouer fort sans cesser d'être tendre
Et te sentant haï, sans perdre ton humour
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d'entendre tes notes
Travesties par des gueux , déformées par des micros,
Et d’entendre mentir sur toi leur bouches folles
Sans changer toi-même la sono;

Si tu peux rester digne en jouant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les bois,
Et si tu peux aimer tout tes collègues amers
Sans qu’aucun deux soit tout pour toi ;

Si tu sais répéter, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou amateur;
Jouer, mais sans laisser ton jeu être ton maître,
Souffler sans n'être qu'un souffleur;

Si tu peux être sur sans jamais être en nage,
Si tu peux être grave sans être sur les dents,
Si tu sais être long, si tu sais être large,
Sans être banal ni pétant,

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ta mesure et ton rythme
Quand tous les autres les perdront,

Alors les chefs, l'aigu, le grave et la mémoire
Seront à jamais tes esclaves consentants,
Et, ce qui vaut bien mieux que les cachetons pour aller boire,
Tu seras Corniste, mon enfant.


Alfred de Vigny (1797-1863)

Le cor



I
J'aime le son du Cor, le soir, au fond des bois,
Soit qu'il chante les pleurs de la biche aux abois,
Ou l'adieu du chasseur que l'écho faible accueille,
Et que le vent du nord porte de feuille en feuille.

Que de fois, seul, dans l'ombre à minuit demeuré,
J'ai souri de l'entendre, et plus souvent pleuré !
Car je croyais ouïr de ces bruits prophétiques
Qui précédaient la mort des Paladins antiques.

O montagnes d'azur ! ô pays adoré !
Rocs de la Frazona, cirque du Marboré,
Cascades qui tombez des neiges entraînées,
Sources, gaves, ruisseaux, torrents des Pyrénées ;

Monts gelés et fleuris, trône des deux saisons,
Dont le front est de glace et le pied de gazons !
C'est là qu'il faut s'asseoir, c'est là qu'il faut entendre
Les airs lointains d'un Cor mélancolique et tendre.

Souvent un voyageur, lorsque l'air est sans bruit,
De cette voix d'airain fait retentir la nuit ;
A ses chants cadencés autour de lui se mêle
L'harmonieux grelot du jeune agneau qui bêle.

Une biche attentive, au lieu de se cacher,
Se suspend immobile au sommet du rocher,
Et la cascade unit, dans une chute immense,
Son éternelle plainte au chant de la romance.

Ames des Chevaliers, revenez-vous encor?
Est-ce vous qui parlez avec la voix du Cor ?
Roncevaux ! Roncevaux ! Dans ta sombre vallée
L'ombre du grand Roland n'est donc pas consolée !

II

Tous les preux étaient morts, mais aucun n'avait fui.
Il reste seul debout, Olivier prés de lui,
L'Afrique sur les monts l'entoure et tremble encore.
"Roland, tu vas mourir, rends-toi, criait le More ;

"Tous tes Pairs sont couchés dans les eaux des torrents."
Il rugit comme un tigre, et dit : "Si je me rends,
"Africain, ce sera lorsque les Pyrénées
"Sur l'onde avec leurs corps rouleront entraînées."

"Rends-toi donc, répond-il, ou meurs, car les voilà."
Et du plus haut des monts un grand rocher roula.
Il bondit, il roula jusqu'au fond de l'abîme,
Et de ses pins, dans l'onde, il vint briser la cime.

"Merci, cria Roland, tu m'as fait un chemin."
Et jusqu'au pied des monts le roulant d'une main,
Sur le roc affermi comme un géant s'élance,
Et, prête à fuir, l'armée à ce seul pas balance.

III

Tranquilles cependant, Charlemagne et ses preux
Descendaient la montagne et se parlaient entre eux.
A l'horizon déjà, par leurs eaux signalées,
De Luz et d'Argelès se montraient les vallées.

L'armée applaudissait. Le luth du troubadour
S'accordait pour chanter les saules de l'Adour ;
Le vin français coulait dans la coupe étrangère ;
Le soldat, en riant, parlait à la bergère.

Roland gardait les monts ; tous passaient sans effroi.
Assis nonchalamment sur un noir palefroi
Qui marchait revêtu de housses violettes,
Turpin disait, tenant les saintes amulettes :

"Sire, on voit dans le ciel des nuages de feu ;
"Suspendez votre marche; il ne faut tenter Dieu.
"Par monsieur saint Denis, certes ce sont des âmes
"Qui passent dans les airs sur ces vapeurs de flammes.

"Deux éclairs ont relui, puis deux autres encor."
Ici l'on entendit le son lointain du Cor.
L'Empereur étonné, se jetant en arrière,
Suspend du destrier la marche aventurière.

"Entendez-vous ! dit-il. - Oui, ce sont des pasteurs
"Rappelant les troupeaux épars sur les hauteurs,
"Répondit l'archevêque, ou la voix étouffée
"Du nain vert Obéron qui parle avec sa Fée."

Et l'Empereur poursuit ; mais son front soucieux
Est plus sombre et plus noir que l'orage des cieux.
Il craint la trahison, et, tandis qu'il y songe,
Le Cor éclate et meurt, renaît et se prolonge.
"Malheur ! c'est mon neveu ! malheur! car si Roland
"Appelle à son secours, ce doit être en mourant.
"Arrière, chevaliers, repassons la montagne !
"Tremble encor sous nos pieds, sol trompeur de l'Espagne !

IV

Sur le plus haut des monts s'arrêtent les chevaux ;
L'écume les blanchit ; sous leurs pieds, Roncevaux
Des feux mourants du jour à peine se colore.
A l'horizon lointain fuit l'étendard du More.

"Turpin, n'as-tu rien vu dans le fond du torrent ?
"J'y vois deux chevaliers : l'un mort, l'autre expirant
"Tous deux sont écrasés sous une roche noire ;
"Le plus fort, dans sa main, élève un Cor d'ivoire,
"Son âme en s'exhalant nous appela deux fois."

Dieu ! que le son du Cor est triste au fond des bois !
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Paul VERLAINE (1844-1896) (Recueil : Sagesse)
Mélodie française de Debussy

Le son du cor s'afflige vers les bois



Le son du cor s'afflige vers les bois
D'une douleur on veut croire orpheline
Qui vient mourir au bas de la colline
Parmi la bise errant en courts abois.


L'âme du loup pleure dans cette voix
Qui monte avec le soleil qui décline
D'une agonie on veut croire câline
Et qui ravit et qui navre à la fois.


Pour faire mieux cette plaine assoupie
La neige tombe à longs traits de charpie
A travers le couchant sanguinolent,


Et l'air a l'air d'être un soupir d'automne,
Tant il fait doux par ce soir monotone
Où se dorlote un paysage lent.


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Maurice Donnay

Le serpent et le cor de chasse

Un jour, un grand serpent, trouvant un cor de chasse,
Pénétra dans le pavillon
Et comme il n'avait pas beaucoup de place,
Dans l'instrument le reptile se tasse.
Mais, terrible punition !
Quand il voulut revoir le grand air et l'espace,
Et la vierge forêt au magique décore,
Il eut beau tenter maint effort,
Il ne pouvait sortir du cor,
Le pauvre boa constrictor ;
Et pâle, il attendit la mort.
Moralité :

Dieu ! comme le boa est triste au fond du cor !

SUITE/Variante

Leçon du cor
Quand on achète une chaussure,
C'est grand, petit, jamais parfait;
On se fiche de la pointure
Et c'est ainsi que le cor naît...
Le mien naquit un soir d'automne.
Et ma femme me dit très bonne,
Défaisant du sien le lacet,
Ah! mon pauvre ami! :"Quel cor c'est:"

La femme a toujours un cor sage
Les Grecs, hélas! ont des cors fous,
Le mien est vieux, c'est un cor d'âge,
Les Espagnols ont des cors doux,
Et qu'on soit pauvre ou qu'on soit riche,
Sur les orteils le cor niche;
Ma pipelette a un cor dont
Elle se plaint avec raison...

Le matelot dans la bataille
Se demande a quoi le cor sert.
Ou voulez-vous que le cor aille,
Si ce n'est au fond de la mer?
Et du couvent, la supérieure
Savonne les siens à toute heure
Car elle veut (elle en a sept!)
Conserver toujours ses cor nets!
A Vichy, la charmante femme,
S'en va tremper son cor aux eaux;
Un oiseleur de Notre-Dame
M'a dit qu'il avait des cors beaux;
Une espagnole au coeur très tendre
Quand son cor rida , voulu s'pendre;
Mais elle n'a pas connu la mort
Car survint le cor...regidor.

Contre mon cor, j'agis de ruse,
Je prends des limes, des burins,
Et de peur que mon cor ne m'use,
J'use mon cor tous les matins...
Mais au jour de mes funérailles
(Car il faut bien que l'on s'en aille)
Je serai si content si quelqu'un
Veut suivre le "cor" du défunt!

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Charles Trenet

Le cor

J'aime le son du cor le soir au fond des bois.
J'aime le son du cor le soir au fond des bois.
Soit qu'il chante les pleurs de la biche aux abois
Ou l'adieu du chasseur que l'écho faible accueille
Et que le vent du nord porte de feuille en feuille.

Oui oui oui oui,
J'aime j'aime cet air-là,
Ce poême qui fait ma joie.
J'aime le son du cor le soir au fond des bois.
Que de fois seul dans l'ombre à minuit, demeuré,
J'ai souri de l'entendre et plus souvent pleuré
Car je croyais ouïr de ces bruits prophétiques
Qui précédaient la mort des paladins antiques.

Oui oui oui oui,
J'aime j'aime cet air-là,
Ce poême qui fait ma joie.
J'aime le son du cor le soir au fond des bois.
Monts gelés et fleuris, trône des deux saisons
Dont le front est de glace et le pied de gazon,
C'est là qu'il faut s'asseoir, c'est là qu'il faut entendre
Les airs lointains d'un cor mélancolique et tendre.

Oui oui oui oui,
J'aime j'aime cet air-là,
Ce poême qui fait ma joie.
J'aime le son du cor le soir au fond des bois.
Ganelon vieux melon en barbe de raisins,
Tu n'es qu'un noir félon ami des Sarrasins
Qui tous de fer bardés au pays de Navarre
Sont de soldats soldés par le roi des avares.

Si si si si,
J'aime, j'aime cet air-là,
Ce poême qui fait ma joie.
J'aime le son du cor le soir au fond des bois.
Mais l'Empereur de France a dit "Je veux, je veux
Porter mon assistance à mon gentil neveu.
Je sais que Durandal épargne des coliques.
Sa garde d'or-métal recèle des reliques !"
J'aime j'aime cet air-là,
Ce poême qui fait ma joie.
J'aime le son du cor le soir au fond des bois.
"Introuvable neveu !", ronchonne l'Empereur.
"Je sens dans mes cheveux des brises de terreur.
Faut-il qu'il soit écrit qu'en fin je t'abandonne ?
Roland tout est fini, moi je rentre à Narbonne !"

Ah ah ah ,
J'aime j'aime cet air-là,
Ce poême qui fait ma joie.
J'aime le son du cor le soir au fond des bois.
Alors, seul dans la nuit perdu dans son décor,
Roland fait malgré lui d'la contrainte par cor,
Et puis un cri d'effroi déchire la montagne :
"Adieu mon palefroi, Durandal, Charlemagne !

J'aime j'aime cet air-là,
Ce poême qui fait ma joie.
J'aime le son du cor le soir au fond des bois.
J'aime le son du cor,
J'aime le corps du son,
J'aime le sort du con le soir au fond de moi.
J'aime le son du cor,
J'aime le corps du son,
J'aime le sort du con le soir au fond de moi.
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Paul Fort
(Mélodie française Honegger)

Le chasseur perdu en forêt

Quand le son du cor s'endort, gai chasseur,
ne tarde! _ Déjà les sentiers regardent, avec l'œil
creux de la Mort, passer l'avalanche des hauts
chevaux sous les branches.

Cavalier, quel beau squelette enfourche
ta bête? Adieu, chasse! adieu, galops! Alors
s'éveille indistinte, puis s'enfle la plainte
de l'étang rouge aux oiseaux.

Huntsman lost in forest

When the sound of the horn falls asleep, jolly
huntsman tarry not! _ Already, with the hollow eye
of death ,the paths watch the avalanche of tall
horses passing by beneath the branches.

Horseman, what handsome skeleton straddles
your beast? Farewell hunt, farewell gallops! Then,
indistinct, the lament of the red pond of the birds
awakes and swells.

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Jean LORRAIN (1855-1906)

L'étang mort

Comme un lointain étang baigné de clair de lune,
Le passé m'apparaît dans l'ombre de l'oubli.
Mon âme, entre les joncs, cadavre enseveli,
S'y corrompt lentement dans l'eau jaunâtre et brune.

Les croyances d'antan s'effeuillent une à une,
Tandis qu'à l'horizon suavement pâli,
Un vague appel de cor, un murmure affaibli
Fait vibrer le silence endormi sur la dune.

0 blême vision, étang crépusculaire,
Songe en paix. Pleure en vain, olifant légendaire,
O nostalgique écho des étés révolus !

Un trou saignant au front, les Espérances fées
De longs glaïeuls flétris et de lys morts coiffées,
Au son charmeur du cor ne s'éveilleront plus.

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J.R.R Tolkien
Le seigneur des anneaux (Les deux tours)

La Chanson de marche des Ents

Nous venons, nous venons au roulement des tambours : tarounda rounda rounda rom !
Nous venons, nous venons au son du cor et du tambour : tarouna rouan rouna rom !

" Sus à l' Isengard ! L' Isengard fût-il encerclé et fermé de portes de pierre;
L' Isengard fût-il fort et dur, froid comme la pierre et nu comme l' os,
Nous partons, nous partons, nous partons en guerre, pour tailler la pierre et briser la porte;
car fût et branche brûlent à présent, la fournaise gronde - nous partons en guerre !
Au pays des ténèbres au pas du destin, au roulement du tambour, nous arrivons, nous arrivons;
A l' Isengard avec le deston nous arrivons !
Avec le destin nous arrivons, avec le destin nous arrivons !


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Maurice des Ulis

Viens à moi

Viens à moi belle enfant
Comme un daim aux abois
Qui entend l'olifant,
Presse-toi dans mes bras,
Enlace tes bras blancs
Tout autour de mes flancs,
Abandonne ton corps,
Reste l'esprit ballant,
Oublie le son du cor :
Pour toi je suis vaillant.

De tes yeux effrayés
Je veux chasser la peur,
Dans ta voix murmurée
Retrouver la douceur.
Et poser sur ton sein
Ou au creux de tes reins
Les larmes de mon coeur,
La chaleur de mon âme :
Promesses de bonheur
Que mérite une femme.


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Émile Nelligan (1879-1941)

Musiques funèbres

Quand, rêvant de la morte et du boudoir absent,
Je me sens tenaillé des fatigues physiques,
Assis au fauteuil noir, près de mon chat persan,
J'aime à m'inoculer de bizarres musiques,
Sous les lustres dont les étoiles vont versant
Leur sympathie au deuil des rêves léthargiques.
J'ai toujours adoré, plein de silence, à vivre
En des appartements solennellement clos,
Où mon âme sonnant des cloches de sanglots,
Et plongeant dans l'horreur, se donne toute à suivre,
Triste comme un son mort, close comme un vieux livre,
Ces musiques vibrant comme un éveil de flots.

Que m'importent l'amour, la plèbe et ses tocsins?
Car il me faut,à moi, des annales d'artiste;
Car je veux, aux accords d'étranges clavecins,
Me noyer dans la paix d'une existence triste
Et voir se dérouler mes ennuis assassins,
Dans le prélude où chante une âme symphoniste.

Je suis de ceux pour qui la vie est une bière
Où n'entrent que les chants hideux des croquemorts,
Où mon fantôme las, comme sous une pierre,
Bien avant dans les nuits cause avec ses remords,
Et vainement appelle, en l'ombre familière
Qui n'a pour l'écouter que l'oreille des morts.

Allons! que sous vos doigts, en rythme lent et long
Agonisent toujours ces mornes chopinades...
Ah! que je hais la vie et son noir Carillon!
Engouffrez-vous, douleurs, dans ces calmes aubades,
Ou je me pends ce soir aux portes du salon,
Pour chanter en Enfer les rouges sérénades!

Ah! funèbre instrument, clavier fou, tu me railles!
Doucement, pianiste, afin qu'on rêve encor!
Plus lentement, plaît-il?... Dans des chocs de ferrailles,
L'on descend mon cercueil, parmi l'affreux décor
Des ossements épars au champ des funérailles,
Et mon coeur a gémi comme un long cri de cor!...


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Pendragon_clan (trouvé sur le net)

La complainte du Chant de Mort

Uther Pendragon

« Je suis chagrin, mon courage n'est plus.
Je suis barde. Que le laudateur malhabile
S'en aille aux corbeaux, à l'aigle ou à l'oiseau de colère,
Que l'obscurité la plus profonde l'engloutisse.

Je suis barde, je suis harpiste.
Je suis corniste, je suis homme de la multitude,
Enchanteur, paré d'honneurs et privilèges.

Puissant aux ailes déployées,
Je suis ton fils, ton Hérault bardique,
Ministre ingénieux d'un pére généreux.

Ma langue récite le chant de mort
parmi le cercle de pierres qui enferme le monde.
Puisse la Bretagne briller par ton soutien,
Souverain des Cieux, ne laisse pas mes prières sans réponse ».

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