Sur les décors d'Oedipe-Roi dans les années 50

Les sept "pères fondateurs" de l'image télévisée belge. Presse 1950

Charles Godefroid 

Voici dix ans, le 6 mai 1993, Charles Godefroid s'éteignait paisiblement dans le petit village de Sart-Dames-Avelines. 
Tous ceux qui l'ont connu ont gardé un souvenir attendri de cet homme doux et cultivé, passionné par la navigation,  la mer, la sculpture... et la télévision. 

Sa carrière fut certes discrète mais il faut néanmoins se souvenir aujourd'hui qu'il fut l'un des «pères fondateurs» de l'actuelle Télévision Belge. 

Né à Kertch, en Crimée, le 9 décembre 1914, Charles Godefroid poursuivit ses études artistiques jusqu'à la seconde guerre mondiale. Il effectua divers "stages de perfectionnement" à l'étranger, notamment à Moscou aux alentours de 1936 puis il entra en résistance contre l'occupant nazi au sein d'un réseau communiste proche de l'Orchestre Rouge. 
 



Kerkch, en Crimée, en face de la mer d'Azov et de la mer noire,
où nagent les derniers dauphins russes


Capturé par la Gestapo, il sera sauvé de justesse du "train fantôme" qui l'emmenait vers la mort en Allemagne, le 3 septembre 1944 et reçut pour sa bravoure la Croix du Prisonnier Politique 40-45. 

Dès la fin de la guerre, Charles Godefroid participe, en tant que décorateur ou metteur en scène, aux succès des grandes scènes de l'époque : Théâtre de Poche («Eurydice » de Jean Anouilh, «La cave» de William Russel) Théâtre Flottant («Antoine et le cirque » qui fut joué en présence de la reine Elisabeth de Belgique), Théâtre Communal de Bruges, Théâtre Royal Flamand de la Ville de Bruxelles, Théâtre des Galeries, Théâtre du Rideau de Bruxelles («Boris Godounov», 1962), Théâtre du Parc («Ce fou de Platonov» 1966), etc. 

En 1948, Charles Godefroid reçoit une bourse afin d'étudier le développement de la télévision anglaise à Straford sur Avon. 
Aux côtés d'André Gevrey, de Jean Nergal, de Werner Degan, d'André Berger et de Louis Boxus, il fait partie de la première équipe des sept metteurs en scène de la nouvelle télévision belge, dont les programmes se composaient alors essentiellement de pièces de théâtre et de ballets filmés en direct. 

En 1954, Charles Godefroid crée la première émission enfantine, "Les Mille et un Jeudis" (avec Jean Claude Menessier, alias Jean Poin Poin). 

Il est chargé ensuite de la réalisation des premiers grands reportages : l'émission "Travelling sur le monde" l'envoie successivement mener son enquête sur la «Grande Pêche en Islande » (1958), « La question arabe» (1960), «L'Australie primitive» (1961), «le Grand Nord» et «Le Lichtenstein». 

Charles Godefroid signe également la mise en images d'un grand nombre d'autres émissions à visée culturelle, dont notamment "La petite encyclopédie de poche" produite par Paul Danblon en 1962 (sur les thèmes du surréalisme, de Magritte, de Colette, de Boris Vian, de JJ Rousseau, de Balzac, etc. ) "Wallonie 63", produite par Henri Mordant, «La Belgique en Histoires" en 1965 (La Malibran, Le Roi Pahaut), «Neuf Millions» avec Georges Konen (Le Guatémala, le Grand Nord canadien) "Les Inconnus dans la maison" avec Paul Danblon, («L'intelligence de l'enfant"). 

Charles Godefroid réalisera également des documentaires fictions tel que la «Rivière sans soleil», dans les grottes de Han en 1970 ainsi que diverses émissions culturelles et scolaires avant de prendre sa retraite en 1980. 

A l'heure où la plupart des télévisions du monde ont choisi de "distraire les gens de leurs soucis" plutôt que de les informer, il était utile de rappeler que le petit écran fut jadis, comme le livre, un instrument de culture et d'intelligence.
 
 



Charles Godefroid au centre de l'image, lors de l'une de ses dernières sorties en mer


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