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 À côté des textes narratifs ou informatifs, certains textes visent à agir sur l'interlocuteur. Il ne s'agit pas ici d'apporter des informations dans un esprit vide mais de modifier une opinion déjà là.

Lire un texte pour convaincre.

Enjoindre ou convaincre
Une image parle à une image
Thèse et argument
Fond, forme, pertinence
Démonstration, suggestion, persuasion
La dynamique argumentative
Évaluer une opinion

Enjoindre ou convaincre.

Chaque fois que l'on obtenir un résultat qui dépend de la volonté d'un autre, je dispose de deux possibilités: forcer ou persuader.

On peut enjoindre à l'autre d'adopter un comportement. Dans ce cas, on n'obtient le résultat attendu que si le pouvoir sur l'autre est accepté, reconnu :

Donne-moi ton journal de classe. Mets ton anorak.

Un énoncé qui cherche à faire agir un interlocuteur sous la pression d'une contrainte est appelé injonctif.

Une recette de cuisine, une consigne d'exercice, un mode d'emploi…sont des textes injonctifs.

Par contre, si le pouvoir n'est pas reconnu, il reste trois attitudes possibles :

  • soit, abandonner le projet.
  • soit, faire reconnaître ce pouvoir, le renforcer par des paroles, des gestes éventuellement violents (c'est-à-dire qui ne reconnaissent pas à l'interlocuteur le droit de résister au désir).
  • soit, s'efforcer de convaincre l'interlocuteur sans lui faire violence.

Ce type d'énoncé qui vise à influencer quelqu'un en respectant totalement sa liberté est appelé argumenté, persuasif ou texte pour agir. C'est celui que l'école, démocratique, cherche à encourager.

Thèse et argument

On cherche à convaincre quelqu'un de quelque chose (une opinion, une attitude…) et on utilise pour cela des phrases destinées à la lui faire accepter.

[Je veux que vous croyiez que] La baleine est un mammifère
[donc j'ajoute cette phrase :]… puisqu'elle allaite ses petits.
[si vous acceptez la deuxième partie, vous devez aussi accepter la première]

On appelle thèse la proposition que l'on cherche à faire admettre et argument l'énoncé dont la fonction est de faire accepter la thèse.

Si vous avez du mal à différencier thèse et argument durant la lecture du texte argumenté, notez ceci:

l'argument a toujours un aspect "présent" déjà là, admis (ou considéré comme tel !) par l'énonciataire...

[vous savez déjà que quand on allaite on appartient à la classe des mammifères] puisqu'elle allaite ses petits [et vous ne mettez pas en doute cet allaitement aquatique].

la thèse a un aspect "futur", non encore accepté par l'autre, c'est une opinion à installer, cela implique un changement. Il faut... vous devez...

[vous ne le savez pas encore mais vous allez devoir l'accepter: ] la baleine est un mammifère.

Pour éviter que l'autre ne se mette en position de défense, "en garde", on dissimule parfois l'intention de le convaincre. On ne formule pas explicitement la thèse que l'on veut lui faire admettre. On s'arrange pour qu'il tire lui-même la conclusion des arguments.
Catherine Deneuve utilise Woolite.

L'objectif réel poursuivi par celui qui veut convaincre, ce qu'il veut vraiment obtenir (" principal objectif poursuivi "), est parfois dissimulé sous une " thèse-leurre " (" principal objectif annoncé ").

Une image parle à une image.

Tout texte dessine, qu'on le veuille ou non, une image de son auteur et une image de son interlocuteur.

On appelle énonciateur l'image verbale que le texte donne de l'auteur.

On appelle énonciataire l'image verbale que le texte donne de son destinataire.

Ces deux images dépendent de quelques paramètres stratégiques :

Voici quatre manières de tenter d'obtenir que l'école offre gratuitement une boisson à tous les élèves.

1. Avec les copains, on pense que vous êtes trop avares. Les profs sont pleins de fric, ils n'ont qu'à payer un coca à tous les élèves à la récré de 10 heures.
énonciateur : agressif, ignorant, éloigné; énonciataire : déprécié
2. Après une enquête soigneuse, le Conseil d'élèves a conclu que pour compenser les inégalités dans l'argent de poche, il serait pédagogiquement intéressant d'offrir une boisson gratuite à chaque élève.
énonciateur : compétent, bienveillant, partenaire constructif; énonciataire : effacé
3. Vous êtes vraiment soucieux du bien-être des élèves, vous l'avez montré souvent. Vous pouvez maintenant faire un geste qui vous coûtera peu pour améliorer la vie dans notre établissement.
énonciateur : effacé; énonciataire : compétent, proche, bienveillant.
4. Vous êtes vraiment soucieux du bien-être des élèves, vous l'avez montré souvent. Vous pouvez maintenant faire un geste qui vous coûtera peu pour améliorer la vie à dans notre établissement. Après une enquête soigneuse, le Conseil d'élèves a conclu que pour compenser les inégalités dans l'argent de poche, il serait bon d'offrir une boisson gratuite à chaque élève.
énonciateur : +; énonciataire : +.

Trois chemins pour convaincre.

Convaincre, c'est amener un interlocuteur par le moyen d'arguments (verbaux ou non) à accepter librement une proposition (explicite ou implicite), une thèse.

Je puis emprunter trois voies pour convaincre mon interlocuteur:

1. la suggestion : associer une image, un son, un parfum sans formuler de lien.
Pour convaincre d'acheter une eau minérale, j'en propose l'image sur un arrière-plan de nature vierge.

2. la démonstration :

Je prouve par un raisonnement intellectuel que cette eau minérale a une composition qui la rend plus digeste.

3. la persuasion :

Je promets que celui qui boira cette eau digérera mieux.

Le texte argumenté peut emprunter successivement plusieurs de ces voies.

Évidemment, puisque j'ai choisi de respecter la liberté de mon interlocuteur, je dois accepter qu'il s'oppose à mes arguments, qu'il les réfute en se servant lui aussi de ces trois voies.

Des signaux indiquent la réfutation d'un contre-argument :

On dira que…, Bien sûr… mais…, On objectera…Certains prétendent que…

 

Un énoncé qui représente une manière de voir les choses, de penser, de juger est appelé opinion. On distingue trois sortes d'opinions :

On appelle manipulation la tentative de convaincre quelqu'un de quelque chose à quoi l'on ne croit pas soi-même.

Trois qualités des arguments.

Dans le discours, un fait n'est jamais que l'énoncé d'un fait et donc sujet à contestation :

Cette bouteille est à moitié vide. La terre tourne autour du soleil. L'alcool est nocif. Il fait trop chaud.

Une proposition fondée, pertinente et recevable se révèle, en principe, plus difficile à rejeter, à réfuter:

fond:

Achetez cette voiture, elle est économique.

Un argument est fondé quand il repose sur des données vérifiées ou vérifiables par l'interlocuteur. Dans le cas contraire, il est appelé non fondé.

Cette voiture consomme 6,7 l. aux 100 km. (fondé, si le test est impartial, neutre)
Il y a moins de meurtres aujourd'hui qu'il y a cent ans. (fondé, cfr. les statistiques)
Mon devoir répond entièrement aux objectifs. (fondé, si c'est démontrable)

¨ En pratique trois questions peuvent être posées :

- La proposition, telle qu'elle est formulée, repose-t-elle sur des faits avérés ?

- Le lecteur est-il en mesure de les vérifier par lui-même en consultant une encyclopédie, des archives, d'autres sources d'informations ?

- Les sources d'information mentionnées sont-elles dignes de foi ?

Si la réponse à un de ces questions est oui, considérons que la proposition est fondée.

 

pertinence :

Cette moto est peu dangereuse, un carénage protège le pilote en cas de chute.

Un argument est pertinent lorsqu'il est en rapport avec la question posée (la thèse). Dans le cas contraire, il est appelé non pertinent .

Le terme impertinent désigne, lui, une attitude d'une familiarité déplacée, choquante : Il m'a regardé d'un air impertinent.
Cette moto est peu dangereuse, elle est jaune.
Ce roman est moche, il fait 800 pages.
Ce roman est trop long, il fait 800 pages.
Fumer est sain puisque le tabac est une plante.
Mon devoir mérite 5 sur 10 puisque j'y ai travaillé plus de trois heures.
Mon devoir mérite 5 sur 10 puisque X a donné les mêmes réponses que moi et a obtenu cette cote.

recevabilité :

Monsieur, laissez-moi rentrer chez moi, je suis diabétique et je me sens mal.

Un argument est recevable lorsqu'il est adapté aux circonstances, exprimé dans une forme adaptée, qu'il s'inscrit dans un cadre acceptable. Dans le cas contraire, il est appelé irrecevable.

Voici des exemples de propositions irrecevables :

Monsieur, laissez-moi rentrer chez moi, il y a les Simpson à la télévision.
Vouloir modifier son billet de Lotto après le tirage.
Tenter de convaincre quelqu'un en s'adressant à lui dans une langue qu'il ne connaît pas.
Inviter quelqu'un qui est sous le coup d'une émotion intense à faire un château de cartes.

Que pensez-vous de :

C'est une bonne mère, elle a fait faire une robe à sa fille.

Une proposition fondée, pertinente et recevable constitue un argument propre à faire admettre la thèse, ou un contre-argument susceptible de la réfuter.

Deux erreurs rendent le raisonnement faux :

Le sophisme : toute erreur de raisonnement:
Les plantes guérissent les maladies. Le tabac est une plante. Le tabac guérit les maladies.

La pétition de principe: erreur particulière par laquelle on tient pour admis ce qu'il faut démontrer.

Il faut vous battre parce que la vie est une lutte.

Évaluer une opinion.

Elle: - Tu devrais mettre ton manteau d'hiver.
Lui : - Pourquoi ?
Elle: - Il fait glacial dehors.
Lui : - Tu exagères toujours.
Elle: - Non, je t'assure, le thermomètre indique - 10.
Lui : - Comment le sais-tu ?
Elle: - Je viens d'écouter le bulletin météo. Et si tu ne me crois pas, sors sur la terrasse et vérifie toi-même : nous en avons un de thermomètre !

Nous ne pouvons pas accorder la même confiance à tous les énoncés. Tous n'ont pas pour nous la même valeur de vérité. Certains ont beaucoup de fiabilité, d'autres peu ou pas du tout.

Il n'y a pas de faits, rien que des interprétations. (Nietzsche, La volonté de puissance).

Comme on ne peut pas vérifier soi-même la vérité de tous les "faits", on se fie à des sources valables, dignes de foi (pour les deux interlocuteurs !) un cadre qui entraîne la confiance. Ce cadre dépend de l'interlocuteur, car chacun de nous place sa confiance en certaines "autorités":

  • la science : "c'est scientifiquement prouvé…"
  • la conviction personnelle, l'intuition : "je le sais, c'est comme ça…"
  • le témoignage d'une personne sûre (pour moi) : "C'est Untel qui l'a dit…"
  • le bon sens : "Cela va de soi…"
  • la perception sensorielle : "Je l'ai moi-même vu, entendu…"
  • la quantité : "90 % de la population est de cet avis…"
  • un "grand" auteur :" Comme le dit Boileau : Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage..."
  • - …

L' argument d'autorité consiste à s'appuyer sur une autorité pour faire valider une proposition. L'argument d'autorité peut renforcer un argument ou faire office d'argument.

Finalement c'est le cadre explicite ou implicite dans lequel est placé un énoncé qui en assure la fiabilité. Un énoncé sera ainsi opinion dans un cadre et fait dans un autre.

À mon avis, tous les hommes sont égaux. (évaluation)
Selon la loi belge, tous les hommes sont égaux. (observation)

Comment évaluer une opinion ?

S'il s'agit d'une
observation
  • Suis-je d'accord avec l'énoncé du fait ?
  • Ai-je la possibilité de vérifier les faits ?
    • Sinon, les sources sont-elles crédibles ?
OUI
NON
S'il s'agit d'une
évaluation

Une évaluation se fonde sur une observation.

  • Suis-je d'accord avec les critères d'évaluation ?
  • Suis-je d'accord avec l'échelle de l'évaluation (les "axiologiques") ?
OUI
NON
S'il s'agit d'une
prescription

Une prescription se fonde sur une évaluation et donc sur une observation !

  • Suis-je d'accord avec les valeurs / normes de comportement ?
OUI
NON

7. Évaluation: lecture d'un texte argumenté.

 

1. Le message est décrit de façon précise et détaillée. (plan de développement, essentiel...)

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2. L'élève dégage l'objectif du texte, la thèse de l'auteur.

0 1 3

3. L'élève isole et décrit au moins une manoeuvre de démonstration.

0 1

4. L'élève isole et décrit au moins une manoeuvre de suggestion.

0 1

5. L'élève isole et décrit au moins une manoeuvre de persuasion.

0 1

6. L'élève trace le portrait de l'énonciateur.

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7. L'élève trace le portrait de l'énonciataire.

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8. L'élève évalue l'exactitude des faits évoqués (fond).

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9. L'élève évalue la pertinence des arguments proposés.

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10. L'élève évalue la recevabilité de l'argumentation.

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11. L'élève repère la prise en compte par l'auteur de la position adverse (les objections prévisibles du destinataire).

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Mise à jour 21.12.2018