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[Article de Marc Asselbourg, Vers l'Avenir du 4 mai 1999]
Pendant plus de 73 ans, Tine Briac a sillonné les routes pour faire rire, pleurer et chanter. Portrait vivant d'une star wallonne.
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Tine Briac : carrière de star. |
7 août 1914 : Joséphine Defense et François Briac ont une fille
Ernestine. Ils demeurent à Jambes, chaussée de Liège.
1926 : Ernestine Briac monte pour la première fois sur scène avec la
troupe des verreries de Jambes. Elle y joue le rôle d'une petite ingénue dans
« Djans Bourique ».
1932 : Tine Briac joue pour la première fois au théâtre royal de Namur
(T.R.N.) avec le cercle royal Sambre et Meuse dans une revue « A nous les
nues » de Lise Lix, auteur de Saint-Servais.
1934 : Elle remporte la coupe du Roi avec « Li p'tit mitan ».
1942 : Première de « Troisième étage », une comédie
d'Alfred Géry traduite par Georges Jacques. La comédie fétiche de Tine Briac où
elle peut laisser exploser toute sa verve.
1946 : Création de la troupe officielle Théâtre Wallon Namurois. (255
représentations au T.R.N. jusque 1966, sans compter les tournées) .
1950 : Le 27 mai, Tine Briac épouse Marcel Melebeck. Celui-ci
avait décidé de ne pas se marier avant 27 ans. Il se maria le jour même de son
27e anniversaire. Un duo très complice tant dans la vie que sur scène.
1956 : Début des tournées des cabarets franco-wallons.
1966 : Création de la compagnie Tine Briac. (198 représentations au
T.R.N. jusque 1999).
1976 : La gaillarde d'argent, récompense suprême.
1999 : Le 28 février, Tine Briac raccroche.
Elle joue son dernier rôle, celui d'une « meskène » dans « Li
Mônsieu da madame » de Nicolas Trokart.Au total, 28 opérettes wallonnes, 453
représentations au T.R.N., 14 revues, 8 directeurs du théâtre, 8 captations T.V.,
etc... « Ça fait quand même quelque chose d'arrêter, mais ma devise est
« Le roi est mort, vive le roi. » Tous les rôles sont beau quand on les
défend. »
Du trac et des fous rires.
Vers l'Avenir : Le souvenir le plus joyeux de votre carrière ?
Tine Briac : Sans hésiter, « Troisième étage ». Une pièce
magnifique. Du reste, c'est ma pièce fétiche. Je me rappelle du fou rire que
nous avons eu nous deux Miette Aurore. Nous n'avons jamais su pourquoi. Le
public riait de nous voir rire... et ça a duré.

Tine Briac égrenne ses nombreux souvenirs - (J. Duchateau P541202).
Votre plus belle distinction ?
La gaillarde d'argent en 1976. On ne doit pas être beaucoup de femmes à l'avoir
reçue. A ma connaissance, il ne doit y avoir que Marguerite Yourcenar, Berthe Bovy
et les Petites Soeurs des Pauvres. C'est la plus belle parce qu'elle vient de
Namur... c'est mon public.
Public que vous adorez !
Et comment ! A chaque salut final, je l'ai toujours embrassé. D'abord je
commençais à embrasser les spectateurs du paradis... les plus pauvres. Et puis, le
public, j'ai toujours joué pour lui avec une bonne dose de rire et aussi de bons
sentiments.
Votre auteur favori ?
Jean Servais. Il n'avait pas peur d'écrire ce qu'il pensait de la vie. Il
était entier. Il écrivait pour moi. On me retrouve dans les rôles.
J'ai créé toutes ses pièces (comme celles de Froido Ronvaux et une grande majorité de
celles de Dacos). On s'est aussi souvent disputé.
Le plus bel endroit du théâtre de Namur ?
La scène ! J'ai un trac fou avant de commencer. Une fois sur scène, c'est
fini.
Le plus beau rôle à jouer ?
Tous. Ils se valent tous lorsqu'on les défend avec son coeur.
Le futur ?
Je ne le vois pas bien surtout pour la jeunesse. C'est avec regret que je quitterai
la terre mais avec plaisir de ne pas voir ce qui arrivera. C'est pour cela que j'ai
toujours voulu des pièces où l'on rit.
Que direz-vous à Saint Pierre ?
Saint Pierre m'attend. C'est le Bon Dieu qui lui a dit de me laisser encore un peu
de temps.
La scène, une saine thérapie.
Fleur de Wallonie : En 1934, à Nivelles, le gouverneur Bovesse avait tenu à assister à la finale de la coupe du Roi. Accompagné de ses deux fils, il ne devait pas être peu fier du succès de la compagnie Sambre et Meuse avec « Li p'tit mitan ». En félicitant Ernestine Briac, il eut ces termes très flatteurs : « Je vous présente ma plus belle fleur de Wallonie ». |
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Le miracle de la scène : la scène est une puissante potion aux pouvoirs thérapeutiques magiques. Loin des oreilles de son médecin, Tine Briac nous confesse : « J'ai beau être malade, ne plus savoir parler ! Lorsque je rentre sur scène, je n'ai plus mal. J'oublie tous mes maux. C'est un véritable miracle ».
Clochemerle : en 45 ou 46, lors d'une de ces tournées « Karsenty », de passage à Namur, Raimu avait assisté à l'une de nos répétitions. Voyant l'actrice, il dit à Georges Jacques « Si cette fille veut venir à Paris, elle aura un rôle dans Clochemerle ». Tine Briac déclina l'offre préférant, dit-elle, être la première à Namur que la deuxième à Paris.
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Le colis du prisonnier : durant toute la période de la guerre, nous avons continué à jouer au théâtre Royal. Nous avions été obligés de signer un document attestant que nous étions de pure race. « Georges Jacques avait décidé de donner les bénéfices de nos représentations au « Colis du prisonnier ». Un très grand homme que ce Georges Jacques. Il fut même élève de Louis Jouvet. Vous voyez à quelle école je suis allée... ». Censure : « pendant la guerre, avant chaque représentation, nous devions apporter une brochure de la pièce à la Kommandatur. Durant le spectacle, la loge du gouverneur était occupée par un officier allemand accompagné d'un traducteur. Lors d'une reprise du « p'tit mitan », en 1942, au troisième acte, on hisse le drapeau belge. L'officier présent a fait baisser les rideaux, retirer le drapeau belge. La pièce a pu continuer... mais sans drapeau ». |
| Radio Namur : juste après la
période de guerre, avenue de Stassart, Tine Briac et ses comédiens jouaient trois fois
par semaine. Le mardi, une pièce en un acte. Le jeudi, un cabaret franco-wallon et le vendredi, une pièce en trois actes. C'était au début de Radio Namur. |
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Ne pas blesser : Tine Briac n'assiste jamais aux spectacles d'autres troupes. « J'aurais bien trop peur qu'on me demande mon avis. Et comme je suis très franche... Je préfère ne pas blesser. » Aussi, elle est toujours descendue à Paris pour voir les grands.
Lès namurwès au mariâdje : en 1959, lors du mariage du Prince Albert et de la Princesse Paola, Tine Briac et ses compères du cabaret sortirent un 45 tours. Ils invitaient les Namurois à se rendre au mariage princier... l'instant de quelques sillons. Fifine (Tine Briac), Leyon (Marcel Melebeck), Ninêye (Miette Aurore) et Gus (Willy Baestlé) ont enregistré leur voyage à la capitale dans les studios de la maison Olympia, maintenant disparue. Pour les amateurs, ce disque - introuvable - fut pressé sous le matricule 45 EP 1020 LPQ 20042. Aujourd'hui, Tine Briac n'en possède plus qu'un seul exemplaire.
Deux caractères entiers : Tine Briac et Jean Servais ont fortement alimenté les conversations des « théâtreux ». Leurs querelles sont devenues légendaires. Exemple. Profitant d'une absence momentanée de Tine Briac, Jean Servais, présent lors d'une répétition, avait donné certaines consignes à deux jeunes acteurs. Revenant, Tine Briac aperçoit les deux jeunes dans un jeu qui n'avait pas été celui convenu. Tine Briac rétorque à haute voix : « Jean Servais est l'auteur. Ici, le metteur en scène c'est moi ! ». Sur ce, Jean Servais quitte la salle en claquant la porte... « Trois jours après, il revenait ».
©D.Reuviaux@2003-12-16