Spécial Saint-Feuillen

 

Mise à jour : 24/09/2005

 

 

 

RENCONTRE

Amoureux de sa ville

Jean Romain, passeur de mémoire

 

Quel Fossois ne connaît pas Jean Romain ? Cet attachant et passionné historien a sa bonne vieille ville dans le sang.

Dans sa maison de l'avenue des Combattants, Jean Romain a le regard qui se brouille un peu quand il replonge dans son passé, au temps où son grand-père faisait ronfler les orgues de la collégiale et où son père présidait aux destinées de la cité. Natif de Fosses-la-Ville, il a poussé son premier cri derrière une des fenêtres de l'actuel Syndicat d'initiative, place du Marché. «J'ai toujours vécu dans le centre raconte-t-il, avec cette constante douceur dans la voix. Les rues du Postil, des Egalots, de Vitrival et du Marché n'alignaient que des commerces. Une dizaine de boucheries et autant d'épiceries. Fosses était vraiment un centre commercial, qui a progressivement disparu au profit des grandes surfaces. »

Le papa de Jean Romain faisait de la politique. Il se souvient que, avant la seconde guerre mondiale, les oppositions entre catholiques, socialistes et libéraux étaient très virulentes. « En 1952, mon père, qui était catholique, a perdu les élections. Et les socialistes sont venus chanter l'internationale devant sa façade et poser un bouquet d'orties à la clenche de la porte ». Des pratiques bien révolues.

Enfant, le petit Jean ne pense rien de sa ville. Il y joue, c'est tout. « J'en garde de magnifiques souvenirs. Comme ces parties de cache-cache dans les ruelles et sur la place du Marché. Des descentes en traîneaux, l'hiver, dans la rue Sinton. L'été, on jouait dans le parc du domaine Sainte-Brigide. Il y avait une mare et un saule ».

En 1963, il est élu conseiller communal. Il a trente ans. Imprimeur de métier, il s'implique avec bonheur dans la vie économique et politique de sa commune. En 1949, sa rencontre avec le gros m3 d'archives laissées par le doyen Crépin le met en appétit de mieux connaître sa cité. Suivra une boulimie qui n'est pas encore guérie. « J'ai réalisé que les Fossois ne connaissaient pas bien leur histoire, il m'a alors semblé important de présenter une petite histoire des monuments et sites de Fosses, et de son folklore ». La plaquette est rédigée à la lino-type, imprimée et diffusée par ses soins en 1949.

Guide à la collégiale

Plus de 40 ans plus tard, sa passion pour Fosses-la-Ville ne s'est pas amenuisée. « Je ne me lasse pas de mes promenades du côté du château du Chêne notamment, avec les champs devant et le clocher de la collégiale derrière ».

Pour Jean Romain, cette collégiale demeure le monument emblématique, auquel il a consacré beaucoup de son temps, à rechercher jusqu'au dernier carat de son histoire. Il en est d'ailleurs régulièrement le guide improvisé.

Les belles demeures de Fosses ont également sollicité sa curiosité d'historien, tels que le château du Chapitre et le château Winson, en Leiche, qui « sont de petits musées tout faits ».

Jean Romain n'est pas le seul à avoir apporté sa contribution au devoir de mémoire. Jean Lecomte, juge à la retraite a aussi consacré beaucoup d'énergie à la rédaction d'ouvrages que Jean Romain qualifie d'infiniment plus fouillés que les siens « Moi, dit-il, je suis un amateur. Contrairement à M. Lecomte, je n'ai pas été formé à la critique historique. Mon objectif s'est limité à rendre accessible à tous l'histoire de Fosses ».

Jean Romain, le promeneur de Fosses, n'a pas fini d'en parler. « Fosses était une des 22 bonnes villes de la Principauté de Liège, une ville protégée par un évêque qui l'a entourée de remparts et lui a octroyé des libertés ». Une ville marquée par le sceau des siècles qui se trouve à un carrefour de deux voies celtiques depuis l'Antiquité.

Pierre WIAME

VITE DIT

• Chez Jean Romain, les symboles de l'histoire de Fosses se lisent sur les murs. Les livres et les souvenirs sont à la portée de la main, tous rigoureusement rangés, classés, datés. On peut l'interroger sur tout, il répond toujours gentiment. Ce qui le frappe, ce qui, l'épate, c'est la ténacité des Fossois et leur esprit de résistance. « Quand je vois tout ce qu'ils ont subi comme pillage, destruction, incendie, et ils ont toujours rebâti, avec obstination ».

• Les Fossois organisent leur septennale depuis le serment des arquebusiers, en 1571. On parle du grand voeu : Propiter septennium. L'examen des dates de sortie de la procession, de 1571 à 1635, l'a toutefois amené à conclure que la procession s'est parfois spontanément intercalée entre les septennats en fonction des circonstances. Le mauvais temps condamnant les récoltes, les épidémies de peste, les menaces de guerre, ont jeté dans les rues les pèlerins de saint Feuillen. Pour Jan Vanderlinden, qui a remobilisé les agriculteurs pour cette édition 2005 de la septennale, on ne sait pas mieux prendre le pouls d'un village qu'en marchant dans les pas des fermiers et des agriculteurs oui nous ont précédés.

 

 

Fondée par Feuillen, Fosses-la-Ville, dans le sillage d'une immense dévotion populaire dédiée à ce moine irlandais, n'a cessé de prospérer. Au Moyen-âge, son statut de Ville principautaire placée sous la protection d'une lignée d'évêques, contribuera à son développement.

Jean Romain a publié, dans le cadre de la Saint-Feuillen de 1949, son premier opuscule consacré à l'histoire de Fosses.