Spécial Saint-Feuillen

 

Mise à jour : 24/09/2005

 

 

 

LA PROCESSION

Depuis 1549 au moins

Pour avoir du temps chaud

 

Depuis quand marche-t-on solennellement à Fosses ? Peu de certitude. Parmi les dates les plus anciennes : 1549

N’allez pas dire à un Fossois que la Septennale est une marche napoléonienne. Encore moins qu'il s'agit d'une reconstitution historique de la Grande Armée ou d'une quelconque expression de nostalgie envers l'Empire bonapartiste. Car même si, effectivement, de nombreux uniformes portés par les marcheurs sont ceux de cette époque, la tradition de la procession en l'honneur de saint Feuillen, son escorte en armes et leur périodicité de sept ans sont bien plus anciennes.

En 1086 déjà

Plusieurs dates sont citées par les historiens. Plus on remonte dans les siècles, plus les sources sont toutefois rares, parcellaires. On sait que les reliques de Saint-Feuillen ont toujours fait l'objet d'un culte. Trois dates très lointaines ont été retrouvées, faisant état de processions solennelles: 1086 lors d'une translation des restes du saint ; 1232 et enfin 1451. Ce qui ne veut bien sûr pas dire qu'il n'y en eut pas d'autres, mais les traces en ont disparu.

Par contre celle du 14 juillet 1549 est certaine. Elle est la première mentionnée dans le « registre de la chanterie de l'insigne église collégiale St-Feuillen en la ville de Fosse », un ouvrage daté de 1770 et qui reprend la liste des processions connues.

À partir de 1549, elles se succèdent. Pas encore tous les sept ans, mais selon une périodicité variable : 1554, 1559, 1571, 1578, etc.

Les motifs sont divers : « pour avoir du beau temps », pour obtenir de la pluie, pour être libéré du fléau de la peste, mais aussi pour demander la disparition de la famine ou écarter de la ville les armées étrangères...

Le Serment des arquebusiers

Et les escortes en armes ?

Elles aussi sont fort anciennes. Même si le terme « Marche Saint-Feuillen » n'existe comme tel que depuis le 19ème siècle, on sait que bien auparavant la procession était accompagnée de « compagnies », de « cavalerie », d'« infanterie »... En 1737, on parle aussi d'« hommes sauvages » et, en 1770, de Grenadiers.

Date importante à cet égard : 1566. C'est celle de la création d'un Serment ou compagnie d'arquebusiers. Ses statuts prévoient l'obligation « de se trouver en noble compagnie, enseigne au vent, avec fifres et tambourins, armes et équipages, le jour que l'on porterait le glorieux corps de monsieur saint Pholien ».

Pourquoi ces militaires ? Diverses théories ont circulé. On a affirmé qu'il s'agissait de protéger les reliques d'éventuels brigands ou encore de protestants fanatiques qui auraient profité du passage de la procession dans les campagnes pour s'en emparer. C'est vrai que les temps n'étaient pas toujours sûrs. Aujourd'hui, on considère toutefois que l'origine de ces escortes était davantage le souci de rehausser la cérémonie et rendre les honneurs au saint patron de la ville.

Le voeu de 1635

D'après un ancien doyen de Fosses, l'abbé Crépin, c'est en 1635 que les Fossois ont solennellement décidé, en présence des magistrats de la Ville et du chapitre de la collégiale, de renouveler la procession tous les sept ans.

Il faudra toutefois attendre 1837 avant que cette périodicité ne devienne effective : les deux siècles précédents, divers événements heureux ou malheureux - amèneront souvent soit l'organisation d'une édition intermédiaire en plus, soit le report d'une édition.

Le Grand Tour

Quant à l'itinéraire du « Grand Tour «, il était, semble-t-il, plus court à l'origine. En 1815, il prévoit des arrêts au Pautche, aux Coutures Mathot et au Chêne. Le circuit évolue encore et passe à sept stations, puis, à partir de 1879, cinq stations avec bataillon carré : au Pautche, à la Couture Mathot, au Chêne, à la Folie et à l'Allou. Cinq qui ne sont plus que trois aujourd'hui : le bataillon carré de la Couture Mathot a été supprimé en 1963, le terrain ayant été loti, et celui de l'Allou en 1970.

Jean-François PACCO

Le registre du curé de Bioul

La première mention retrouvée dans les archives d'une procession escortée militairement remonte à 1589. Cette année-là, le curé de Bioul écrit dans son registre paroissial : Dimanche 16 de juillet fut porté en procession saint Feuillen à Fosses avec grande solennité de compagnies de soldats, pour avoir du beau et chaud temps, ce qui advint depuis bien chaud

VITE DIT

• LE BEAU TEMPS ET LA PESTE : ces deux motifs ont été les plus fréquents pour justifier les processions en l'honneur de saint Feuillen, autrefois. Parfois, les deux étaient jumelés. Ainsi le 10 mai 1637 : les Fossois étaient à la fois frappés par la sécheresse et une nouvelle épidémie meurtrière.

Ils furent entendus : au cours de la nuit qui suivit la cérémonie, la pluie vint à tomber. Et la peste cessa tout à coup.

• CHASUBLES ET UNIFORMES n'ont pas toujours fait bon ménage. En 1789, les chanoines autorisent la procession, mais interdisent de porter les armes. Une négociation s'en suit, et les prêtres s'inclinent.

Rebelote en 1802: l'évêque et le préfet interdisent la procession et, en tout cas, la sortie du buste reliquaire. Mais les Fossois trouvent la parade : ils sortent sans le buste, mais avec la châsse, que l'arrêté préfectoral avait omis de mentionner...

• EN 1815, ANNÉE DE WATERLOO, la procession a lieu, mais sans marcheurs : il y a encore trop de troupes dans la région. La marche, elle, sortira l'année suivante, pour prier contre le risque de famine.

• LA PROCESSION VA PRENDRE ENSUITE de plus en plus d'ampleur. En 1858, on dénombre 4000 marcheurs ! (chiffre surfait ?). En 1879, les trains spéciaux amènent 12000 visiteurs ; en 1893, les voyageurs venus par train sont au nombre de 22000.

• GUERRE OBLIGE : la septennale de 1914 est hélas annulée. Elle reviendra, doublée d'un cortège historique, en 1921. Puis il y aura la mémorable « marche aus satchos » en septembre 1942, où le défilé, vu l'occupation allemande, se fera en vêtements civils, les pétarades étant remplacées par des explosions de sacs en papier.

J.-F.P.

 

Ces trois photos évoquent l'édition 1900 de la marche septennale. Si ce n'est les costumes des badauds, bien peu de choses ont changé...