Spécial Saint-Feuillen

 

Mise à jour : 24/09/2005

 

 

 

LE HEROS

Un Irlandais martyr

Foillan, Pholien, Feuillen….

Les Irlandais l'appellent Foillan. A Liège, on dit Pholien et Flien à Aix-la-Chapelle. Mais Feuillen est d'abord le premier des Fossois.

Pas premier dans le sens chronologique : le site de la petite vallée Fossoise était déjà occupé à l'époque préhistorique et gallo-romaine. Mais c'est vraiment lui qui a fondé la ville de Fosses, qui est à l'origine de son développement et de son rayonnement. C'est vers lui que, durant des siècles, les Fossois se tourneront en cas de malheurs. Et c'est, encore aujourd'hui, pour conserver sa protection qu'ils organisent ce rassemblement septennal si extraordinaire.

Du Connemara

Feuillen est né quelque part en Irlande, à la fin du hème ou au début du 7ème siècle : la date et le lieu sont inconnus. Selon la tradition, il aurait vu le jour dans l'île d'Inchiquin, dans le Connemara, une des régions les plus sauvages de l'ouest irlandais. C'est alors un pays celtique, christianisé depuis saint Patrick, mais aux moeurs et conditions de vie rudes.

Comme ses deux frères, Fursy et Ultain, Feuillen devient moine et, vers 635, quitte son île pour l'Angleterre. Un exil motivé par un souci de mortification et une volonté d'évangélisation. Ensemble, les trois frères fondent un monastère, dans le Norfolk : à Cnoberesburgh.

En 640, Fursy les quitte pour la France. Il ouvre un monastère sur la Marne, mais meurt en 649.

Itte et Gertrude

L'année suivante (en 650), le monastère de Cnobersburg est attaqué et rasé par un roi voisin. Capturés comme esclaves, Feuillen, Ultain et leurs compagnons s'échappent et gagnent le continent. Ils se rendent d'abord sur la tombe de leur frère Fursy à Péronne, puis sont accueillis à Nivelles. C'est là que vivent le maire du Palais, Grimoald, sa mère, sainte Itte, et sa soeur, sainte Gertrude.

Ces personnages de haut rang voient d'un bon oeil l'arrivée de ces missionnaires irlandais : la fondation de monastères est, à l'époque, considérée comme un facteur de développement économique et intellectuel.

C'est pourquoi Itte, Gertrude et Grimoald proposent à Feuillen de s'établir dans un domaine qu'ils possèdent au sud de la Sambre. Il est situé le long de la rivière Bebrona, devenue de nos jours la Biesme.

C'est en 651 que Feuillen fonde le monastère de Fosses. Un monastère modeste, très probablement situé à l'emplacement actuel de la place du Chapitre. Le juge Jean Lecomte a beaucoup étudié la question : pour lui, la communauté, adoptant les usages irlandais, est établie dans une sorte de village protégé par une palissade. On y trouve un petit oratoire en pierre, une hôtellerie-maison d'accueil, un puits d'eau sacrée, une stèle irlandaise, des cellules de moines.

Ceux-ci mènent une vie ascétique, partagée entre le travail et la prière. Ils sont les premiers évangélisateurs de la région, veillant à ne pas heurter les traditions païennes celtiques encore en usage chez nous comme en Irlande.

Dans une porcherie

Mais en 655, Feuillen est à Nivelles. Au moment de reprendre la route pour Fosses, il est mu par une sorte de pressentiment : en cas de malheur, que l'on recherche mon corps. demande-t-il.

Et le malheur arrive : faisant halte, pour la nuit, chez des inconnus, dans la région du Roeulx (près de Soignies), Feuillen et ses trois compagnons sont assassinés et leurs corps décapités jetés dans une porcherie.

Sans nouvelles, leurs amis, tant à Fosses qu'à Nivelles s'inquiètent. Mais il faudra 77 jours avant que leurs malheureux cadavres ne soient retrouvés.

Transféré cérémonieusement à Nivelles, le corps de Feuillen est alors, dit la légende, rapatrié au monastère de Fosses sur un chariot tiré par des boeufs. A leur arrivée à Franière, les eaux de la Sambre s'écartent pour leur laisser le passage...

Toujours est-il que les reliques de saint Feuillen feront dès lors l'objet d'une dévotion qui ne cessera de grandir : les siècles passant, Fosses devient un lieu de pèlerinage, qui justifiera la construction d'une église abbatiale (devenue ensuite collégiale) toujours plus importante pour accueillir les fidèles.

Jean-François PACCO

 

VITE DIT

• Patron de Fosses, saint Feuillen est aussi imploré pour obtenir le beau temps pour les moissons ; la guérison des maux de tête (notamment des oreilles) ; le salut des enfants morts avant le baptême.

• Au Roeulx, lieu où fut retrouvé son corps, jaillit une fontaine miraculeuse. Une abbaye y fut construite, supprimée à la révolution. Et c'est de là que vient la bière Saint-Feuillien, qui s'écrit avec un i de plus.

• Sous le nom de Phollen, notre saint a donné le nom d'une église et d'un quartier de Liège. Et d'un roman de Simenon : Le Pendu de Saint-Pholien.

• En Namurois, son culte s'est notamment répandu à Tillier, Longchamps, Castillon et Omezée.

• Plusieurs dates du calendrier liturgique Fossois rendent hommage à saint Feuillen :

- le 16 janvier, l'invention, c'est-à-dire l'anniversaire de la découverte de son corps ;

- le 3 septembre, la translation, anniversaire du placement, en 1086 de ses restes dans une nouvelle châsse ;

- le 24 octobre, sa fête ;

- le 31 octobre, l'anniversaire de sa mort.

 

Saint Feuillen est généralement représenté en évêque. Avait-il ce titre ? C'est probable. Mais il ne portait pas la mitre et la crosse, comme sur cette statue du XVIIe siècle.

Sur ce vitrail et cette statue modernes qui ornent la collégiale, on a par contre donné au saint fondateur l'apparence probable qui était la sienne à l'époque : robe blanche à capuchon, bâton de pèlerin.

L'assassinat de Feuillen par des brigands, dans une forêt près du Roeulx. II s'agit d'une des grandes peintures (en mauvais état) relatant la vie du saint, dans le choeur de la collégiale.