Spécial Saint-Feuillen

 

Mise à jour : 24/09/2005

 

 

 

LES CANTINIÈRES

Brigitte Absilis, chez les Zouaves

Elles marchent plus que les marcheurs

 

Tonneau en bandoulière, verres à goutte à la main, les cantinières sillonnent les rangs pour servir le « remontant » aux marcheurs.

Elles sont à la fois le renfort de charme et le réconfort de la troupe. Par le breuvage dont elles sont les gardiennes, elles apportent un peu de douceur dans ce monde de soldats. Des soldats à la gorge desséchée par les nuages de poudre.

Les cantinières sont des postes clés dans les compagnies de marcheurs. Des postes qui, en principe, se négocient par un système d'enchères, les soumissions. Celle qui propose l'offre la plus haute (on parle parfois de plus de 2 500 €) remporte le marché et peut vendre la précieuse « goutte » aux soldats.

Chez les Zouaves, lors de la dernière édition de la Septennale en 1998, ces soumissions n'ont pas eu lieu, faute de soumissionnaires.

Brigitte Absilis, dont le mari marchait lui-même dans la troupe, s'est proposée et a été acceptée. Pour la seconde fois en 2005, elle circulera donc tonneau en bandoulière et verres à la main dans les rangs des marcheurs les plus « culottés » de la Saint-Feuillen. « Quand on est Fossois d'origine, comme c'est mon cas, indique Brigitte Absilis, participer à la Septennale ça va de soi. On baigne là-dedans depuis qu'on est petit. C'est une tradition qui se perpétue de génération en génération. On a essayé à notre tour d'en inculquer le goût à nos deux filles qui m'assistent dans ma tâche. »

Elles seront quatre en tout à proposer aux Zouaves la revigorante boisson au prix, fixé par l'Etat-Major, de 50 euro cents le verre de 3cl : « Sur le choix de la goutte, chaque compagnie a ses habitudes quasiment immuables. Traditionnellement les Zouaves ne boiraient pas autre chose que de la fine brune. Elle fait 33 degrés. Nous prévoyons environ 150 litres au total. C'est vrai que les verres se vident rapidement... et que ça descend en général pas mal. Mais en tout cas les officiers sont très stricts sur la sécurité, surtout au moment des décharges. On manipule quand même des armes à feu. Il s'agit d'avoir de la discipline, même si on est là pour passer un bon moment.

Pour les cantinières, il est aussi question de mettre en place toute une logistique et une tactique, qui n'a rien à envier à la militaire, pour assurer le ravitaillement. D'autant plus cette année qu'aucun laissez-passer n'est accordé aux véhicules dans le périmètre de la procession. Afin de ne pas être vaincus par la soif dans les campagnes, les Zouaves seront donc accompagnés d'un char à banc où les cantinières iront remplir leur tonneau. Autant dire que pour el-les aussi la journée sera longue : « A passer sans cesse dans les rangs, on marche plus que les marcheurs. Quand la troupe avance de 1 km, nous on en fait deux facilement... Mais on est toujours bien accueillies. »

Sept ans : un cycle, un rythme

Le rythme septennal n'est pas propre à Fosses et à la Saint-Feuillen. Il se retrouve dans de nombreuses cultures dans les calendriers religieux, rituels, mythologiques, comme s'il correspondait à un cycle de vie, universel, qui trouve un écho en chacun de nous. Les siècles passent, les mentalités évoluent, mais il est des choses qui nous dépassent et qui ne changent pas : « Tout le monde se repère par rapport aux années septennales, explique Brigitte Absilis. On compte par rapport à ça les naissances des enfants, les décès de parents et tous les événements de la vie. » C'est cela aussi qui confère un charme particulier à cette marche de l'Entre-Sambre-et-Meuse. Comme elle n'a lieu que tous les sept ans, elle reste dans les mémoires comme un événement exceptionnel dont on garde des souvenirs précis, sachant que les moments vécus à cette époque font partie d'un passé révolu : « Si la marche avait lieu chaque année, elle ne véhiculerait pas la même charge émotionnelle. C'est au moment de faire coudre des nouveaux uniformes pour les enfants qu'on se rend compte qu'ils ont grandi en sept ans. C'est quand on enfile le sien qu'on repense à un parent, décédé depuis la dernière Saint-Feuillen, qui aurait été à nos côtés pour marcher. »

S.Si

Aidée de ses deux filles et d'une autre jeune femme, Brigitte Absilis désaltérera les Zouaves pour la seconde fois.