Spécial Saint-Feuillen
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Mise à jour : 22/10/2005 |
Hi han, voici les p’tits Tchôds Tchôds
Hier, les Tchôds-Tchôds ont fait exploser leur bonne humeur. Du Pautche au feu de file, ils ont refait le grand Tour sur un mode beaucoup plus relâché.
Garde à vous ! L'ordre est chahuté, accueilli par une huée. Les Tchôds-Tchôds n'aiment pas la discipline, ce sont les insoumis du régiment, les rebelles, les gros rigolards. « Garde à vous... ». L'ordre se perd à nouveau dans une atmosphère de gaudriole et de rires gras sur la voie publique. Il ne faut pas attendre d'eux de rentrer dans le rang, ni de pieuses postures devant les reliques de Feuillen, lesquelles, de toute façon, ne sont pas de la sortie.
Les Tchôds-Tchôds sont donc sortis hier matin, comme il y a sept ans, le mercredi suivant la procession. Ils ont refait le même tour que celui emprunté par la procession officielle. Ils ont accompli les mêmes haltes et les mêmes évolutions, déchargé leurs fusils aux mêmes endroits. Ils ont traversé la cour de la ferme de La Folie et descendu les greffes. Seule petite différence, les Tchôds-Tchôds aiment beaucoup la goutte.
Nous les rejoignons au Pautche, cette grande plaine illuminée de soleil en ce mercredi matin. Dimanche, en ce même lieu, c'était la foule. Eux, ils ne sont qu'une poignée, et les admirateurs ne se pressent pas. Pourtant, les Tchôds-Tchôds forment une authentique compagnie, marginale, mais une compagnie quand même, constituée pour une grosse part de transfuges des compagnies classiques. Dimanche, ils défilaient au pas, fiers de leur statut d'escorte des reliques, presque stoïques. Mercredi, ils ont enfilé le sarrau bleu, coiffé un chapeau de paille et ils sont allés marcher et danser sur la route, mettant et enlevant joyeusement leur ample chapeau de moissonneurs et de jardiniers. Comme on dit, ils font les p'tit Tchôds-Tchôds, ils s'extériorisent sans entraves.
Nous les retrouvons un peu plus bas, sur la route de Bambois. L'unique maréchal de la compagnie, Francis Migeot, avec ses galons jaune cousus sur le bleu du sarrau, tempêtent contre ces soudards qui traînent à recharger leur pétoire. « Allez, il y a un horaire à respecter » s'emporte-il tandis qu'une Fossoise, Mme Franceschini, attend déjà le bon moment pour abaisser le sabre. « Boum... ». Et c'est reparti pour une farandole endiablée, leur chapeau brassant l'air.
L'âne Coco a 28 ans
Pourquoi sortent-ils le mercredi, ces Tchôds-Tchôds ? À l'origine, c'était des commerçants, bouchers, boulangers, etc qui, le jour de la procession, étaient sur la brèche. Accaparés par leurs affaires, ils travaillaient dur et ressentaient de la frustration de ne pas pouvoir participer à la septennale. Alors, une année, ils ont remis ça.
Autour des troupes, on voit s'agiter une escouade empressée : c'est l'ambulance, qui ne fait pas pim pom et qui ramasse sur son unique civière les éclopés de ce folklorique combat au fusil à poudre. Les brancardiers parmi lesquels le doyen de la paroisse s’amuse beaucoup à bander la tête du blessé et à le badigeonner d'un liquide rouge sang plutôt confondant.
Sacré Tchôds-Tchôds ! Le midi, fourbus par cette matinée au soleil, ils cassent la croûte à la salle l'Orbey. Au menu : l'immuable ratatouille de mouton, avec des navets, des patates, des oignons, et deux vitoulets, qui tiennent bien au corps. Par hasard, nous rencontrons un officier Tchôds-Tchôds, un général, Claudy Van Ryssel. « Mon âne dit-il, a 28 ans. Il s'appelle Coco, c'est sa 4e Saint-Feuillen » raconte-t-il. Son fils Fabian, qui exploite un manège, a laissé son magnifique cheval blanc à l'écurie pour chevaucher un âne.
Le plus ancien Tchôds-Tchôds s'appelle Louis Eymael, et il a 82 ans. Nous l'avons croisé au Pautche. « Je marche depuis 1935 et mon fusil date de 1822 » dit-il.
Il faudra attendre 2012 pour revoir les Tchôds-Tchôds. Non, décidément, c'est trop long.
Pierre WIAME
VITE DIT
• Petite parenthèse. On dispose aujourd'hui de chiffres sur le nombre de voitures qui ont stationné dans les parkings prévus à cet effet, le jour de la Saint-Feuillen. Au total, 2600 véhicules ont été recensés, dont les conducteurs ont accepté de payer les 7 € (pas donné) de droit de passage. Selon les organisateurs, c'est 600 de plus qu'en 1998. La police a plus ou moins fermé les yeux sur le parking sauvage, mais toute voiture empiétant sur la voie publique et constituant donc un danger a été enlevée par un dépanneur.
• Quand fut créée la formation des Tchôds-Tchôds ? La date est imprécise mais au moins depuis 1894. C'est cette année-là que décéda l'auteur de leur chanson de marche, Clément Patris. Primitivement, les « Tchôds-Tchôds ne portaient pas d'armes. Pour imiter le bruit des fusils, ils utilisaient des sachets en papier qu'ils gonflaient d'air et qu'ils faisaient éclater d'un coup de poing.
• Que veut dire Tchôds-Tchôds ? Dans le glossaire de Fosses-lez-Namur rédigé au début du xxe siècle par l'écrivain Auguste Lurquin, le terme tchôtchô signifie chaud-chaud. À l'époque, le tchôtchô était un impatient, « qui met de la précipitation dans ce qu'il fait ». Par ironie, le Tchôds-Tchôds a ensuite désigné ceux qui s'arment et tirent encore des salves le mercredi de la procession septennale, quand les autres ont cessé ces démonstrations depuis la veille.
• Nous reproduisons ci-dessous lé refrain de la chansonnette, chaudement entonné, hier, dans le centre de Fosses, et que les Fossois n'avaient plus entendu depuis 1998. Les mots sont à l'image des gais lurons qui la chantent.
« C'èst lès p'tits Tchôds-Tchôds piyanô. Qui voi'ent tout en rôse. l's sont garnis d'bleû... morbleû. C'èst toujoirs la même chôse «. En choeur...
Trois généraux et trois baudets
• Les blessés, en plus du bandage de la tête et du badigeonnage des joues, recevaient un traitement de choc. Les brancardiers leur vidaient dans la bouche le contenu très alcoolisé d'une seringue. Rétablissement garanti, en quelques secondes.
•Le doyen de Fosses, bien que Tchôds-Tchôds, a toujours refusé, par objection de conscience, de porter une arme.
• La compagnie des Tchôds-Tchôds, ce sont, musique et tambours compris, plus ou moins 230 marcheurs parmi lesquels trois généraux, des lieutenants, des adjudants et trois... baudets. L'officier, malgré ce rudimentaire uniforme de garçon de ferme, porte le pantalon blanc, des galons dorés et le sabre de circonstance. Les autres tirent tous au fusil.
• Le soir, après le feu de file, les Tchôds-Tchôds vont souper avec tous les restes du repas du midi.



Les Tchôds-Tchôds, comme d'habitude, se sont bien amusés. En haut, à gauche, le jolis minois d'une cantinière (qui n'a pas chômé). À droite, un plan rapproché du bataillon carré, au Pautche. Leur marche, au pas, est entrecoupée de farandoles au cours desquelles ils se jouent de leur couvre-chef.

Les Tchôds-Tchôds blessés au combat avaient encore le coeur à faire la fête.


Comme dimanche matin, lors du grand tour, les Tchôds-Tchôds ont envahi le Pautche avec leurs ânes et leur ambulance. Ils ont tiré leur bataillon carré (qui était plutôt ovale) en laissant exploser leur fusil et leur bonne humeur. Les cantinières ont officié sans modération et les brancardiers ont bandé des blessés.