Spécial Saint-Feuillen

 

Mise à jour : 22/10/2005

 

Le jour J

Un pèlerinage au vert, sous bleu

Deux bataillons carrés en matinée. Une marche cadencée hors les murs l'après-midi, à travers la campagne. Avec escale à la Folie.

En début d'après-midi, la procession et son escorte quittent pour du bon les murs de la cité, le cortège s'aventure dans les campagnes. Pour apprécier à sa juste mesure la septennale Fossoise, c'est sur ce chemin-là qu'il faut suivre les compagnies, quand elles s'en vont jeter leurs couleurs et leurs éclats brillants dans le vert de la nature.

Ils sont nombreux, les pèlerins, à couper court et à rejoindre directement la ferme de la Folie. On les voit gravir courageuse la pentue rue Sinton, sous un ciel où les nuages figurent de gros lampions.

La ferme de la Folie, c'est comme une grande chapelle isolée. Toutes les compagnies passent à travers elle, sur ses vieux pavés et entre ses beaux murs blancs. Le défilé dure des heures sur ces hauteurs bien dégagées, où les échos des batteries et des décharges de poudres, de toutes parts, semblent avoir pris possession du paysage, se répondant continuelle-,'' ment par dessus le vallonnement. Où que soit le pèlerin, il n'entend que roulements et explosions de poudres, les bataillons en campagne tiraillent sans arrêt.

Sur ces chemins, les compagnies se sont étirées, elles progressent à un pas de marche soutenu. Ce qui surprend, ce sont tous ces gens qui les suivent, en rangs désordonnés. Ils suivent la procession en famille, on voit les marcheurs de Feuillen longer des clôtures, traverser des prairies, montrant ce spectacle étonnant de gens en promenade à travers tout, comme égarés.

L'entrée des reliques dans la cour de la Folie est solennisée par une haie d'honneur de marcheurs. Chantal et Eric De Vliegere sont sur le seuil de leur ferme et, selon la tradition, ils reçoivent leurs amis fermiers dans la grande pièce du séjour. Ce sont d'émouvantes retrouvailles autour du café et de morceaux de tarte coupés si largement qu'ils en valent deux. Chantal et Eric De Vliegere sont établis à la Folie depuis 1961 et, à chaque septennale, leur ferme est noire de monde, de pèlerins, de curieux, de photographes, et ils sont là parce qu'ils savent que ce spectacle ne revient que tous les sept ans. Et qu'adviendra-t-il d'ici 2012 ? Le temps se mesure au nombre de Saint-Feuillen, la procession fixe des repères indélébiles dans chaque vie.

Jan Vanderlinden est heureux. Une petite trentaine d'agriculteurs ont répondu présent, dont une relève de jeunes.

Des terres folles

Pendant cette pause douceur, les compagnies s'entassent sur les vastes prés alentours. C'est l'heure du ravitaillement, avec la campagne et l'horizon à perte de vue. C'est le temps des photos, des tirs anarchiques de fusils, des tournées de gouttes qui se succèdent. On mesure l'ampleur de la septennale ici aussi, au cours de ce méga bivouac où les marcheurs se préparent à descendre en file les fameuses greffes de la Folie.

L'heure n'est plus aux marches mais aux chansons paillardes. Ils sont des centaines à avoir laissé tomber les armes et les casques, et à attendre.

Puis, une ou deux heures ont passé. La clameur a grandi et la foule, massée le long de la descente, a attendu patiemment. Après les sentiers empierrés, après les pavés, les pieds sont dans la terre. La marche est plus pénible, les chaussures doivent se caler dans ce qu'il reste de sillons. Ici, dit-on, les terres sent folles, trop schisteuses, trop grasses. C'est pour ça dit-on que la ferme a pris le nom .de Folie.

L'après-midi se termine sous les nuages. Bientôt, sur une longue file, ils descendent en tiraillant. Dans son carrosse, tout en bas de la prairie, Napoléon salue ses hommes. On entend du « Vive l'empereur ». Et ce que l'on admire entre tous ces tirs nourris, ce sont les galops fougueux des chevaux soulevant des gerbes de poussières.

Pierre WIAME

VITE DIT

Bien arrosé

Une délégation de Louisiane a été invitée pour l'occasion. 4 hommes en costume de soldat de l'époque de la guerre der Sécession ont même défilé dans le cortège. Ceux-ci ont été accueillis chez l'habitant. L'un d'eux de déclarer avec un délicieux accent « Les Fossois sont super et question fête ils sont au top. » Il faut dire qu'un des Fossois en question a confié que la nuit passée avait été consacrée à la dégustation d'une bière bien particulière, la Ciney bleu... la nuit a été courte.

Pas que des troupes napoléoniennes, mais aussi des « Gris » des U.S.A.

Histoire de lièvre

La tradition du chemin de Saint-Feuillen a été respectée, les soldats ont tiré pour débusquer le lièvre de Saint Feuillen selon une antique légende: Concernant ce moment, le registre paroissial a noté en 1802 « Une fois le tir exécuté, nous avons vu deux lièvres s'enfuir. »

En chiffre

Cette année, Fosses en est au 919e anniversaire de la première procession connue de reliques de Feuillen. Elle a eu lieu en 1086, après leur élévation par l'Évêque de Liège Henri de Verdun. C'est aussi le 434e anniversaire de la présence d'une escorte militaire et le 370e anniversaire du Voeu de septennat.

C.M.

Les marcheurs ont parcouru de nombreux kilomètres hors les Murs, dans la campagne, tiraillant dans le bois de Saint-Feulllen, présentant les armes dans la cour de la ferme de la Folle. Sous le bleu du ciel, le fracas des batteries et les détonations des fusils ont longuement résonné.

Hache à la main, tablier blanc, barbe et haut bonnet à poils, les Sapeurs-Grenadiers ouvrent la charge de la Folie.

La musique des Mamelucks.

AU LEVER DU JOUR

Un air de piston dans la nuit

Sonnerie et déjeuners à l’anglaise

Une aube pas comme les autres, où le coq n'est pas le seul à chanter au lever du jour. À la Saint Feuillen, Fosses s'éveille quand il fait encore nuit.

La nuit noire, presque douce. Il est 5 heures et Fosses s'éveille. Une promesse habite l'obscurité, ce jour-ci ne sera pas comme les autres, cela s'entend. Il faut tendre un peu l'oreille. Des batteries circulent, leurs rigaudons vont et viennent, tantôt s'intensifient tantôt s'étouffent, auxquels des chants de coq donnent la réplique.

La dernière fois, c'était il y a 7 ans. Le chef de la musique, Claude Barthélemy, vient d'arrêter sa voiture dans la rue des Forges. Il est accompagné de Jérôme Demaret. Avec leur piston, ils viennent réveiller leur cantinière, Paule Piéfort, de quelques notes cuivrées. Il est 5 h 45. Leur promenade de nuit se termine là, aux aurores. Le chef de musique s'est levé à 3 h 45 pour aller « trompetter » aux quatre coins de la localité. Au Chêne, au Champ Stoné, en Leiche, sous les fenêtres de quelques amis. Il a 70 ans et il semble certain que c'est la dernière fois. « Je sonne le réveil depuis 1970. La prochaine fois, je commencerai à prendre de l'âge, je serai un vieil homme » déclare-t-il en riant. Alors, prévoyant, il a pris avec lui Jérôme, qui n'a que 29 ans.

Paule Piéfort, selon la tradition, a préparé un solide petit déjeuner. Un petit déj continental, comme dans les hôtels. Les petits pains, la tarte, les oeufs brouillés et le lard abondent sur la table. Les uns après les autres, les officiers de la musique entrent chez leur cantinière. Martin, Simon et Collin, de petits officiers debout depuis 6 heures, sont encore pleins de sommeil, et sans voix.

Le ciel se blanchit. Serein. Il est 6 h 30, les tambours claquent en des endroits indistincts, ils s'en vont prendre aussi le déjeuner. Dans ces nombreuses maisons éclairées dans le jour naissant, l'amitié et la fraternité se savourent avec ivresse. Bientôt, ils vont partir en pèlerinage, toutes couleurs et parures déployées, tous étendards levés.

Rue de Vitrival, dans son atelier surchauffé, le vétéran des boulangers, Hector Gosset, place de la pâte à tarte dans des moules.

Chez Eric Bavay et Brigitte Apsilis, dans la rue de l'Abattoir, la batterie des Zouaves déjeune elle aussi. Il y a du café, de la tarte au riz et une bouteille de fine sur la table. Le premier petit verre se boit à la maison. Des voisines sont arrivées pour aider Brigitte à ceindre l'étoile et à boutonner les guêtres blanches.

Il est 7 h, la police est ponctuelle aux portes de la ville, ses feux blancs et bleus n'ouvrent plus les portes qu'aux défilés des compagnies. Fosses est livrée aux marcheurs.

Ils y pensent tous, quelque part. La Saint-Feuillen, c'est un jour de grâce, un jour de paix, dont il faut bien profiter. C'est son grand nombre d'années à l'attendre qui fait l'événement.

«Que ferons-nous dans sept ans, que serons-nous devenus, vivrons-nous toujours ? »

Des chevaux montés par de fiers cavaliers trottent sur la place du Marché, où les troupes se massent, toujours plus nombreuses.

Devant l'église, les confrères de Saint-Feuillen, le doyen et une foule d'invités français attendent leurs escortes.

Le jour est à présent levé. Il est 7 h 30.

Un Breton joue de la bombarde près de la collégiale, et cette aigrelette sonorité ajoute à la majesté de ce matin pas comme les autres.

Un Français du sud, « bravadeur » de Saint-Tropez, vient de faire exploser la charge de son tromblon devant le presbytère.

8 h. « Tambours, roulement ». L'ordre a été lancé du kiosque de la place du Marché, toute débordante d'hommes en armes et de plein d'autres qui attendent dans les rues voisines.

Le départ est donné. Le carrosse noir de Napoléon prend la tête du cortège. En rangs serrés, l'interminable escorte s'ébranle, lumineuse et belle. La Saint-Feuillen a commencé, elle défile sous des nuages étincelants.

Pierre WIAME

Claude et Jérôme ont sonné le réveil chez leur cantinière.

Un petit déjeuner continental pour bien commencer le jour.

 

Au Pautche Premier bataillon carré

La poudre et la poussière

 

9h : les marcheurs sortent de la ville pour fouler la terre et honorer Feuillen qui a fertilisé les champs et les cœurs des hommes.

Si ce n’était son nombre de participants, déjà exceptionnel en soi, la Saint-Feuillen serait peut-être considérée comme une parmi d'autres marches de l'Entre-Sambre-et-Meuse.

Mais ce qui lui donne toute sa splendeur, sa magie, ce sont indiscutablement des moments comme le premier bataillon carré au « Pautche », ce vaste champ à la sortie de la ville.

Car cette procession unique en son genre déborde largement les murs de la ville. De la place du Chapitre, le cortège se dirige vers la chapelle Saint-Roch. Les chaussures des marcheurs quittent alors pour la première fois le bitume, foulant au pas la terre des campagnes pour lesquelles on va solliciter la protection de Feuillen. C'est tout le sens de ce moment solennel.

Mais d'abord, les compagnies gravissent le Pautche une à une et viennent à la rencontre des reliques du Saint Patron, que les fermiers ont déposées au sommet du champ.

Elles prennent position pour former progressivement un gigantesque carré complet.

Attendant les derniers pelotons, les premières compagnies, les Fossoises, procèdent à de retentissants essais balistiques. La poudre parle çà et là, faisant sursauter les chevaux dont certains cavaliers éprouvent bien des difficultés à calmer les ardeurs quand Ûlaus jouent du tromblon. Engin particulièrement spectaculaire, il faut bien le dire : « En principe, explique Christian Vandelois, la dose de poudre standard, c'est un kodak (ndlr : une boîte à film photo remplie). Certains en mettent deux, mais c'est déjà bien impressionnant comme ça. » On confirme !

Après avoir placé une amorce sous le chien, le tireur prend position : « Non pas sur l'épaule, comme avec un fusil, car il y a trop de recul. On tient le tromblon au côté, à deux mains et fermement. Parce que si on le laisse échapper, il peut faire du dégât derrière. Il faut être prudent, ce n'est pas une arme de gamin ! » Encore qu'il en est un, de gamin, un peu plus loin, qui n'a pas peur des gros calibres. Gauthier, 9 ans, cadet chez les Grenadiers, en est déjà à sa deuxième septennale... et son quatrième coup de canon matinal. Une fois que la bête est chargée, c'est lui qui joue les artilleurs et tire sur la ficelle quand on lui en donne l'ordre : « À votre service ! » Et boum, c'est parti ! Le gaillard redresse son haut bonnet que le choc a secoué, et demande qu'on recharge aussitôt.

Ça y est, les Zouaves de Malonne, qui ferment la marche, sont arrivés. L'adjudant-major général se place devant les reliques avec un porte-voix : « Compagnies... garde à vous ! » Les officiers à cheval traversent la plaine (qui n'a rien du « morne » de Waterloo), y laissant seul au centre Napoléon sur son destrier.

Le doyen Vannoorenberghe adresse alors une prière de remerciement à Saint-Feuillen, pour avoir jeté des semences d'espoir qui ont fertilisé les champs et font rester jeunes les visages des marcheurs : « Et je vous demande pour cela de manifester tout votre honneur à Saint-Feuillen par les salves qui vont vous être commandées. » Ce sont alors 2 500 fusils et tromblons, canons et sabres qui se dressent comme un seul homme et, quand s'abat le sabre de l'Empereur, claquent dans un coup de tonnerre dont l'écho résonne depuis presque 1000 ans.

Moment solennel, important, mais qui retrouve vite de sa convivialité et de sa décontraction. Car presque aussi ancienne que la tradition de la marche, il en est une autre qui impose qu'après chaque décharge on hèle la cantinière : « Allez les gars, juste une petite goutte et on repart. » La route est encore longue, mais on ne marche pas sur une jambe !

Samuel SINTE

Les Zouaves de Malonne arrivent au Pautche. Les troupes sont au complet, le premier grand moment de la procession va commencer. Bouchez-vous les oreilles !

Est-on bien sûr que cette barbe soit tout à fait réglementaire ?

VITE DIT

• Ils sont venus de Saint-Tropez, de Bretagne, de Louisiane, pour venir admirer la septennale. Mais ils sont aussi venus d'Orbey, cette ville jumelle des Vosges. Les plus jeunes ont dormi dans le pré entourant le home Dejaifve.

• Guillaume Genin, en ce grand jour, a enfilé l'uniforme d'officier de son arrière-grand-père Maurice, qu'il n'a pas connu. La transmission de la tradition passe aussi par l'uniforme. Il s'est levé tôt lui aussi :

« Toutes ces maisons éclairées si tôt le matin, c'est excellent. Et dire que, à la prochaine Saint-Feuillen, il sera devenu un homme, il aura 21 ans.

• Tromblon dans la compagnie Fossoise, André Dal Cero, de Châtelet, possède chez lui quelque 250 fusils et autres armes à feu, répliques d'anciennes. C'est un peu l'armurier de la Saint-Feuillen, puisque c'est chez lui que nombre de marcheurs vont louer mousquets et tromblons pour l'événement. Le tarif, entre 15 et 20 € le week-end, suivant le « calibre »

L'usage du tromblon demande force et vigilance. Chaud devant

A la ferme et aux greffes de la folie l’apothéose

Le public l'a aimé « à la Folie »

 

Les Greffes de la Folie c'est « Le » moment à ne pas rater. Le public, fin stratège, y a attendu en masse et en embuscade les marcheurs.

Un repos de midi, en ville ou en bivouac, et c'est reparti ! La septennale ce n'est qu'une fois tous les sept ans, mais c'est une sacrément longue journée. Pour les marcheurs, tout le monde s'en doute. Mais n'allez pas croire que les cavaliers sont les tire-au-flanc de la troupe, ceux pour qui le parcours de 12 km est de tout repos puisqu'il leur suffit de se laisser porter : « Contrôler un cheval dans des conditions pareilles, ce n'est pas rien, insiste Aurélie Visconti, sous-officier de l'escorte impériale, alors qu'elle laisse Diabolo, sa monture, souffler un peu. Je peux vous dire que le lendemain, on a les genoux et le dos en compote. Parce qu'il faut se démener pour le maîtriser quand il s'effraie des coups de feu. »

Ceux qui doivent aussi avoir le dos bien cassé, ce sont les courageux qui portent les reliques durant tout ou partie de la procession. Heureusement, au passage à la ferme de la Folie, une petite halte revigorante a été prévue : « C'est une tradition depuis que la famille est ici, explique Eric De Vlieghere, l'actuel fermier, qui a tout préparé avec son épouse Chantal. Une famille qui vit aussi au coeur de la Saint-Feuillen. Ou n'est-ce pas plutôt la Saint-Feuillen qui vit au coeur de la propriété familiale. Une propriété qui s'étend en effet sur les terres des Greffes de la Folie, du Pautche et du Chêne : « On attend que la septennale soit passée, même les Tchôds-Tchôds le mercredi, pour commencer à travailler ces terres. » Pas d'inquiétude toutefois, el-les sont bénies par le passage des reliques...

Alors que celles-ci sont descendues de véhicules sur la route au pied du Cheslong, le public se masse dans le champ de la Folie et entame une attente. Longue. On le sait, on le devine, les troupes se regroupent au coin du bois là-haut, comme avant un assaut final. Un jeune gamin qui ne doute de rien s'impatiente : « Ben quoi, qu'est-ce qu'ils attendent, je suis là, ils peuvent y aller ! »

Un vieux Fossois a son idée

Sur la question : « ils ont peur de se battre, ils n'osent pas descendre, on est trop nombreux à les attendre. » On attend toujours en effet, et on se demande s'ils n'ont pas confondu Greffe et... grève et si ce sera à la Folie ou... pas du tout.

Et puis le canon se fait entendre. Une fois. Puis une autre. Les tirs se multiplient et, enfin, on voit les premiers bonnets de Grenadiers.

C'est alors la déferlante, tiraillante, éclatante de couleurs. La vague est impressionnante et on se dit qu'elle va engloutir le public aussi massif soit-il. Mais non ! Elle s'écrase sur une barricade d'applaudissements, de sourires, de cris de joie, de signes de la main, plus forts que toutes les armes de toutes les armées du monde.

S.SI

La rentrée sous la pluie

Une longue haie d'honneur

C'est un moment d'une grande intensité. La rentrée solennelle des reliques du fondateur de Fosses à la collégiale. Sous un ciel noir de pluie.

Pas de chance, le dernier kilomètre de la procession s'est accompli sous la pluie. Une rentrée qui, vue de la tribune, par les invités, s'est déroulée pendant des heures. Les premiers marcheurs atteignaient la collégiale que les derniers quittaient les hauteurs de la Folie, sous une pluie de plus en plus drue.

Pour la première fois, les pèlerins, une écharpe rouge et verte autour du cou, ont entouré les reliques, portées comme au tout début par les agriculteurs de la région. Avec une émotion palpable. Comment tiennent-ils le coup, ces marcheurs de Feuillen, dont la plupart se sont levés aux aurores ? « Nous sommes portés par une sorte d'allégresse, nous goûtons à la joie de vivre pleinement ce jour et nous ne sentons pas la fatigue » raconte ce marcheur fourbu. C'est l'amitié qui les tient debout, le martèlement incessant des tambours. C'est la foule aussi, venue en nombre pour les admirer et qui, à l'heure de cette rentrée, déferle autant que les marcheurs devant la tribune.

C'est aussi la septennale. Le sentiment de vivre une journée exceptionnelle. Un jour rare, qui ne reviendra que dans sept ans. Les ados seront peut-être mariés. Les enfants seront des ados râleurs. En 1998, fait remarquer un marcheur, « je n'avais pas de GSM, ni internet à la maison. » Que de changements peuvent survenir en 7 années, que de surprises, bonnes ou mauvaises. Chacun croit à sa bonne étoile, pour être encore de la fête en 2012.

Des mois d'organisation, une année de réunions et de promotion de l'événement pour un seul jour.

Les reliques de Feuillen accomplissent leur dernier kilomètre sous le crachin. Tout à l'heure, à la descente des greffes de la Folie, le buste et la châsse, épousant la déclivité du terrain, avaient donné l'impression de danser. A présent, elles passent entre une longue haie de marcheurs au présenter arme, le canon pointé vers le sol.

Les châsses et leur escorte respective rejoignent la collégiale, suivis par de nombreux prêtres de la région et par de nombreux enfants de choeur. Parmi lesquels Camille et Chloé, deux petites filles de Sart-Eustache.

P.W.

Le feu de file

Sous la pluie

La tradition remonte à 1851, pour clôturer la Septennale : le feu de file. C'est le dernier hommage au grand Saint. Une fois de retour dans Fosses, les compagnies retrouvent le Saint Sacrement et les personnalités religieuses.

Là, le Saint Sacrement est ramené en la Collégiale, puis on ferme les portes pour débuter le feu de file. Devant la foule massée sur la place du Chapitre, chaque soldat vient rendre le dernier hommage à saint Feuillen dont la statue domine le porche.

La façon de rendre hommage est précise, les officiers saluent de l'épée ; les drapeaux s'inclinent ; les cantinières jettent à terre le contenu d'un verre ; les soldats déchargent leur fusil en direction du porche. On appelle cela « On kètche di feu d'file ».

Tirs mouillés

Ce qui n'était pas prévu par contre, vu le temps de la journée, c'est la drache nationale. En effet, alors que s'achevait le grand tour, une importante averse s'est déclarée qui a trempé jusqu'au os les soldats et la procession. Les premiers tirs contre la porte se sont faits sous la pluie.

Les pompiers, équipés d'extincteurs, se sont rappelés quelques anecdotes. Les tirs se faisaient auparavant à quelques mètres seulement de la porte. Cette dernière porte en elle les cicatrices des Saint-Feuillen précédentes. Mais par quoi ont été effectués les trous vu que les tirs se font à vide ? Par les baguettes oubliées dans les fusils. Ces baguettes servent à bourrer le fusil.

Une fois, un spectateur a été blessé par un tromblon. Se trouvant derrière un tireur à une dizaine de mètres, il avait reçu un tromblon dans le tibia qui a été fracturé : le tireur, vu le recul avait lâché son arme. Cette année pas d'anicroche à part le pouce d'un tromblon arraché. La grande septennale s'est clôturée avec faste et dignité comme elle avait commencé.

Christian MASSET

Les troupes traversent cour de la ferme de la Folie. Aux fenêtres, les enfants de la famille... et notre photographe

 

Déferlement de couleurs sur la plaine sous un ciel qui s'assombrit et l'image des troupes napoléoniennes au pas de charge prend des airs de fresque majestueuse.

Les marcheurs, après quelques kilomètres en campagne, sur des pierres et de la terre, après la descente des greffes de la Folie, retrouvent le macadam de la grand-route. Il ne leur reste plus qu'à rentrer.

ORGANISATION, SÉCURITÉ

Bilan

R.A.S., ou presque, pour le moment

À l'heure d'écrire ces lignes, le cortège organisation et sécurité était comme fifres et tambours de la Musique des Volontaires : sans fausse note. « R.A.S., rien à signaler, nous indiquait satisfait le chef de corps de la police locale, Jean-Louis Galetta sur le coup de 20h45. Pas d'incident à notre niveau. Espérons que la nuit soit aussi calme et que les esprits restent aussi sereins et respectueux que jusque-là. » Du côté médical, le poste avancé n'a pas eu non plus affaire à un carnage. Quelques soldats qui avaient confondu un peu trop libation et procession, mais rien de grave. Un seul blessé à signaler, le malheureux Mameluck qui s'est blessé (sans trop de gravité d'après nos informations) avec son tromblon aux Greffes de la Folie.

Et tant qu'on en est à « signaler », un petit coup de chapeau aussi à l'équipe des stewards de chez Vigicore et aux signaleurs, habitués des rallyes (de Wallonie entre autres), de la société I.R.S.N. de René Demarteau. Eux, cantonnés aux parkings, ne doivent pas avoir vu grand-chose de la procession.

S.Si

Magie pour les enfants

Avant la grande sortie, des activités ont été organisées samedi. Sous chapiteau, un grand spectacle de magie a rassemblé de nombreux enfants aux Tanneries. Le début a été difficile, pour des raisons techniques, le spectacle a débuté avec une heure de retard.

Le Sart Academy de Sart-Eustache

L'atelier de danse moderne le Sart Académy de Sart-Eustache a donné également un beau spectacle. Le but de cette ASBL est de permettre aux jeunes de s'intéresser à une activité culturelle, ici, la danse. Le meneur du groupe est Frédéric Haulin. Celui-ci, danseur autodidacte, a été remarqué lors d'un casting organisé par la RTBF en 1993. Il a été chargé de s'occuper des jeunes artistes se présentant à l'émission Pour la gloire ». Musicien et chanteur, il a participé au concours national de sélection pour l'Eurovision en 1994 ou il a terminé 3è. Il a aussi été chargé d'accompagner quelques artistes en France aux émissions de Drucker et Foucault. Avec ses élèves, Frédéric a donné un véritable spectacle. Le groupe, dynamique et spontané, a mis le feu dans le public.

C MASSET

LA MESSE DES PÈLERINS Recueillement et lumières

De ferventes retrouvailles

 

La messe des pèlerins, samedi soir, a rempli la collégiale de symboles et d'hommages à Feuillen. Une cérémonie qui a rallumé la ferveur et transmis la lumière.

Les drapeaux sonnaillent de toutes leurs médailles épinglées à leur mât, l'atmosphère scintillante du choeur est traversée d'allégresse. De très nombreux prêtres de la région, suivis de l'évêque auxiliaire Pierre Woirin, font face à une assistance profondément recueillie. Chaque compagnie a envoyé au moins cinq représentants en uniforme à cette cérémonie toute entière dédiée au souvenir ému de Feuillen, l'Irlandais, l'évangélisateur, le fondateur de Fosses.

L'évêque auxiliaire Pierre Woirin, consacre son homélie à l'Eglise d'aujourd'hui. « On voudrait ramener le sentiment religieux à une affaire de conscience personnelle, confiner la Foi dans le privé mais on ne peut pas privatiser la Foi. Nous ne pouvons pas renoncer à être sel pour la terre et lumière pour le monde. Nous devons dire ce qui nous habite avec douceur, sans rien imposer » a souligné Pierre Woirin.

L'évêque auxiliaire a également abordé le désenchantement de la société actuelle qui, paradoxalement, regorge de biens matériels et offre tout, tout de suite. « Face à tant de suicides, première cause de mortalité des 25-35 ans, notre société ne souffre-t-elle pas d'un crépuscule de l'essentiel ? » s'est-il interrogé.

L'évêque auxiliaire a évoqué tous ceux qui, dans le monde, ont faim de justice et d'amour. « J’ai faim et vous me dites, repassez demain, vous me dites qu'il y aura toujours des pauvres et que l'économie a ses lois. Non, la pauvreté n'est pas une fatalité » a poursuivi Pierre Woirin, avant d'inviter les Chrétiens à montrer la force de leur Foi, à l'image de Feuillen.

Les intentions de prière soulèvent beaucoup d'espoir de changer le monde. Espoir que la Saint-Feuillen, dont les préparatifs ont mis à l'oeuvre tant d'amitié et de dévouement, renforcent les liens entre les Fossois et en tissent de nouveaux. Espoir aussi que, à l'exemple de Feuillen, l'esprit d'ouverture aux autres s'impose toujours un peu plus. Espoir enfin que, dans les rapports à autrui, les hommes et les femmes puissent réagir et s'indigner quand le souci du rendement et du profit passe avant celui de la personne humaine.

Une intention de prière a également été dédiée avec les citoyens de Louisiane, si durement éprouvés ces derniers temps.

En clôture, l'évêque auxiliaire de Namur a allumé un flambeau dont il est ensuite allé porter la flamme aux officiers des compagnies. Symboliquement, tous ces marcheurs se sont transmis la lumière. Pour terminer, des dizaines de pèlerins ont formé un cortège de flambeaux qui s'est magnifiquement fondu dans la nuit, autour des remparts.

Pierre WIAME

Après la messe des pèlerins, samedi soir, s'est formée une belle retraite aux flambeaux, empreinte de reconnaissance.

DES INVITES FRANÇAIS

La Provence était représentée

Avec les « bravadeurs» de Saint-Tropez

Ils sont une petite dizaine de Français de Saint-Tropez à avoir découvert la

Saint-Feuillen de Fosses. Une belle page d'amitié franco-belge.

Un jeune prêtre originaire d'Aix-en-Provence est arrivé dans la nuit de dimanche, vers les 2 heures du matin, au presbytère de Fosses-la-Ville. À l'instar de nombreux compatriotes de Saint-Tropez, il est venu découvrir la septennale Fossoise. Les uns et les autres n'auraient pas voulu manquer cet événement populaire si profondément enraciné dans l'histoire ancienne, prenant sa source dans un lointain et ténébreux passé.

Le doyen de Fosses-la-Ville est à l'origine de ces échanges.

Samedi soir, dans une salle voisine du presbytère, après la messe des pèlerins, il les a reçus avec amitié autour d'un goûteux repas aux fromages. Se trouvaient là les « bravadeurs » de la Saint-Tropez, cette seule ville du sud de la France, célèbre par son port, sa gendarmerie et les exploits extravagants de jett-setteurs, où est organisée une procession similaire à celle de Fosses. Là-bas, chaque année, le 17 mai, hommage est rendu à saint Torpez, ce chevalier intendant qui, sous Néron, fut décapité après s'être converti au Christianisme. Le supplice a eu lieu à Pise. On raconte que le cruel Néron garda la tête et jeta le corps dans une barque, où se trouvaient aussi un coq et un chien.

Au terme d'une longue dérive, la barque a touché terre. A Heraclea. Le culte de Torpez se développa rapidement, et la localité prit le nom de Saint-Tropez. Chaque année, un cortège religieux et militaire nommé « bravade » rappelle l'arrivée du corps décapité de Torpez..

À Saint-Tropez, les hommes en uniforme ne portent pas de reliques, le corps de Torpez n'ayant jamais été retrouvé. Mais à Pise, une église a été érigée à la mémoire de ce martyr.

Le règlement interdit aux marcheurs de Saint-Tropez de voyager avec leur uniforme. Alors, ils ont participé au défilé, dans un habit provençal : pantalon blanc, chaussures noires, gilet en velours de Gêne et ceinture rouge.

Lucien Paladini est le capitaine de la ville, un titre folklorique qui lui a valu d'organiser la bravade du mois de mai dernier.

Ont également défilé quatre Américains, en grosse gabardine de velours gris, dans l'uniforme des confédérés du sud pendant la guerre de Sécession.

Ils étaient un peu isolés dans le cortège, malgré leur drapeau étoilé, mais ils ont adoré cette grande marche dépaysante, si loin de chez eux.

P.W.

Les bravadeurs de Saint-Tropez dans leur habit provençal, dimanche matin, aux côtés du doyen de Fosses-la-Ville.

LE REPAS DE L'ÉTAT-MAJOR

Le mot du président

Merci a vous tous, et a dans 7 ans

 

À chaque Saint-Feuillen, le président de l'État-major invite des personnalités à un déjeuner en la salle l'Orbey, pour les remercier de leur don.

Beaucoup d'invités à ce repas d'État-major, qui a donné l'occasion à son président, Émile Damanet, de remercier tous ceux qui ont donné de l'argent (de l'argent public essentiellement). Notamment la ville de Fosses, principal sponsor, ainsi que les institutions provinciales et régionales.

Au menu, le chef de cuisine d'un restaurant de Sart-Saint-Laurent, Le fin bec, proposait une terrine de poisson en entrée. Gratin dauphinois, pavé de légume et viande de porc en grosse pièce. Et un gros morceau de gâteau moka en dessert. Une soixantaine d'invités ont pris part à ce banquet de fête parmi lesquels, à la table d'honneur, le bourgmestre de la Ville Benoît Spineux et le conseiller provincial Gérard Sarto. Beaucoup de convives donc, qui ont préféré les fifres et les tambours de la Saint-Feuillen aux réceptions plus feutrées du Festival du film de Namur. On notait la présence des députés wallons PS Maurice Bayenet, Éliane Tillieux et Jean-Charles Luperto. De la députée fédérale Valérie Déom. Des députés permanents Dominique Notte et José Paillet. Du bourgmestre de Mettet Adelin Mathieu et de son premier échevin Robert Joly.,

Le président de l'Etat-major a également chaleureusement remercié les étudiants de l'Ecole hôtelière provinciale de Namur, qui ont servi le repas.

Anecdote : une partie du repas s'est déroulée dans une semi pénombre, les plombs ayant sauté, ce qui n'a pas entamé l'enthousiasme volontiers blagueur des convives.

Les députés ont ensuite posé avec des marcheurs, pour le souvenir. Compliments au Fossois Christian Lalière, le président de l'IDEF, immortalisé dans son costume d'officier aux côtés des députées Éliane Tillieux et Valérie Déom.

A un moment donné, on a cherché le président de l'État-major mais celui-ci s'était déjà éclipsé afin de rejoindre Napoléon (qui a sauté le repas), son cheval et sa grande armée au départ de la procession.

Émile Damanet, comme il l'a déjà annoncé, a présidée sa dernière Saint-Feuillen. Son dernier repas d'État-major.

P.W.

Le président de l'Etat-major a adressé un vibrant merci aux généreux donateurs parmi lesquels la Province et la Région.

Une petite goutte pour la route ?

Les stands à chopes et autres boissons étaient nombreux, mais la vente d'alcool proprement dit était réservée exclusivement aux cantinières. Marcheurs ou spectateurs, vous avez été nombreux à leur faire signe. Celle des Congolais, (notre photo), avait commandé quelque 300 litres de goutte et quelque chose nous dit qu'elle a eu peu d'invendu.

L'arroseur arrosé

Comme il y a l'arroseur arrosé, il y a le photographe photographié. L'envie d'immortaliser des moments comme la Saint-Feuillen est telle que certains ne lésinent pas sur l'armement original, fût-il anachronique, pour flasher les copains au passage. Ici un Volontaire de la Musique pris en flagrant délit à la sortie du Pautche.

Envahissement de terrain

Autant en football c'est assez mal vu, autant lors de la septennale le public partage la pelouse avec les acteurs. C'est tout le charme de moments conviviaux comme le Pautche au matin où les civils côtoient de près les uniformes. L'après-midi, la masse de public s'accumule, difficile à estimer, mais en dizaines de milliers de personnes sans aucun doute.

Premier repos du guerrier

Lumière et brumes matinales se confondent avec les nuages de poudre des premières salves tirées au Pautche sur fond de campagne fossoise. En attendant les autres pour le premier bataillon carré, les compagnies de tête prennent un premier repos, faisant travailler les cantinières et parler les fusils.

« Compagnies... apprêtez... armes ! »

« C'est Napoléon qui commande, c'est Napoléon qui commande ! „ Dans la campagne du Pautche, l'ordre se perd un peu dans le brouhaha, jusqu'au moment où l'empereur quitte sa calèche et enfourche son cheval et se place au centre du bataillon. Les hommes font silence, au garde-à-vous, les fusils sont épaulés et on n'entend plus les « clic » des chiens qu'on arme.

Pas l'temps d'une bavette, on va leur flanquer la panade !

On dit qu'il n'y a pas d'heure pour les braves. Celui-ci, sans aucun doute parmi les plus jeunes cadets Grenadiers, attendait le moment de tailler une bavette avec impatience. Et après un bon repas, le moral était remonté et on allait la retirer cette bavette qui fait tache, dans l'uniforme, pour flanquer la panade à l'ennemi dans les Greffes de la Folie.

Le ravitaillement

Petit arrêt réconfortant à table pour ceux qui ont porté celles où reposent le buste et les châsses de Feuillen. Les fermiers accueillis par les De Vlieghere à la ferme de la Folie : Pas trop dur ? demande Éric en décapsulant les chopes pendant que Chantal propose un second morceau de tarte aux courageux.

Blessure de guerre

La descente au pas de charge des Greffes de la Folie, a fait peu de dégât dans les rangs. Mameluck, Michel Marique s'est malheureusement blessé à la main avec son tromblon. Une belle estafilade, mais sans trop de gravité. Le blessé a été emmené par la Croix-Rouge sous les acclamations réconfortantes de la foule.

Les premières gouttes

C'est comme si le ciel avait retenu ses pleurs toute la journée, radieuse le ma-tin et à tout le moins sèche l'après-midi. Mais quelques minutes avant la rentrée des reliques dans la collégiale, il a lâché les premières gouttes. Une pluie qui n'a pas pour autant étaient l'ardeur du feu de file. Un peu plus peut-être celle d'une partie des spectateurs, mis en fuite.

 

Ma Saint-Feuillen

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