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Peinture flamande ou peinture belge : un des thèmes de la critique d’art après 1830

 

A Anvers, l’Académie de peinture est fondée en 1663 par David Teniers le Jeune. Elle est dirigée par la Gilde de Saint-Luc qui, pour sortir des difficultés financières dans lesquelles elle se trouve, la remet à la ville d’Anvers en 1749. L’Académie devient donc communale. Le peintre André Corneille Lens en devient directeur à partir de 1763. Après de longues négociations, il obtient, en 1773, du gouvernement autrichien, qui dirige la région à cette époque, d’affranchir les peintres et sculpteurs de l’obligation de faire partie d’une corporation. Un peu plus tard, en 1795, les corporations sont supprimées par l’autorité française d’occupation. L’évolution est la même , bien que plus lente, que celle constatée en France (voir une chronique précédente).

En 1815, après le départ des troupes françaises, l’Académie communale d’Anvers prend le statut d’Académie royale des Beaux-Arts et son influence sur les artistes locaux devient considérable. Son directeur, Mathieu Van Brée, anversois, obtient en 1817 du roi Guillaume de Hollande, la création du « prix de Rome », suivant le modèle français. Car Van Brée, formé à Paris, en était revenu grand admirateur de la pédagogie française et des enseignements de David, le grand classique.

Cependant, le mouvement romantique français, personnalisé par les peintres Géricault et Delacroix, trouve progressivement un terrain très favorable en Belgique, grâce à l’exaltation patriotique qui a suivi la révolution de 1830. Les peintres anversois Ferdinand de Braekeleer (1792-1857) et surtout Gustave Wappers (1803-1874), avec notamment son fameux tableau « Episode des quatre journées de 1830 », se distinguent comme partisans de la nouvelle école romantique.

En 1840, en pleine gloire artistique, Wappers prend la succession de Van Brée à l’Académie d’Anvers. Grâce à sa renommée et son entregent politique, il réussit à développer considérablement la réputation de son institution, non seulement en Belgique mais aussi au-delà des frontières.  Le nombre d’élèves passe de 400 en 1840 à 1200 en 1848, dont beaucoup d’étrangers. Anvers semble bien, à cette époque, dépasser sensiblement en notoriété, les autres Académies de peinture du pays.

Dans ce contexte historique, la critique d’art est aussi présente, mais ses manifestations significatives sont condensées dans des ouvrages de synthèse qui sont publiés beaucoup plus tard, Le premier connu est celui de Camille Lemonnier qui publie « L’Ecole Belge de Peinture » en 1906. L’idée générale, de même que chez les autres chroniqueurs francophones, est de montrer ce qui unit les peintres en Belgique pour qu’on puisse parler d’une école belge.

Les chroniqueurs d’expression néerlandophones, ont une autre vision du développement de l’art pictural en Belgique.

Ils regrettent l’influence française, notamment de David, ainsi que le fait que de nombreux artistes de langue néerlandaise, aient suivi des cours artistiques en France, ramenant ainsi, en rentrant chez eux, des influences qui marquaient une discontinuité avec la lignée historique des grands peintres du comté de Flandre. Heureusement, avec Wappers, ils vont retrouver une manière de s’exprimer qu’ils vont pouvoir rapprocher de Van Dijck et Rubens. La liaison avec la tradition ancienne peut ainsi se rétablir.

Beaucoup plus tard,en 1946, J.J. Delen ( 1883-1960, critique d’art et  conservateur en chef du musée d’Anvers de 1944 à 1948) déclare que l’art est devenu européen et que la division en catégorie nationale n’a plus de sens. Cependant, il y a une exception : l’art pictural proprement flamand a réussi à garder sa spécificité à travers tous ces mouvements et courants artistiques nés ailleurs. Il reste en harmonie avec l’âme de son peuple. Cette vision est la synthèse de tout ce que l’on rencontre dans la littérature spécialisée antérieure, sous la plume des chroniqueurs flamands et est en opposition avec ce qui apparaît chez leurs confrères francophones.

Ainsi, pour ne citer que lui, Gustave Vanzype (1869-1955, critique d’art et académicien en 1920) écrit en 1923 : « C’est un phénomène unique et que l’on n’a pas suffisamment observé, celui de la naissance et de l’épanouissement d’un art national, dans un pays sans nationalité politique et toujours soumis à des gouvernements étrangers ». Rappelons aussi la lutte de Jules Destrée ( 1863-1936,avocat, homme politique, écrivain) contre l’assimilation par l’appellation d’art flamand, de toute la production picturale belge. Il cite, en 1923, tous les artistes wallons de qualité depuis l’origine. Pour le XIXe siècle, il mentionne notamment François Navez (Charleroi, 1787-1869), Wiertz (Dinant, 1806-1865) et Gallait (Tournai, 1820-1887) que Pol de Mont (1857-1931, chroniqueur et conservateur au musée d’Anvers) caractérise en 1923 comme étant l’artiste « in wiens werk de Vlaamsche Romantiek haar hoogste uitdrukking bereikt ». Il est difficile de pousser l’annexion plus loin.

Magremanne Robert