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Louis XIV et le Salon de l’Automobile.

 

Le rapprochement est curieux, mais il est explicable.

Jusqu’au milieu de XVIIe siècle, en France, les peintres, de même que d’autres métiers, étaient organisés en corporation. Ainsi à Paris, depuis 1391, ils faisaient partie de la corporation des « Peintres et tailleurs d’images ».

On distinguait aussi, à cette époque, les « Arts mécaniques » des « Arts libéraux ».

Les « Arts libéraux », suivant une classification remontant au Ve siècle, étaient subdivisés en deux catégories : le littéraire trivium ( regroupant la grammaire, la rhétorique et la dialectique) et le scientifique quadrivium ( avec l’arithmétique, la géométrie, la musique et l’astronomie). Les représentants des « Arts libéraux », caractérisés par leur « savoir », bénéficiaient d’un statut social privilégié.

Les membres des corporations, vieilles organisations professionnelles venant du Moyen-Age, étaient rangés sous l’appellation des « Arts mécaniques ». Ils étaient détenteurs d’un « savoir-faire ». La connotation manuelle et commerciale ( ils « tenaient boutique ») de ces métiers les plaçaient à un niveau social moins élevé.

L’appellation «  peintres » de la corporation des Peintres et tailleurs d’images, recouvrait aussi bien les « peintres de figures » que les « peintres en bâtiment ». Les premiers étaient plus orientés vers la pratique artistique que les seconds, simples artisans.

Or, au XVIIe siècle, la notion d’ « art », bien connue dans l’Antiquité, mais ayant, avec le temps, perdu son contenu de « création d’œuvre d’art » au profit de celui d’habileté technique, reprend progressivement son sens premier.

Les peintres de « figures » sont sensibles à cette évolution sémantique. Ils n’acceptent plus le statut d’artisan dans lequel ils sont placés et veulent élever leur métier au niveau des arts libéraux pour échapper ainsi aux règlements de la corporation ou Maîtrise qu’ils estimaient contraignantes pour leur créativité. En s’extrayant de cette structure, les peintres de figure voulaient aussi promouvoir leur activité en mettant l’accent sur l’exercice d’un art. Ils souhaitaient également, pour garantir l’aspect artistique de leur profession, mettre en place une nouvelle pédagogie de formation des jeunes artistes pour remplacer la filière trop artisanale pratiquée dans la Maîtrise.

Les peintres et sculpteurs du roi, avec à leur tête Charles Le Brun, vont entreprendre un long travail de « lobbying » ( si le terme n’existait pas à l’époque, la méthode était déjà présente) auprès de Mazarin et de la reine ( le roi Louis XIV avait à peine 10 ans) pour mettre en place une institution nouvelle leur permettant d’échapper à l’ancienne structure de la corporation.. Ils pouvaient d’ailleurs se baser sur les précédents de Florence et de Rome, où les Princes au pouvoir avaient soutenu la création d’Académie de dessin, un siècle plus tôt déjà.

En 1648, la création de l’Académie royale de peinture et de sculpture est approuvée.

Louis XIV et le Salon de l’Automobile ( 2e partie)

 

En 1648, l’Académie royale de peinture et de sculpture est créée à Paris. Elle se dote d’une structure, de personnels et d’une doctrine.

La doctrine s’appuie sur la hiérarchie des Genres, héritée de l’Antiquité. Par ordre décroissant de prestige, cette hiérarchie place en tête la peinture d’histoire ( profane, religieuse ou allégorique), ensuite la peinture de genres ( mise en scènes d’êtres humains considérés dans leur existence quotidienne), le portrait, le paysage et la nature morte. On passe en fait de ce qui exige le plus d’imagination et de créativité, pour lequel il faut plus de talent, à ce qui est considéré comme de la copie pure du réel.

Cette hiérarchie se retrouve dans les désignations du personnel de l’Académie qui, rappelons-le, a une importante fonction d’enseignement. Seuls les peintres d’histoire ont accès aux fonctions d’ « officiers » : professeur, adjoint à professeur notamment.

Pour être reçu à l’Académie, l’aspirant devait d’abord soumettre pour agréation une ou plusieurs œuvres servant de base au choix du sujet imposé, dans le genre choisi par lui. Ensuite, il réalisait le projet en définitif et le présentait pour réception. L’œuvre s’appelait alors le « morceau de réception » qui devenait propriété de l’Académie.

Ces œuvres étaient montrées au public au cours d’expositions dont la régularité ne fut pas la principale qualité au XVIIe siècle. Pourtant les statuts de 1663, modifiés en 1668, prévoyaient une présentation biennale. Il fallait en effet, trouver un moyen de compenser l’absence de « boutiques », lieu de présentations d’œuvres auquel les Académiciens et Officiers avaient renoncé, dans le cadre de leur nouveau statut.

En 1692, l’Académie s’installe au Louvre où se tiendront les expositions de 1699, 1704 et 1706 ( les deux premières dans la Grande Galerie du Louvre ). Il faut attendre 1725 pour voir le processus redémarrer. Mais cette fois, c’est le Salon carré du Louvre qui offre ses surfaces aux placement des œuvres. Il sera utilisé régulièrement comme lieu d’exposition à partir de 1737.

C’est à partir de ce moment que l’habitude se répand d’utiliser le nom du lieu pour qualifier l’événement et de parler du Salon officiel comme étant le lieu où les Académiciens présentent leurs œuvres au public.

Après la Révolution française, le Salon est ouvert à tous les artistes vivants. Puis on voit apparaître d’autres Salons à Paris : le Salon de Printemps, d’Automne, des Indépendants, etc…

En Belgique, jusque l’entre deux guerres, on connaissait les Salons triennaux de Anvers, Bruxelles et Gand, le Salon de Printemps de Bruxelles, etc…Mais après 1945, le concept de Salon, en tant que lieu de présentation d’œuvres de peinture et de sculpture, perd progressivement son sens artistique pour être supplanté par un sens plus commercial. La vogue des Salons des Arts Ménagers, de l’Aéronautique, etc… et bien sûr de l’Automobile remplace l’intérêt des Salons de peintures.

Mais plus aucun de ces évènements ne se tient dans le Salon carré du Louvre, qui leur a donné son nom. Les « Arts mécaniques » ont repris le dessus.

Magremanne Robert,

Knokke, août 2002.