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La xylogravure

Lorsque Fernand Verhaegen revient d’Angleterre pour s’installer à Boitsfort en 1919, après un détour par Paris et la Côte d’Azur, beaucoup de choses ont changé. Son grand ami Rik Wouters est mort en 1916. Le groupe d’artistes bruxellois dont il faisait partie et qui a reçu vers 1941, l’appellation « les fauves brabançons », s’est dispersé. De nouvelles impulsions sont données à l’expression artistique et une ancienne technique, la gravure sur bois (xylogravure) retrouve la faveur des artistes.

C’est au temps des ducs de Bourgogne (Xve siècle) que la xylogravure connut son âge d’or à Anvers, Bruges et Bruxelles. Elle fut progressivement supplantée par la gravure sur cuivre (chalcographie). Son « réanimateur » en Belgique fut le poète Max Elskamp qui utilisa cette technique à partir de +/- 1895 pour illustrer ses livres. Quelques artistes (dont Edgard Tytgat) se sont également essayés à la gravure du bois et lino avant la guerre 1914-1918. On admet que Paul Collet, artiste wallon né à Nivelles (1889-1952) fut, en 1911, le premier en Belgique à utiliser la linogravure. Par extension, la technique de la xylogravure comprend à la fois la gravure sur bois et la gravure sur linoleum.

Après la première guerre mondiale, sous l’impulsion de certaines revues d’opinion ( notamment « Lumière » de R. Avermaete, avec les graveurs F. Masereel, H. Van Straeten et J. Cantré ) à la recherche de moyens d’illustration moins onéreux que le cliché photo, la xylogravure connaît un sérieux renouveau en Belgique. Son succès déborde le domaine spécialisé de l’illustration de livres et revues et elle devient une forme d’expression artistique en soi.

En tout cas, dès 1926, l’activité est bien reconnue. C’est la date à laquelle le groupement « Les Xylographes Belges » organise son premier Salon, Salon qui se tiendra ensuite annuellement pendant plus de dix ans. Sander Pierron en est le président et on retrouve J. Cantré, P. Collet et E. Tytgat (tous cités plus haut) comme membres du comité.

Fernand Verhaegen est repris dans la longue liste des 47 membres artistes initiaux. Il va exposer dès le premier Salon de 1926. Cependant, Fernand Verhaegen n’a pas attendu les Salons des Xylographes pour présenter ses premières gravures. Un article du critique artistique Conrardy, de mars 1925 déjà, consacré à Fernand Verhaegen, est illustré par quelques reproductions, dont « Gilles (ronde de nuit)- lino », première apparition du genre, qui illustre bien l’accent que Fernand Verhaegen continue à mettre sur les illustrations du folklore hennuyer, comme il l’avait fait avec ses eaux-fortes rehaussées avant 1915.

En 1926, au premier Salon des « Xylographes Belges », les « Gilles » précités sont présentés en compagnie de« Chevauchée », « Port de Monaco », « Le Doudou », « Marche Ste Rolande », « Pasquie »

                                                                                       

                                                                                        "Chevauchée"

 Ce premier Salon est salué par un ensemble de commentaires, dont certaines parties sont reprises ci-dessous :

 Dans « Neptune » du 4.4.1926, Sander Pierron (par ailleurs président des xylographes) écrit : « {...} Une quarantaine de tailleurs de formes participent à l’actuel salon, tous flamands, à l’exception de trois ou quatre wallons ; cet art, d’essence néerlandaise, a en effet rallié maintenant quelques jeunes du roman pays. Il convient de constater tout d’abord les efforts de quelques xylographes, - et linographes, puisqu’on taille fréquemment maintenant le linoleum et le triplex, - pour restaurer l’imagerie populaire : estampes tirées en noir et rehaussées de couleurs vives, à l’aide du pochoir, du pinceau, si ce n’est à l’aide de la planche. {...} Voici la phalange des figuristes modernistes, - expressionnistes, constructivistes : Fernand Verhaegen, fine esthétique de Laboureur dans Chevauchée, Ronde de nuit et le si vrai Port de Monaco. »

 Dans le « Peuple » du 28.3.26, on écrit :

« La Société des Xylographes belges ( c’est-à-dire des graveurs sur bois) vient d’ouvrir, au Cercle artistique de Bruxelles, son premier Salon. La gravure sur bois, qui est un art très ancien et même très primitif qui a joué un rôle si considérable avant l’invention de l’imprimerie, a trouvé au cours de ces dernières années un regain de faveur. Elle permet, il est vrai, des effets pleins de simplicité et de vigueur, qui font merveille dans l’illustration de tous ces beaux livres qu’on publie depuis l’armistice. {...} Mr Fernand Verhaegen fait revivre quelques-unes des coutumes les plus pittoresques du folklore wallon. »

 Robert de Bendere signe un article (date et origine inconnues) qui dit, entre autres, ceci :

« {...}Mais quelle satisfaction pour moi que l’exposition des xylographes belges qui organisent en ce moment au Cercle artistique une manifestation particulièrement suggestive. {...} La gravure sur bois devrait être commercialisée comme l’est actuellement l’eau-forte. C’est l’art démocratique par excellence et qui mérite une place importante dans la vie artistique de notre pays. {...}.Très remarquées également ... et les « Gilles de Binche », du peintre Verhaegen, qui sont des oeuvres extrêmement originales. »

 La « Nation belge » du 5.4.26 est élogieuse :

« M. Verhaegen dans ses Gilles de Binche et son Doudou, M. Pierre de Vaucleroy dans ses illustrations, M. Brocas dans ses décors de villes, MM Counhaye et Droesbeke, qui agrémentant leurs épreuves de quelques traits de couleurs vives, nous paraissent les plus intéressants. »

 La « Meuse » du 4.4.26 est très brève :

« Les exposants sont pour la plupart des artistes connus. M. Fernand Verhaegen expose ses Gilles curieux ; »

 Dans « Le Soir » (sans date), A.D. écrit :

« Plusieurs de nos peintres n’ont pas craint de renoncer aux enchantements de la couleur pour se livrer à cet art en apparence grave et même austère. Cependant, M. Fernand Verhaegen à qui nous devons les scènes bigarrées et si vivement nuancées des Gilles de Binche rehaussera ses gravures de quelques tons atténués. »

 On voit ensuite apparaître les créations suivantes aux Salons de :

1927 :  « Tennis », « Two Steps »,  « Gilles (nouveau ?) »,  « Terre à la Danse »

1928 :  « La chute d’Icare »,  « Le ravin de Sainte-Dévote (Monaco) »,  « Boitsfort »

                                                                                     

                        "Tennis"                         "Le ravin de Ste Devote (Monaco)"              "Gilles"

1929 :  absent

1930 :  « Jardins à Monaco », « Eze », « Nature morte »

 Deux catalogues seulement ont été retrouvés pour les périodes suivantes. Dans le catalogue du 8e Salon de 1933, les cinq gravures exposées sont connues. Elles sont proposées au prix de 100 francs la pièce (soit +/_100 € en valeur actuelle).

 Par contre, au XIe Salon de 1938, trois nouveaux titres (sur 5 oeuvres présentées) font leur apparition, toujours au prix de 100 francs pièce: « Géant de Boitsfort ", « Locarno des poupées », « Intimité »

                                                                                            

                                                                           "Locarno des poupées"

Pour ce dernier Salon, on dispose de quelques articles de presse qui mentionnent le nom de Fernand Verhaegen parmi les artistes remarqués. Dans « L’Indépendance belge » du 8.10.1938 à Bruxelles, le critique A. S., en citant certains artistes, dont Fernand Verhaegen, précise : « {...} On connaît le talent incontesté de ces artistes dont il a été maintes fois question dans ces colonnes. Tous demeurent égaux à eux-mêmes. »

 C’est sous la rubrique « bois » que le catalogue de l’exposition du 22.10.27 au 4.11.27 à l’Eddy’s Art Studio à Bruxelles reprend les gravures suivantes : « Gilles », « Pasquie », « Doudou », « Two Steps », « Régates à Monaco (d’après la toile de la reine Elisabeth) », « Tennis »

 Dans son livre « La xylogravure belge contemporaine » publié en 1931, Sander Pierron consacre quelques lignes à Fernand Verhaegen qu’il classe dans l’orientation moderniste : « Fernand Verhaegen (né à Marchienne-au-Pont en 1883), traite la figure et le paysage, celle-là à la manière anguleuse de Laboureur, comme le prouvent Chevauchée et Ronde de Nuit. Constructiviste quand il copie un site, il saisira avec bonheur la physionomie, si pittoresque en ses éléments linéaires caractérisés, du rocher de Monaco, du ravin de Sainte-Dévote ou du village de Boitsfort. »

 Une plaquette consacrée à Fernand Verhaegen, publiée en 1936 par Robert-L. Delevoy est abondamment illustrée. On y retrouve quatre bois non recensés par ailleurs : « Pins Maritimes », « Monaco la Nuit », « Méditerranée », « Midi »

 Il n’y a pas de traces de nouvelles gravures sur bois ou lino ( sauf les cartes de voeux que Fernand Verhaegen taille lui-même) qui auraient été réalisées après l’exposition de 1938 des « Xylographes Belges »

 Fernand Verhaegen, un des rares wallons présents au premier Salon des « Xylographes Belges », récolte des commentaires fort positifs sur sa participation. Sa contribution au Salon de 1938 est également fort appréciée. Il est mentionné de manière élogieuse par Sander Pierron en 1931. Comme pour ses eaux-fortes, il a réussi, dans ce nouveau domaine aussi, à attirer l’attention favorable des critiques artistiques de l’époque.

 

voir aussi: Magremanne Robert, "Le peintre Fernand Verhaegen et la  xylographie", 2000 Hainaut Tourisme (octobre n° 322) pp. 489 à 493, Fédération du Tourisme de la Province de Hainaut