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LA POLLUTION DE L’AIR ET LE PEINTRE CLAUDE MONET

Les nostalgiques de l’âge d’or déplorent à grands trémolos les actuelles dérives de l’industrialisation. La pollution de l’air serait devenue insupportable.

 Si, de nos jours,  vous vous promenez à Londres, par exemple pour y visiter les Tate  et National Galleries et y admirer les œuvres de Turner, vous ne pourrez que constater que l’air y est pur et son reflet, transparent.

 Et pourtant, il y a cent ans de cela (l’âge d’or pour certains), cette ville portait depuis longtemps déjà le surnom de « Big Smoke », à ne pas confondre avec  « Big Apple »  (New-York). L’utilisation du charbon dans l’industrie et pour le chauffage des maisons entraînait l’émission de fumées provoquant des brouillards très denses. A leur plus forte intensité, ils pouvaient tuer plus de cinq cents personnes par semaine à Londres. La ville a gardé en mémoire le terrible brouillard de 1886 : le nombre de morts fut le même que celui de la pire année du choléra (1849).

 Ce phénomène  optique avait cependant ses admirateurs.

 Le peintre anglais Joseph Mallord William Turner (1775-1851) est considéré comme un des précurseurs de l’impressionnisme français. Ses recherches sur les représentations de la lumière l’ont amené à créer des œuvres audacieuses pour son temps. Il s’attache à rendre le caractère éphémère des couleurs d’un paysage et à créer de spectaculaires effets d’atmosphère. Le brouillard de Londres lui donne une possibilité extraordinaire d’étude de la variation de la lumière aux différents moments de la journée ainsi que de l’évaporation de la forme (on lui reprochera aussi, comme aux Impressionnistes, un manque de fini). Ses « Vues de la Tamise » sont des exemples de création à effets visuels surprenants à son époque. C’est d’ailleurs dans la chambre de travail de sa maison de Chelsea, d’où il avait une des plus belles vues sur la Tamise, qu’on le retrouva mort le 19 décembre 1851.

 Il n’est donc pas étonnant de voir le peintre français Claude Monet (1840-1926) s’intéresser aux œuvres de Turner. Monet était  à la recherche d’un style le libérant des contraintes du classicisme de l’Académie et avait déjà travaillé au Havre, avec le peintre de la mer, Eugène Boudin (1824 -1898) .Fuyant la guerre franco-prussienne de 1870, Monet s’installe à Londres. Il y reste jusque mi-1871. Il visite la National Gallery où Turner occupait une place d’honneur. C’est à cette époque qu’il peint trois vues de la Tamise dans le brouillard, thème par ailleurs exploité par Turner.

 On peut aussi penser que c’est en gardant à l’esprit la structure et l’emploi des couleurs de Turner que Monet peignit en 1872-73, le tableau « Impression, soleil levant », présenté, en 1874, à la première exposition du groupe de peintres qui sera appelé « Impressionnistes », dénomination inspirée par le titre de son tableau.

                                                                                

 Monet vécut longtemps dans une situation financière proche de la misère, ne pouvant même pas, à certains moments, s’acheter de la peinture. Lorsque le succès lui sourit enfin, à partir de 1885, il pût se permettre des fantaisies.      Il retourna à Londres entre 1899 et 1901 et peignit jusqu’en 1904, donc aussi dans son atelier à Giverny, une centaine de toiles représentant  la Tamise dans le brouillard , sous trois motifs différents : « Charing Cross Bridge », « Waterloo Bridge » et le « Parlement ». Une des toiles de la série, « Londres, le Parlement, effet de soleil dans le brouillard », a été vendue récemment (3.11.2004) chez Christie’s à New York pour 15,8 millions d’Euro, frais compris.                                

                                                                                 

Monet contracta d’ailleurs une pleurésie pendant ce dernier séjour. Etait-ce dû à la pollution ? Celle-ci était, par ailleurs, considérée comme une attraction touristique de Londres et le Savoy Hotel, dans les années 1890, basait sa publicité sur « la splendide vue sur la Tamise noyée de brouillard ». Vive la pollution !!

 Monet exploita la même veine dans ses vues de Venise, exécutées lors de sa visite en 1908 .

Les œuvres de Londres furent présentées en 1904 à la galerie Durand-Ruel à Paris et eurent un succès tellement remarquable que le concurrent , la galerie Ambroise Vollard, commanda au peintre André Derain ( 1880-1954) des toiles sur le même sujet. Derain, présent au Salon d’Automne de 1905 à Paris, dans la salle où étaient rassemblés les peintres qui furent appelés les « Fauves », effectua deux séjours  à Londres, fin 1905 et en 1906  et ramena une trentaine de toiles représentant des vues de Londres et de la Tamise.

                                                                                  

 L’exposition en cours aux Galeries nationales du Grand Palais à Paris ( jusqu’au 17 janvier 2005), présente un choix remarquable d’œuvres de Turner et de Monet, sans oublier le peintre américain Whistler, dont je n’ai pas parlé dans cet article.

Magremanne Robert

5 Novembre 2004