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L’OBJET D’ART ET L’ACTUALITE ARTISTIQUE « IN BELGIë »

Lorsque l’on recherche une réponse structurée et actuelle à la question de savoir comment définir l’objet d’art, on est obligé de consulter essentiellement des auteurs américains, bien qu’il y ait également quelques auteurs français de qualité.

L’importance qu’a pris le marché artistique américain depuis la fin de la deuxième guerre mondiale explique l’intérêt des chercheurs d’outre-Atlantique pour ce domaine culturel. L’envergure mondiale des grandes maisons de vente aux enchères de ce pays, ainsi que la mise en valeur internationale des artistes yankee sont un phénomène qui s’insère dans le vaste problème de l’hégémonie militaire, économique et culturelle des Etats-Unis. L’avant-garde de l’art est, maintenant, située dans ce pays.

C’est donc avec étonnement que j’ai suivi la polémique qui s’est déclenchée récemment en Belgique suite à la parution dans le journal « De Morgen » (d’où mon titre « in België ») du 2 août 2003, d’extraits du pamphlet rédigé par l’écrivain philosophe flamand Frank Vande Veire. Le texte, en néerlandais, fut publié en totalité sur Internet (utiliser Google pour le retrouver).sous le titre « I Love Art, You Love Art, We All Love Art, This is Love ».

L’auteur analyse la situation de l’avant-garde et de l’art contemporain en Belgique ainsi que l’attitude actuelle des représentants attitrés du monde artistique : conservateurs et directeurs de musées, commissaires d’expositions, critiques d’art et galeristes. Il s’étonne par ailleurs du silence permanent sur ce sujet, des artistes eux-mêmes.

Vande Veire affirme que l’avant-garde a libéré l’art de l’obligation d’être beau. L’art, inséré maintenant dans toutes les facettes de la vie sociale, doit essentiellement déranger. Il trouve sa légitimité par le fait , non point qu’il est beau, mais parce qu’il suscite des controverses, qu’il perturbe et «  réveille les consciences ». Dans cette vision générale, le rôle de la critique n’est plus l’étude et l’analyse de l’œuvre d’art en soi, mais plutôt la participation à des échanges polis entre spécialistes, de points de vue soporifiques d’idées générales et inoffensives pour l’ego des participants.

Le résultat de cette érosion de la conscience critique se traduit par des courbettes devant les « visionnaires » de l’art contemporain. Jamais, écrit Vande Veire, il n’a été donné autant d’argent pour des « crottes «  d’artistes. Jamais, dit-il aussi, tant de publications  chics et érudites n’ont été consacrées à la plus grande des charlataneries et médiocrités. C’est du bluf.

Notre critique-philosophe ne se contente pas ainsi de démonter le mécanisme théorique de l’ironie de l’art contemporain, il situe également sa prise de position par rapport aux personnes qui en sont actuellement le symbole en Belgique.

Jan Hoet, ancien directeur du SMAK (musée d’art contemporain) à Gand, organisateur d’expositions et « visionnaire » nationalement reconnu pour tout ce qui est d’avant-garde, se fait descendre en flammes : « Ainsi qu’on le sait, Jan Hoet n’a aucun besoin de théorie, d’esthétique ou de programme ; il est tout simplement porteur des stigmates de l’art, il en est l’incarnation ». C’est la caractéristique de notre époque de voir ainsi l’art être personnifié par un commissaire d’exposition et non point par un artiste, un écrivain ou même un critique. Jan Hoet a vu la lumière et le public qui fréquente ses expositions et veut garder l’impression de rester dans le vent, ne met pas en doute son charisme : il est impossible que cet homme se trompe. Mais quel dommage que les artistes n’aient pas la parole.

Le style de l’artiste Thierry De Cordier (né en 1954) est tellement maniéré qu’il peut être perçu par beaucoup comme étant une expression d’ironie, donc doté d’ un contenu critique, donc à la mode, alors qu’il s’agit simplement d’une réanimation grotesque du romantisme.

Jan Fabre (né en 1958), concepteur notamment du plafond, tout récemment terminé, de la Salle des Glaces du Palais royal, orné d’un million et demi de carapaces de scarabées ThaÏs, est aussi présenté, pour cet ouvrage en particulier, comme un artiste qui ne recule pas devant l’ironie. Et ceux qui admireront cette œuvre le feront en se disant qu’eux, au moins, ont bien compris le clin d’œil de l’artiste et c’est pour cette ironie qu’ils l’applaudiront frénétiquement.

Il reste encore le cas de Wim Delvoye (né en 1965), auteur de « Cloaca », une machine qui fabrique de la merde (coût de la réalisation $200.000). Vande Veire l’appelle le polichinelle insaisissable, vivant dans la nostalgie d’un passé subversif de l’art.

Vande Veire n’a de compte à régler avec personne. Il exprime le point de vue d’un philosophe de l’art. Certaines orientations de l’art contemporain le perturbent. Cette sensibilité se retrouve également dans les travaux de philosophes de l’art américains. Depuis la présentation par Marcel Duchamp (1887-1968) de sa « Fontaine » (en fait un vulgaire urinoir), en 1917, la notion d’objet d’art est remise en cause. L’apparition du Pop Art aux USA (« les Boîtes Brillo » d’Andy Warhol – 1928-1987) introduit une distinction entre le High Art (pour les privilégiés) et le Low Art ( pour le peuple). Arthur Danto, né en 1924 et ancien professeur de philosophie à l’Université Columbia, pousse l’analyse jusqu’à considérer que la fin de la phase historique de l’art occidental a sonné.

Mais cela, c’est une autre histoire.

 

Magremanne Robert