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La critique d'art en France
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La critique d’art en Belgique de 1830 à 1945

Nous avons examiné, lors de la chronique précédente, le développement en France, de l’activité de critique artistique après la création de l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1648.

Voyons maintenant l’évolution de ce même domaine en Belgique, après l’indépendance de 1830.

Il faut tout d’abord se rappeler que les peintres de nos régions étaient jusqu’alors reconnus comme « peintres flamands ». L’indépendance de 1830 va amener la nécessité, à la fois de chanter un nouveau patriotisme, celui du jeune Etat, et aussi de définir une peinture à caractère « belge » bien spécifique.

Le tableau « L’Episode des Journées de Septembre » de Gustave Wappers, exposé en 1834 est un bel exemple, en toile de grandes dimensions, de la mise en valeur de l’héroïsme civique, objet de la première démarche. Wappers devint ainsi le porte-drapeau d’un art qu’on put appeler « l’art belge », deuxième objectif recherché. Les nouvelles autorités administratives du jeune Etat belge sont de bons clients pour ce genre de peinture dont elles ornent les murs de leurs locaux de prestige.

Les peintres de cette première période « belge » exposent leurs œuvres à l’occasion des Salons triennaux d’Anvers, Gand et Bruxelles. Ceux-ci sont contrôlés par les Académies de ces villes qui ont la réputation d’être fort conservatrices, défendant essentiellement une peinture d’histoire à caractère pompier. Aussi ne doit-on pas s’étonner de voir apparaître des réactions devant cette situation. D’autant plus qu’il n’y a guère d’autres expositions de peinture et qu’il n’existait pas de Cercles d’art comme ceux qui se multiplieront au début du siècle suivant.

Les peintres novateurs se regroupent alors, en 1868, sous la bannière de la Société Libre des Beaux-Arts. Celle-ci publie à partir de 1871, une revue, « L’Art Libre », qui servit de manifeste à leur position d’avant-garde. Charles Baudelaire (voyez la chronique précédente) fut un des collaborateurs de cette revue.

En 1881, Camille Lemonnier, artiste et écrivain, publie son « Histoire des Beaux-Arts en Belgique », suivie en 1906, de « L’Ecole belge de peinture, 1830-1905 ».

Le mouvement d’indépendance d’expression des artistes-peintres s’accélère sous l’impulsion d’Octave Maus, avocat et homme de lettres qui crée le Cercle « Les Vingt » en 1880. D’autres Cercles d’art apparaissent à Bruxelles, poursuivant chacun des objectifs propres et multipliant ainsi les occasions d’exposer par la mise en place de Salons spécifiques à chacun des Cercles. Citons « Doe Stil Voort », « L’Effort », « L’Eveil », « Les Indépendants », « Kunst van Heden » (Anvers), « La Libre Esthétique » (qui prend la succession des « Vingt »), « Le Labeur », « L’Eveil », « Le Sillon », « Vie et Lumière », etc…La galerie Georges Giroux est créée en 1912. Ses expositions seront des événements marquants dans la vie culturelle du pays.

La multiplication des manifestations artistiques amène la presse à s’y intéresser de plus en plus. On peut trouver plus de cinquante journaux et revues qui y consacrent des commentaires. Les articles sont signés par Jean Cœur, Georges Eekhoud, Fierens-Gevaert, Théo Hannon, Franz Hellens, Octave Maus, Edmond Picard, Louis Piérard., notamment

Après la première guerre mondiale, de nouveaux Cercles apparaissent. Une galerie, la galerie « Sélection » se détache du lot, dirigée par le critique André De Ridder qui écrit également dans la revue de même nom. De Ridder est le promoteur de l’expressionnisme flamand représenté par les peintres Constant Permeke, Gustave De Smet et Frits Vanden Berghe.

C’est aussi vers cette époque que Jules Destrée, avocat, député, ministre et homme de lettres, se fait le défenseur de l’idée que l’art belge n’est pas simplement de l’art flamand, mais qu’il y a aussi de nombreux artistes wallons à mettre sur le pavois.

Les frères Luc et Paul Haesaerts se font également un nom avec leurs publications, dont le fameux « Essai sur l’art flamand depuis 1880, L’impressionnisme » de 1931.

La crise des années trente entraîne un sérieux malaise dans le paysage artistique. La Galerie « Sélection » fait faillite et son fonds de commerce est mis en vente publique. Les quelques acheteurs de l’époque mirent ainsi la main , pour une croûte de pain, sur des œuvres qui valent des fortunes actuellement.

Juste avant la deuxième guerre mondiale, le critique d’art Robert Delevoy ouvre sa galerie « Apollo » et dirige la revue de même nom. Il encourage une série de jeunes peintres dont Marc Mendelson, Jean Cox, Gaston Bertrand, Anne Bonnet qui se regrouperont sous le nom de « Jeune Peinture Belge » à partir de 1945, tout en patronnant des artistes plus âgés comme Brusselmans, par exemple.

Magremanne Robert