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COMMENT L’IMPERATRICE CATHERINE II DE RUSSIE ( 1729-1796) ACHETAIT LES

                              ŒUVRES POUR SON CABINET DE PEINTURE

 

Nous avons déjà eu l’occasion de parler des Salons de l’Académie royale de peinture et de sculpture en France ainsi que de la manière suivant laquelle ceux-ci étaient relatés dans les sphères privilégiées de l’époque. Nous avons mis en évidence le rôle de Diderot (1713-1784).

 

A l’époque de Diderot, la Cour du roi de France était le lieu où se côtoyaient philosophie et frivolité. Paris était en quelque sorte la « ville des Lumières », le centre du monde cultivé, et tout ce qui se disait ou se faisait à la Cour était récolté par des échoteurs pour alimenter les journaux, pamphlets, et autres écrits qui faisaient la délectation des courtisans de la Cour du roi de France et des  autres Cours d’Europe.

 

C’est dans ce contexte de développement intellectuel et de festivités que l’on voit apparaître Frédéric Melchior Grimm (1723-1807), né à Ratisbonne où il fit ses études avant de monter sur Paris en 1748. Grâce à son entregent peu ordinaire, Grimm réussit à s’introduire dans les milieux influents du Paris d’alors et était surtout parvenu à y obtenir des bonnes protections. Avec un flair extraordinaire, il avait perçu les besoins en informations mondaines, sérieuses et coquettes, des puissants du moment. En 1753, il reprend à son fondateur, l’abbé Raynal  une des revues existant sur la place, les « Nouvelles littéraires », la transforme et l’appelle la « Correspondance littéraire, philosophique et critique », périodique manuscrit.

 

Grâce à ses bonnes relations et au contenu bien ciblé de sa « Correspondance », il réussit à introduire celle-ci dans les Cours d’Europe. Catherine II de Russie, Frédéric II de Prusse, Gustave III de Suède, Stanislas-Auguste de Pologne comptent parmi ses abonnés les plus prestigieux, et aussi les plus curieux de ce qui se passe à Paris. On ne connaît pas ce qu’ils payaient en contrepartie, par contre le prix de l’abonnement aux particuliers ordinaires était de 300 livres par an (valeur actuelle ???).

 

Pour attirer et garder une clientèle de ce standing, il fallait évidemment un contenu répondant à leur demande et surtout des auteurs de talent et de réputation pour les articles de la revue.

 

C’est ainsi que Diderot fut approché par Grimm. Diderot avait déjà une réputation bien établie. Son « Encyclopédie », en collaboration avec d’Alembert, était bien avancée et lui avait déjà causé beaucoup de soucis, pécuniaires et privés ( En 1759, le roi ordonne la destruction par le feu des sept volumes publiés et le pape met l’ « Encyclopédie » à l’index). On ignore les propositions financières que lui fit Grimm, mais on sait que, dès 1759, Diderot écrivit pour la « Correspondance littéraire ». Il y fit le compte-rendu du Salon de l’Académie de peinture de cette année. Il couvrit ensuite les Salons bisannuels  pendant plus de vingt ans jusqu’en 1781, sauf pour cause de maladie et de voyages, les Salons de 1773,1777 et 1779.

 

Ces textes ont été plus tard regroupés par d’autres éditeurs. On peut les trouver actuellement dans le commerce en trois ou quatre volumes comptant plus de 1700 pages au total.

 

Déjà, avant Diderot, et pour ne parler que de la situation en France, l’architecte et gentilhomme André Félibien (1619-1695) avait publié un ouvrage intitulé « Entretiens sur les vies et les ouvrages les plus excellents des peintres anciens et modernes avec la vie des architectes ». Roger de Piles (1635-1709), peintre, a lui aussi laissé des ouvrages du même genre sur la vie des peintres illustres.

 

 Mais c’est Diderot qui, avec le recul du temps, prend la place de critique d’art le plus éminent. On le présente comme le père de la critique d’art même s’il n’est pas le premier à avoir rédigé des analyses des Salons, alors que ceux-ci existaient depuis 1673. Il avait, en effet, été précédé par La Font de Saint-Yenne (1688-1776, dessinateur et membre de l’académie de Lyon) avec son essai sur le Salon de 1746, paru en 1747.

 

Nous avons vu que Diderot avait aussi des problèmes d’argent. La proposition que lui fait, en 1765, Catherine II de Russie, une de ses admiratrices,  le sort de l’embarras. Elle lui achète sa bibliothèque mais lui en laisse la jouissance jusqu’à sa mort et  lui demande en plus, moyennant versement d’une pension régulière, d’en assurer la gestion dynamique. Heureux Diderot ! C’est ainsi qu’actuellement, la Bibliothèque nationale de Russie possède une collection unique de livres et manuscrits ayant appartenu à Diderot (info :mailto :n.kapanev@nlr.ru).

 

De plus Catherine II était grand amateur d’art. Il n’y avait jusqu’alors pratiquement aucun tableau de peintres européens dans les palais des Tsars à Moscou. Elle chargea ses correspondants favoris, dont Diderot, de lui trouver ce qu’il y avait de mieux sur le marché. Ils raflent toutes les grandes collections disponibles. En 1764, les premiers achats commencent et en 1785, l’impératrice détient 2685 toiles dont des Raphaël, Poussin, Van Dyck, Rembrandt, Rubens et les favoris de Diderot, présentés  dans ses « Salons » : Chardin, Vernet, Houdon. L’achat en 1779 de la collection (on appelait cela « cabinet » à l’époque) de l’ancien premier ministre anglais, lord P. Walpole, ne s’est pas fait sans les protestations violentes de l’opinion publique et du parlement anglais opposés à la cession à l’étranger d’un patrimoine artistique national, réaction identique à celle que nous avons connue récemment en Belgique lors de la vente publique Sabena du tableau de Magritte

 «  L’oiseau du ciel »( Rien de nouveau sous le soleil !). On sait que Diderot est intervenu personnellement en 1772 pour l’achat, en France, du cabinet du baron Pierre Crozat, comprenant des Raphaël, Giorgione, Titien, Rembrandt, Veronese, Rubens, van Dyck, et les peintres français Le Nain, Poussin, Mignard, Largillierre, Watteau, Lancret et Chardin.

 

L’histoire ne précise pas si Diderot touchait une commission occulte de la part des vendeurs.

 

Magremanne Robert

20 juillet 2004