TEXTES tirés du livre « huiles et pastels » ENGLISH VERSION lower                                          <home



Au départ, je dessinais presque exclusivement

au pastel sec dont les nuances, la douceur et

la luminosité me semblaient parfaitement

adaptées à l’univers intimiste de mes tableaux.

Ayant appris à les fabriquer, j’ai pu m’approcher au plus

près des teintes et des consistances qui me

conviennent le mieux.


Mon travail n’est pas prémédité.

Il est le fruit de la pratique

journalière du dessin et de la

peinture.

D’une certaine manière, je suis

le spectateur de ce que je fais, et

je ne le comprends parfois que

longtemps après.


Le point de départ de mes tout premiers tableaux se trouve

dans le petit monde clos de mon atelier. Ce sont des objets

simples, du quotidien. Certains s’y trouvent par hasard,

d’autres ont été apportés là, au gré de mes envies et de mes

découvertes : bougies, veste suspendue à un clou, tissus,

tables, miroirs, ...

Bien que j’aie toujours été attiré par la figuration, mon objectif

n’est pas de recopier ce que je vois exactement, mais de

créer une œuvre qui soit parlante et se suffise à elle-même.

Au fond, le sujet réel de mes «coins d’atelier» est le silence,

la solitude, la beauté des objets qui se révèle lorsque l’on s’y

attarde. La lumière froide de Belgique est un élément majeur

apportant aux choses un mystère, une certaine nostalgie...


On retrouve très souvent des miroirs dans mes compositions. J’ai toujours été attiré par le réel reflété, créant l’illusion d’un autre

monde possible, d’une autre réalité à portée de main.

Peu à peu, s’est développée l’idée d’utiliser ces miroirs comme des fenêtres, comme un tableau dans le tableau, un lien vers

l’abstraction : un espace plus libre au sein même de la figuration et de ses exigences.


NUS

Au fil du temps, j’ai voulu introduire la figure humaine

dans mes tableaux jusqu’alors uniquement peuplés de

miroirs, vestes, bols ou fleurs séchées. Mais le sujet est

vaste et je ne voyais pas clairement comment travailler

ce nouvel élément. Une exposition de Lucian Freud à

Londres en 2003 m’a permis de réaliser tout ce qu’un

corps nu simplement posé peut exprimer.

Malgré cette influence, j’ai trouvé dans cette approche

des sentiments et préoccupations très personnels.



En parallèle à ce travail un peu inquiet sur notre

condition humaine, j’ai progressivement développé une

sorte de contrepoint lumineux, série que j’ai appelée

«apesanteur».

Au départ, juste l’envie de ne pas dessiner ce qui

entoure le corps, ensuite, l’idée de cet espace hors du

temps où nous serions au calme, ... enfin.

On peut deviner aisément la présence du socle sur

lequel reposait le modèle. Je n’ai pas tenté de créer

une illusion hyperréaliste de corps en apesanteur,

l’idée de calme m’important davantage.

Extraits du réel, apaisés et aériens.

Comme libérés du poids de leur existence.



DEFORMATIONS

Cette série de tableaux est née en 2001, de l’observation des déformations dans les reflets de casseroles en inox.

Il m’arrive parfois lors d’un repas, de me plonger complètement dans l’univers de formes bizarres créées par ces

casseroles posées sur la table qui reflètent en les déformant les assiettes, les verres, ...

J’aime ce monde étrange, fait de courbes, de couleurs qui s’étirent, et j’ai eu envie de le transposer sur toile ou sur

papier. L’univers que l’on retrouve dans ces tableaux n’est pas celui d’un repas, mais celui d’un atelier, avec son

vieux plancher, son chevalet, ... et le peintre.

Mon intention de départ était plutôt ludique, mais le côté expressionniste qui s’en dégage n’est pas pour me déplaire.



Mes PAYSAGES en général et les cimes en

particulier m’amènent au plaisir de la couleur,

à la beauté de la nature. Mais mes références

sont plus à chercher du côté de la peinture

abstraite que dans la tradition du paysage.

C’est cette tension entre abstrait et figuratif qui

me séduit et me stimule.

Les cimes : En levant la tête, dans le hall d’entrée de l’Opéra de Bruxelles, on découvre une grande composition abstraite du peintre

américain Sam Francis ornant le plafond, dont la liberté d’exécution et les couleurs jetées sur la toile comme des taches,

dégagent un sentiment de joie et de vie qui m’ont séduit chaque fois que j’y suis allé.

Un jour, couché dans l’herbe d’un parc, j’ai regardé vers le ciel, observant les feuilles, les branches, et les grandes zones de

bleu qui orchestrent le tout. Une nouvelle perspective s’est ouverte à moi, vertige mélangeant les repères de bas et de haut,

et j’ai repensé à Sam Francis.




Some thoughts about my work


At first, I used to draw almost exclusively in

soft pastels, whose subtle tones, delicacy and

luminosity seemed to be perfectly adapted to the

intimate world of my pictures.

Having learnt to make my own sticks of pastel

from pigments, I can get extremely close to the

tints and consistencies that suit me best.


There is nothing premeditated

about my work. It is the fruit of

a daily involvement in painting

and drawing.

I am in a sense the observer of

my own activity and sometimes

only understand what i have

done much later. Over the years

a number of themes have

emerged and evolved.


The origins of my first pictures are to be found in the interior

world of my studio: simple, everyday objects, some of

which just happened to be there, others were brought in

on a whim or were the result of discoveries made in the

course of the work: candles, jackets hung on a nail, pieces

of cloth, tables... Although I have always been drawn

to representation, my intention has never been to copy

exactly what I see, but rather to make an expressive work,

independent of its sources.

Fundamentally the real subject of my ‘corners of the studio’

is silence, solitude, and beauty, emanating from the objects,

perceptible only when you watch and wait.

The cold Belgian light is an important element, bringing with

it something mysterious, a kind of nostalgia.


Mirrors occur frequently in my compositions. I have always very much liked to see reality reflected, creating the illusion of

another possible world, another reality close at hand. I have gradually developed the idea of using mirrors like windows, or like

a picture within a picture, a link with abstraction:

a deregulated space in the heart of the demanding environment of figurative painting.


NUDES

Over the years I have wanted to include the human figure

in my pictures, previously populated only by mirrors,

jackets, bowls or dried flowers. But the subject is vast and

I could not see how to work with this new element.

An exhibition of Lucian Freud’s paintings in London in

2003 showed me what a simply posed, naked body

could express. Despite that influence, I have discovered

preoccupations and feelings that are entirely personal in

this approach.



In parallel with that somewhat disturbing body of work

on the human condition, I have developed a sort of

luminous counterpoint, a series that I have called

‘Weightlessness’. At first it was simply the desire to

avoid drawing the model’s surroundings, and then the

idea of this space, out of time, where we would find

peace.... at last.

The existence of a base on which the model lies, is

easy enough to deduce.

I have not tried to create a hyper-realist illusion of a

weightless body. For me the notion of calm is more

important.

Removed from reality, peaceful and airy,

as though released from the weight of their existence.



My LANDSCAPES in general, and the tree tops in

particular, enhance my pleasure in colour and

in the beauty of nature. But my references

have more to do with abstraction than with the

tradition of landscape painting.

It is this tension between abstraction and

representation that delights and stimulates me.

The tree tops :

If you look up at the ceiling in the foyer of the Opera House in Brussels, you will see a huge, abstract composition by the

American painter Sam Francis, whose colours and expressive freedom generate a marvellous sense of well-being.

One day, lying in the grass, and looking up at the sky, I observed leaves, branches and the great areas of blue which

orchestrated the whole composition. A new vertiginous perspective opened up, reversing ‘above’ and ‘below’,

and I thought again about Sam Francis.



DISTORTIONS

Sometimes during a meal, I use to abandon myself completely to the universe of weird shapes created by stainless steel saucepans on the table which reflected and distorted plates, glasses... I like this strange world made up of curves, elastically stretched colours, and one day I had the urge to transcribe it onto canvas or paper. The universe that appears in these paintings is not derived from a meal, but from a studio with its old floor boards, its easel... and the painter.

At the start it was more of a game, but the expressionism visible in the work, in no way displeased me.



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