Seminaire 2 - Problemes intergenerationnaux
© 2015 juillet

Séminaire du 16 mars 2013 à Augsbourg en Allemagne

Une Approche Intergénérationnelle des Problèmes et des Défis de l'Intégration des Assyriens en Europe

Dans le cadre du projet européen "Echange des Meilleures Pratiques d'Intégration des Assyriens en Europe" (EPIA), un deuxième séminaire a eu lieu le 16 mars 2013 dans la ville d'Augsbourg en Allemagne. Ce séminaire était organisé par la fondation Yoken-Bar-Yoken (YBY) en collaboration avec les autres partenaires européens : Stichting Inanna Foundation (Pays-Bas), Assyriska Föreningen i GöteborgStiftung (Suède) et l'Institut Syriaque de Belgique.

Le titre de ce séminaire en anglais était "An Intergenerational Approach to Problems and Challenges of the Integration of Assyrians in Europe" que l'on peut traduire en français par "Une Approche Intergénérationnelle des Problèmes et des Défis de l'Intégration des Assyriens en Europe".

 Photo : Linda Asmar

Le séminaire a été ouvert par Abdulmesih Bar Abraham, président du conseil d'administration de la Fondation YBY. Il a également donné un aperçu détaillé du programme Grundtvig de l'UE et il a  parlé brièvement sur sa Fondation. Dans le cadre du programme financé par l'UE, le projet EPIA (échange de bonnes pratiques dans l'intégration des Assyriens en Europe) met l'accent sur l'échange des meilleures pratiques pour l'intégration des Assyriens en Europe. Quatre organisations assyriennes issues de quatre pays d'Europe (Pays-Bas, Belgique, Suède et Allemagne) y participent. Des conférences de grande envergure et très intéressantes ont eu lieu lors de cette réunion à Augsburg. Tous les conférenciers invités ont étayé leurs présentations par des enquêtes propres et études authentiques sur l'intégration des Assyriens.

Le premier orateur, le Dr Andreas Önver Cetrez de l'université suédoise d'Uppsala, a montré dans sa présentation comment un traumatisme collectif développe une identité collective et l'impact qu'un tel traumatisme peut avoir sur des générations successives.

 Photo : Linda Asmar

Une expérience traumatisante, comme le génocide assyrien de 1915 eut une grande influence sur toutes les générations suivantes et sera consciemment ou inconsciemment «hérité» de génération en génération. Même dans la troisième génération, on pourrait encore prouver ses conséquences. Dans le même temps, les caractéristiques culturelles qui ont entraîné le traumatisme ont influencées le développement et la mise en place de stéréotypes et de prototypes. Les deux images stéréotypées de l'ennemi et les attributs positifs auto-attribués représentent les facettes de la culture assyrienne qui ont évolués dans la diaspora.

Selon le Dr Cetrez, un traumatisme historique sera intensifiée par un traumatisme récurrent, par exemple l'émigration, la peur de l'assimilation et de nouveaux conflits dans la diaspora. Cela empêche de faire un bilan et laisse plutôt  une culture du conflit s'installer. Cela rend le groupe difficile à s'ouvrir sur l'extérieur.

Après cette introduction théorique, le Dr Yusuf Güney, psychologue à Vienne, donne une approche plus pragmatique des différences intergénérationnelles sous le titre «mieux comprendre les aspects psychologiques et socioculturels de l'intégration des générations de migrants assyriens en Autriche". Il mène une enquête auprès des membres de la première et deuxième générations d'Assyriens à Vienne. Il a défini la première génération comme étant le groupe de personnes qui ont émigré à l'âge de 17 ans et plus. La deuxième génération comprend les personnes qui ont émigré à l'âge de six ans ou qui sont nés à l'étranger dont les deux parents sont des immigrés.

 Photo : Linda Asmar

Le Dr. Güney a interviewé dix familles assyriennes à Vienne sur leurs compétences linguistiques, leur statut éducatif, professionnel et leurs relations sociales. La première génération est représentée par 19 personnes et la deuxième génération par 33 personnes. Les résultats de l'enquête montrent que la deuxième génération s'intègre mieux en termes de langue allemande, de logement, d'éducation et de professions exercées par rapport à la première génération. Les relations sociales de la deuxième génération sont étendues à la fois sur eux-mêmes et la société d'accueil. Au fil du temps, on observe une perte au niveau de la langue maternelle chez la deuxième génération.

Cet écart dans le processus d'intégration représente toujours une cause de conflits et de problèmes intergénérationnels, a déclaré M. Güney dans sa présentation. Ici, il a souligné les divergences d'opinion en ce qui concerne les partenariats et les mariages. Il a parlé aussi de l'érosion des rôles et des pratiques traditionnelles au sein des familles assyriennes. Cela a pour conséquence une première génération "d'auto-aliés" et une deuxième génération de "déloyales". A la fin de son discours, Dr Güney a appelé à renforcer les liens des uns aux autres et à construire même des ponts dans la société d'accueil afin de résoudre ces conflits entre les deux générations.

 Photo : Linda Asmar

L'oratrice suivante, l'anthropologue Christiane Lembert a parlé des Assyriens à Augsburg et la compréhension de l'identité par les immigrés. Après une introduction aux réflexions théoriques sur l'intégration, l'inclusion et l'identité de la femme,  Lembert a présenté ses conclusions aux Assyriens à Augsbourg. Elle a parlé principalement sur l'importance de l'identité assyrienne pour la deuxième et troisième génération. Elle a menée une enquête auprès de plusieurs jeunes de l'Association de Mésopotamie à Augsburg. Sur base de leurs réponses, Mme Lembert a observé comment les jeunes âgés de 17 à 20 ans définissent leur identité: une grand importance est accordée aux noms de leurs enfants, aux symboles de leur confession chrétienne et le design. En outre, la langue joue un rôle important comme moyen de communication entre les générations et aussi comme un patrimoine culturel commun. Il y a aussi les caractéristiques culturelles non visibles, tels que l'organisation sociale dans la société et dans la famille. En conclusion, Mme Lembert a souligné l'intégration et les racines fortes de l'Association Mésopotamie à Augsburg. Les jeunes assyriens voudraient maintenir dans la mémoire collective: les réalisations culturelles de l'Assyrie, la différenciation entre les Turcs et les chrétiens assyriens et la reconnaissance du génocide de 1915 (Seyfo).

 Photo : Linda Asmar

Le thème de la conférence de l'orateur suivant, Kenan Araz, consultant et sociologue au Centre d'intégration à Cologne, portait sur la migration et l'intégration des Assyriens dans les pays d'Europe occidentale et leurs structures familiales intergénérationnelles.

Araz a d'abord parlé des facteurs politiques, économiques, écologiques et socio-culturels qui ont conduit les migrants assyriens à quitter leur terre ancestrale. Après le défi de l'émigration, les Assyriens de la diaspora ont du faire face à de nouveaux problèmes qui menacent leur famille et leurs structures intergénérationnelles. Durant sa conférence, M. Araz porte une approche sur deux aspects: le choix du partenaire et les relations entre les générations. Les deux dimensions interpersonnelles ont une grande influence sur la manière de s'intégrer des Assyriens.

La première génération (parents actuels) et la deuxième génération (enfants nés en diaspora) sont dans un processus d'adaptation et de transferts ascendants et descendants de savoirs (utilisation de la technoligie, ouverture au monde, utilisation de la langue du pays d'acceuil) et de traditions (maintien des traditions, de la culture et de la langue syriaque).

Le séminaire s'est terminé par une deuxième présentation d'une étude séparée auprès de jeunes assyriens en Suède par le Dr Cetrez. Ses résultats concernant la deuxième et troisième génération révèlent une plus grande mobilité sociale, une plus grande ouverture à d'autres groupes de la société et une religiosité moins prononcée.

Les tensions entre les générations peuvent être attribués au traumatisme collectif (Seyfo) et le manque de communication entre les générations. La première génération n'arrive pas à identifier clairement les moyens d'échapper à une assimilation qui aboutira à la disparition de leur culture millénaire. Ce manque de vision stratégique est présent tant dans les organisations religieuses et que civiques. 

Les questions soulevées ont une influence significative sur le développement social, culturel et politique des Assyriens. Par conséquent, il est urgent de renforcer le lien entre les générations en arrière et de promouvoir l'échange intergénérationnel. Ainsi, pour échapper à un "génocide" culturel et aussi pour défendre leurs intérêts, les Assyriens doivent d'abord renforcer leurs liens sociaux au sein de leur groupe ethnique et s'intégrer aussi dans la société du pays d'accueil.

Voici ce que l'on peut retenir des différentes interventions :

·  En règle générale, il y a peu de discussion au sujet de tensions entre les générations au sein des familles assyriennes. «Les liens d'apprentissage» entre les générations ne fonctionnent pas correctement. Cela empêche une interaction respectueuse et fructueuse entre les générations.

·  Les tensions peuvent être expliquées par le traumatisme collectif vécu et avec les impacts de la migration sur un environnement complètement différent.

·  Les tensions sont basées sur la crainte de l'assimilation et donc de disparition qui s'exprime en termes de "gfishrina b-Aurupa". La re-production de cette peur ouvre la voie à des attitudes et des tensions introverties entre les parents et leurs enfants.

·  Au lieu d'affronter les problèmes rencontrés, la plupart des gens les nient ou les ignorent. Le silence est la "pire" des stratégies pour faire face à ces problèmes de manière efficace.

·   Les organisations religieuses et civiques des Assyriens n'ont pas un agenda spécifique pour traiter les problèmes intergénérationnels.

·  En termes généraux, les problèmes mentionnés ci-dessus ont un impact sur le développement social, culturel et politique des Assyriens. Ces problèmes sont indissociables du traumatisme collectif vécu (le Seyfo et ses conséquences). Certains Assyriens prônent pour une transformation de ce traumatisme en un motif positif pour améliorer les relations entre les Assyrien et pour se forger un caractère de "combattant" dans la vie de tous les jours.

 

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