Chacun s’en souvient : les dernières élections législatives de juin 2007 ont marqué un net recul du PS, notamment en raison du matraquage médiatique relatif aux affaires de Charleroi, et par une victoire historique des libéraux en Wallonie, et du cartel unissant les sociaux-chrétiens aux séparatistes de la N-VA en Flandre. Suite à ces résultats, Didier Reynders et Yves Leterme ont tenté de mettre en place un Gouvernement orange-bleu, composé par les libéraux et chrétiens du Sud et du Nord (MR et CDH côté francophone, CD&V-N-VA et VLD côté flamand).
Chacun se rappelle du cauchemar que ces négociations ont constitué pour le pays, puisqu’il a fallu attendre 9 mois de crise pour aboutir à un constat d’échec. Suite à cela, Guy Verhofstadt a été rappelé par le Roi et a proposé de sortir de la crise en sollicitant le PS. C’est ainsi que le Gouvernement a enfin pu être constitué et la Belgique sortir de la crise.
Mais comme les derniers événements viennent de nous le confirmer, si le Gouvernement est bel et bien formé, le parfum de crise qui s’est répandu ces derniers mois est loin d’avoir disparu : la réforme de l’Etat exigée par les partis flamands et refusée initialement par les francophones en est la principale cause. Mais les démissions successives d’Yves Leterme auront eu raison de la fermeté des présidents de parti francophones et tous crient aujourd’hui haut et fort qu’ils sont favorables à cette réforme, y compris Joëlle Milquet…
Ce qui est particulièrement surprenant dans cette volte face, c’est que personne dans les médias ou dans la classe politique ne souligne combien l’acceptation par les partis francophones de cette réforme de l’Etat est un renoncement sans précédent de leurs engagements de campagne. Souvenez-vous du front des partis francophones vous disant fermement NON à toute réforme ! Souvenez-vous de Joëlle Milquet luttant courageusement durant tout l’été 2007 pour maintenir sa position…
Aujourd’hui, tout cela est envolé. La raison principale est bien entendu la crainte d’une paralysie complète du pays. De plus, il faut bien le dire, la position des partis francophones était intenable. Pourquoi diable refuser toute réforme ? Qu’y avait-il de si impensable à constater que certains domaines gérés par le fédéral pouvaient l’être tout aussi bien, sinon mieux par les Régions ? Songeons à la politique de l’emploi : face à des situations si différentes au Nord (où le problème se concentre sur les chômeurs âgés) et au Sud (où la principale difficulté est le chômage des jeunes), comment ne pas conclure à la nécessité de politiques différenciées en Flandre et en Wallonie pour répondre aux problèmes spécifiques qui se posent de part et d’autre ?
Reconnaissons que le front du NON des 4 partis francophones était l’expression d’une frilosité mal placée. D’autres diront qu’il s’agissait d’un positionnement tactique pour éviter que les exigences des partis flamands ne soient trop élevées. Mais finalement, que constate-t-on ? Les médiateurs royaux viennent de confirmer que tous les partis s’accordaient désormais sur la nécessité d’une grande réforme de l’Etat. Autant dire que l’approche tactique ne fut pas vraiment d’une efficacité rare !
Dès lors, reste à espérer que l’essentiel soit préservé: à titre personnel, je suis favorable à une réforme de l’Etat octroyant des compétences supplémentaires aux Régions (et éventuellement aux Communautés), mais à condition que le financement des matières transférées soit suffisant pour la Wallonie et Bruxelles.
Car si l’on se souvient des négociations de 1988 sur le financement des Communautés et Régions, chacun conviendra que le résultat en fut catastrophique pour les Francophones, ce qui se traduisit d’ailleurs par la crise sans précédent du monde de l’enseignement dans les années 90.
Gageons que nos négociateurs ne commettent pas deux fois la même erreur…
Nicolas Martin, 02/08/2008