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1935 |
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2007 |
Signalétique
Nom : Jacques
STICHELBAUT
Date de naissance : 7 mars 1934
Etat civil et enfants : Veuf,
deux enfants mariés
Adresse : 13, rue du Gouverneur
6040 Jumet
Groupe actuel : 3ème
Régiment des Zouaves du Spinoy
Que penses-tu de notre démarche, l’interview ?
Très
bonne initiative : faire parler de la Madeleine par les Madeleineux
eux-mêmes.
Combien d’années de Madeleine et dans quels groupes ?
- J’ai commencé en 1946, à douze ans, dans la Marine
Anglaise, où je suis resté un an. C’était la première sortie de la société. Le
président à l’époque était le marchand de chaussures Fernand Chomis qui était
ardennais et avait fait venir une musique des Ardennes. Moi, j’étais membre
fondateur, mais pas musicien.
- En 1947, j’ai fait la Madeleine dans les Mexicains,
qui venaient de se reformer. C’était ma première Madeleine comme musicien, à la
trompette.
- Directement après la Madeleine de ’47, je me suis
inscrit à la Garde Royale Anglaise, dont je suis aussi un des membres
fondateurs. En 1962, j’ai été nommé sous-chef de musique. Comme le chef de
musique de l’époque prenait de l’âge, il me préparait déjà à sa succession. En
1966, je suis donc devenu le chef de musique («band master» en anglais). Je
suis resté chef pendant trente ans jusqu’en 1997, date du 50ème
anniversaire.
- En 1998, «pause carrière» d’un an !
- En 1999 aux Zouaves jusqu’à ce jour. Et je compte y
rester jusqu’à ce que Dieu me prête vie.
J’ai eu ma médaille de 60 ans, mais je ne rappelle
plus quand. Ah oui, c’était en 2006 !
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LA
MARINE ANGLAISE MEMBRE
FONDATEUR 1946 Jacques
à gauche de la photo |
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LA GARDE
ROYALE ANGLAISE MEMBRE
FONDATEUR A la
baguette (« baton » en anglais) ici en
1989 |
Pourquoi avoir changé de groupe ?
C’est un travail énorme d’être chef de musique en
général, et surtout dans une société pareille. Un travail de dingue! Diriger, c’est devoir commander, mais aussi
écouter les gens. Comme on dit, çà bouffe de l’énergie. Et il fallait en garder
jusque devant la tribune. Et pour les jours suivants!
La préparation de la Madeleine suivante commençait… à la
fin de la précédente. Il fallait recruter des musiciens, penser
au répertoire…
Toute l’année, il fallait chercher des partitions pour
la marche et surtout pour le concert, vu que depuis plus de 25 ans, la Garde
est une des rares sociétés à faire un concert annuel. J’ai dirigé une vingtaine
de concerts. Cela fait à peu près 280 morceaux. J’ai abandonné, j’en avais
assez. Et l’âge venant, çà devenait vraiment trop lourd pour un seul homme… A
certains moments, je me sentais écrasé. J’avais l’impression d’en avoir assez
donné.
En 1998, lors d’une réception à la commune, le
président des Zouaves m’a dit : «Et alors, tu n’fais pu l’ Madleine?».
J’ai répondu non et puis j’ai lancé à la cantonade : «Je préférerais
encore aller dans les Zouaves?». Le président «Doudou» m’a entendu et m’a
dit : «Je te prends au mot !» L’année suivante, j’étais donc devenu
un Zouave du Spinoy.

Chef de musique, cela veut aussi dire
« chef » (aux commandes devant la Tribune en 1985)
Pourquoi fais-tu la Madeleine ?
Parce que je suis Madeleineux dans l’âme. Et puis, les
Zouaves c’est complètement différent de la Garde. C’est pas «une, deux» et tiré
à quatre épingles. Je ne critique pas, c’est normal pour certaines sociétés qui
représentent une certaine image ou tradition et qui défilent de façon plus
militaire. C’était le point fort de la Garde et qui a aussi contribué à sa
réputation bien au-delà de la Madeleine.
Mais à la Madeleine, il y a aussi place pour d’autres
genres. Avec l’accordéon du lundi etc. Chez les Zouaves, quand il pleut, on
peut raser les murs pour éviter les gouttes ! Bon, on ne peut pas se permettre çà dans tous
les groupes.
Pour toi, c’est quoi un vrai Mad’lèneû ?
Ce n’est pas par dévotion que l’on fait la Madeleine…
Quoique, un peu quand même. Et pas seulement dans le groupe de Pèlerins.
Un Madeleineux, c’est quelqu’un qui sait qu’il
participe à un événement folklorique important. Qui sait s’amuser mais pense
aussi au public qui vient voir.
Quel est le jour de la Madeleine que tu préfères ? Le dimanche ou
un autre jour ?
Pour moi, c’est le lundi que je préfère. On est dans
la commune, on rencontre les gens. Rien que sur le trajet pour aller à
l’offrande, c’est des centaines de bises qu’on donne et qu’on reçoit. «Salut,
vî !» Puis on a le dîner tous ensemble.
Le dimanche, c’est bien sûr le grand jour mais c’est
long! Surtout quand on devient vieux.
Ceci dit, j’ai des souvenirs mémorables de dimanche avec la Garde à la rentrée
mais aussi à Gosselies.
Le mardi, on ne sort jamais. Le mercredi, on va d’une
maison à l’autre avec l’accordéon. Et on s’amuse bien!

« C’est le lundi que je
préfère ». Encore plus lorsque l’on reçoit une médaille, ici de Marcel
Loppes en 1972.
Quelles sont les qualités principales de ta société ?
La fraternité. Cela va encore plus loin que la
camaraderie. On se défend mutuellement. On est qu’une quinzaine mais c’est «un
pour tous, tous pour un».
La capacité à s’amuser aussi. Moi, je m’amuse avec les
Zouaves. Ainsi, je trouvais que je ne méritais pas de porter un uniforme
d’officier. Je ne l’ai donc porté qu’un an, avant de trouver un costume de
Zouave à ma taille. Je me suis même trouvé un grade unique : «Aspirant
Sous Caporal Honoraire de Réserve».
L’accordéoniste qui nous accompagne manque de pratique.
Conséquence : les fausses notes ne se comptent pas ! Mais moi c’est
ce qui m’amuse ! S’il jouait comme Marcel Azzola, çà me plairait moins.
D’ailleurs, je lui ai demandé qu’il vienne jouer «Je ne regrette rien» le jour
de mon enterrement.
Des choses à améliorer dans ton groupe ?
A
part le niveau de l’accordéon, je ne vois pas. Et comme je le prends tel
qu’il est…
Quels instruments joues-tu ?
J’ai appris le violon dès 1940. C’était mon premier
instrument.
A la fin de la guerre, un copain de patro avait trouvé
une trompette de cavalerie sur le terril à Gohissart). Elle était trouée, j’ai
mis du sparadrap et j’ai commencé à souffler. Et de là, le virus de la
trompette m’a pris et je suis allé à l’Académie de Jumet. Comme j’avais déjà un
bagage de solfège et de violon, j’ai vite progressé.
La trompette, c’est du cuivre. Et de là, je suis passé
au bombardon.
Le violon, ce sont les cordes. Et je suis donc passé à
la contrebasse.
Récemment, mon fils m’a ramené un instrument d’Afrique
du Nord. J’en joue de temps en temps. Cela me rappelle un autre bon souvenir,
quand j’avais créé une musique de Zouaves des Kfars. Le genre de musique -on
appelle çà une «nouba»- me plaisait beaucoup.
Pour un musicien, la Madeleine est-elle une bonne école pour
progresser ?
Oui,
mais cela dépend de la volonté et des capacités. Il y a un effet d’émulation
pour certains qui se sentent tirés vers le haut par ceux qui sont déjà d’un bon
niveau.

Une
« baguette magique » ? Par exemple pour donner le
« la » un lundi de Madeleine (1970).
Les musiciens ont-ils suffisamment l’occasion de s’exprimer, de monter
leur savoir-faire pendant la Madeleine ?
Si ce n’est pas pendant le tour lui-même, c’est aussi
dans les à-côtés. Ils s’expriment en jouant une petite valse, des solos dans les
cafés. Ils se stimulent les uns les autres. Je me souviens avoir joué une valse
à la trompette que l’on a appelé une « valse à Stichelbaut ». L’année
d’après, tout le monde la reprenait !
Cela dit, il faut aussi varier le répertoire pour ne
pas toujours jouer la même chose. C’est sûr que les gens aiment bien entendre
certains morceaux chaque année, mais il faut aussi innover, faire des
surprises. Moi par exemple, j’essayais de jouer certains morceaux en fonction
de la rue ou du public. Si les maisons sont hautes, on a une sorte de «caisse
de résonance». Si on peut se déployer comme à Gosselies, on peut exécuter une
marche autrement.
Est-ce plus difficile pour un musicien de faire la Madeleine que pour un
autre marcheur ?
Difficile pour un musicien, certainement. Musicien,
c’est un métier. Même en amateur, on essaie de jouer correctement. Au minimum!
Souffler, jouer du tambour, etc. Et encore plus pour un chef de musique.
Surtout quand il y a des sorties à faire pendant l’année. La musique, cela doit
se pratiquer! Et pour jouer en marchant, il faut s’entraîner!
Et que, en plus comme la Garde, on a un concert chaque
année à préparer, c’est encore plus de boulot.
Le plus pénible, c’était quand la Garde défilait en
dernier. Douze heures dans les lattes au moment de la rentrée où il fallait
faire une prestation qui plaise encore à la tribune et au public.
Quels sont tes musiciens/Quelles sont tes musiques préférées ? A
jouer… ou en général… ou dans la vie courante…
Mozart, et les autres grands compositeurs classiques.
Mussorgsky, par exemple. On osait aussi jouer du Richard Strauss avant
d’entamer notre rentrée avec la Garde. Et maintenant, avec la contrebasse, je
fais par exemple un concert Strauss au moment du Nouvel An.
Puis, il y a le jazz classique, le «Dixieland» et New
Orléans. C’est vivant, pas trop difficile à jouer, c’est l’âme des musiciens
noirs américains. J’ai toujours un band avec qui nous tournons toute l’année.
Et enfin, les marches anglo-saxonnes, mais aussi belges
(il y en a de très belles) ou allemandes. Récemment, j’ai encore eu l’occasion
de jouer une marche russe.
« Mozart est mon préféré. Mais il
y en a beaucoup d’autres ». (Portrait en 1780 environ par della Croce)
Quels sont tes musiciens/Quelles sont tes musiques préférées ? A la
Madeleine…
Dans les années qui ont suivi la 2ème guerre,
presque tout le monde avait les marches belges à son répertoire. C’était
logique et on rivalisait pour bien les jouer. Mais devenu chef de musique de la
Garde Royale, j’ai estimé qu’on devait principalement jouer des marches
anglaises et parfois américaines. Comme le font les fanfares des Guards
authentiques.
«Alte Kamaraden» joué par les Matelots reste un
classique de la Madeleine.
S’il faut nommer mes trois musiques préférées, je
dirais les Matelots, les Marins Américains, la Garde Royale Anglaise, mais
aussi la Marine Anglaise, qui s’est bien améliorée ces dernières années.
Que penses-tu du niveau musical de la Madeleine aujourd’hui par rapport
à avant ? Meilleur ? Egal ? Moins bon ? Plus varié ?
Moins varié ?
Moins bon dans certaines sociétés où cela tourne
parfois au vinaigre musical. Mais au contraire bien meilleur dans d’autres. La
différence vient malheureusement trop souvent des moyens financiers. L’argent
est difficile à trouver. Et pour avoir de bons musiciens… et des instruments,
il en faut. Un certain manque de variété ici ou là.
En tant qu’ancien Mad’lèneû, que faisait-on avant qui était positif et
qu’on ne fait plus ?
- Un certain désordre. Les arrivées tardives. Cela
suivait mieux dans le temps. En tout cas, c’est mon impression.
- Juste après la guerre, dans presque toutes les
sociétés, la grande majorité des musiciens venait de Jumet ou des environs.
Maintenant, dans beaucoup de cas, la majorité vient d’ailleurs, et parfois de
loin. Ces gens-là viennent parfois pour gagner leur vie -pas assez bien,
d’ailleurs- et un peu pour s’amuser. Alors, beaucoup n’en ont rien à faire de
Sainte Marie-Madeleine, de marcher au pas, de défiler.
- Un drame, c’est le manque de spectateurs. Je me
souviens d’une époque où, même à la rue des Aiselies, il y avait six ou sept
rangées de personnes. Aujourd’hui? Plus personne ou presque. Et c’est comme çà
à beaucoup d’endroits.
- Et maintenant, on nous dit qu’il n’y aurait même
plus de soutien de la ville pour organiser les fêtes.

RUE DE LA MADELEINE JUMET - 1979
Quel sont tes meilleurs souvenirs ?
Ouh ! J’en ai tellement que j’en ferais un roman!
- Quand on jouait dans le tournant, juste avant
d’arriver à la Tribune. Les gens étaient complètement surpris d’entendre
«Zarathustra». Et puis on faisait notre aller-retour devant la Tribune, ce
qu’ont appelait le «Tiroir».
- Quand l’équipe belge de football est allée à Mexico,
j’ai vite écrit en une semaine pour tous les instruments la marche à Mexico
avec les «Olés». Et on l’a joué à la Tribune. Personne ne s’y attendait !
- A la grande époque, on faisait de nombreuses sorties
en plus de la Madeleine. Et pas que dans la région. Une fois la Garde Royale
Anglaise a été invitée dans un théâtre de verdure à Paris. Nous sommes rentrés
les derniers. Et il y avait des centaines d’Anglais qui sont montés au plafond
en nous voyant. On a eu le même écho à Waterloo, où les Anglais lançaient leurs
canotiers en l’air tellement ils étaient épatés de voir des «Anglais». Et
c’était des Jumetois !
- J’ai été le premier à inviter un joueur de cornemuse
au concert annuel. Il a joué « Amazing Grace » devant plus de 500
personnes. Les gens devenaient fous! C’est pas
croyable! Quel engouement à l’époque…
Quel est ton pire souvenir ?
La pluie en ’80. Au pont du Carrosse, il y avait un
café qui faisait le coin de la rue de Jumet. On attrape une drache juste en
arrivant là. On se dit qu’on va aller se sécher dans le café. J’étais à peu
près sec, je sors… Il y avait un caniveau… au moins 50 cm de profondeur… je
m’étale de tout mon long… J’ai été trempé, retrempé jusqu’aux os. Malgré tout,
on fait le grand show à la tribune… pour ceux qui étaient restés.
Il y aussi mon pied cassé en 1985. J’ai dû diriger la
musique avec une béquille qu’on a appelé un « pied à coulisse ».
Finalement, le mauvais souvenir était ainsi tourné en blague.

Le « pied à coulisse » (1985)
Anecdotes et souvenirs croustillants ?
C’est comme pour les bons souvenirs, il y en a
beaucoup.
Une fois, en arrivant au Faubourg de Bruxelles près du
collège, un des saxophonistes de la Garde qui en tenait une bonne avait un
besoin urgent à satisfaire. Il décide donc de pisser sur le bord. A peine fini,
bouf le gaillard tombe, saxophone en avant. Il avait un crin au front et le
saxo en avait pris un coup lui aussi.
Je lui dis : « Emile, je ne t’ai pas
commandé de tomber ! » Il me répond : « Ouf, ma femme
n’était pas là ». Tout ce qui l’inquiétait, c’était que sa femme se serait
demandé où il avait ramassé un coup et comment il avait plié son saxophone. Il
en était presque désaoulé !
L’ancien président des Amis de la Madeleine, Marcel
Loppes faisait tous les jours le trajet de sa maison à son boulot en sifflant
le même air: une marche militaire belge. Tous les jours le même air !
Ma première année dans les Zouaves, je portais encore
le costume d’officier des Zouaves des Kfars, la musique que j’avais créé. Grâce
à mes voyages en Afrique du Nord, j’avais appris comment dire les ordres dans
un dialecte arabe pratiqué dans le désert. Pour rigoler, je lançais un
«hawatne» (orthographe phonétique –NDLR) et les musiciens devaient se retenir
de rire. «Si non, ils allaient le sentir passer». Et quand cela est dit par un
chef de musique…!

Officier des Zouaves des Kfars (photo
de 1995, offerte par J-C Servais, grosse caisse).
Des personnages importants dans la Madeleine qui t’ont marqué ?
- Jean Jacqmart : c’est un monument. Il m’a
vraiment marqué. Ce que la Garde est devenue, Jacqmart y a contribué «à
110%».
- Gaston De Maeyer : le président-fondateur de la
Garde, un grand monsieur.
- Le Général Zone. C’est quelqu’un. J’ai adoré le
bonhomme, qui me le rend bien.

2ème année comme chef de
musique. A gauche : Jacques Stichelbaut. A droite : Jean Jacqmart.
A part le tien, cite les 5 groupes que tu préfères ?
La Garde Royale Anglaise, les Matelots, les Marins
Américains, les Cipayes Anglais (un des groupes qui se tient le mieux), les
Grognards. Malheureusement, quand on fait le tour, on n’a pas l’occasion de
voir les autres.
Y-a-il des comportements que tu déplores dans certains groupes ?
La tenue qui laisse à désirer. Mais le problème vient
souvent du manque de moyens.
Que penses- tu de l’organisation de la Madeleine ? Des
suggestions ?
Dans le passé, les boissons ont gâché le spectacle. De
ce côté, çà va mieux.
Il faudrait mieux respecter les horaires, que les
groupes se suivent plus, surtout à certains endroits.
Les cotes sur 10
Les Amis de la Madeleine :
9/10
Le comité des fêtes et les jeunes
bourgeois : 9/10
L’Etat-major : 9/10
Ton commandant : je ne suis
pas chauvin, donc je lui mets 9/10 !
Les femmes qui font le Tour : 9/10
pour les femmes musiciennes. D’ailleurs, je crois avoir été parmi les premiers
à en recruter.
Mais comme membres, je mets 5/10 car je
pense que cela amène parfois des histoires au sein des groupes.
MONTAGE PHOTO : JACQUES D.
«Aspirant Sous Caporal Honoraire de
Réserve» (sic) au 3ème Régiment de Zouaves du Spinoy.

INTERVIEW MIKE GUILLAUME
MARS 2008