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Les quelques lignes qui suivent n’ ont pas pour objectif de retracer de manière exhaustive l’ histoire de la dentelle de Binche.

Elles ont pour seul but, de vous montrer à quel point la tradition dentellière est ancrée dans l’ histoire de la ville.

Vous comprendrez ainsi l’ enthousiasme des membres de notre association, fiers d’ être à la fois les garants d’ une pratique dentellière et les artisans de son renouveau.

Pour tout amateur, le lien entre Binche et la dentelle est évident puisque la ville a donné son nom à une superbe dentelle aux fuseaux : « le Binche ».

C’ est une dentelle à fils continus très légère, réalisée en un fil particulièrement fin, caractérisée par l’ emploi du bien nommé «fond de neige». Cette dentelle a connu son heure de gloire au XVIIIème siècle, plus précisément durant la première moitié de celui - ci.Pour le grand public, cependant, la dentelle de Binche est trop peu connue. Rares sont les personnes qui peuvent citer d’ autres villes dentellières belges que Bruges et Bruxelles.

Pourtant, l’ industrie dentellière binchoise, née au XVIIème, a été florissante jusqu’ au dernier quart du XIXème.

La première archive mentionnant l’ existence de la dentelle binchoise date de 1697.

Le frivole XVIIIème siècle est le grand siècle de la dentelle.

Elle est à la mode, une mode souvent fugace. On a peine à percevoir aujourd’  hui que des marchands de Londres ou de Paris renvoyaient des dentelles dont le dessin datait de 3 ans ou même de l’ année précédente.

Les barrières commerciales étant levées, le commerce de la dentelle prend une ampleur extraordinaire. Ce produit de luxe atteint des prix exorbitants et la dentelle devient le moyen de subsistance d’ un nombre considérable d’ouvrières.

Des documents de 1750 et 1751 nous précisent que la population binchoise compte mille ouvrières dentellières  et qu’ «  il s’ y fait beaucoup de dentelles qui entretiennent les deux tiers de la ville ».

Ces dentelles suivent un circuit commercial assez complexe, qui passe essentiel- lement par Bruxelles, et qui aboutit souvent aux Cours les plus prestigieuses.

La Révolution française et son cortège de destructions et massacres portent un coup terrible à l’ industrie dentellière. Les clients, issus principalement de la noblesse et du clergé, s’ ils ont la chance de survivre, sont souvent ruinés et contraints à l’émigration.

Il faudra attendre l’ accession au pouvoir de Napoléon Bonaparte pour voir redémarrer la production des industries manufacturières de luxe.

Pour Binche, il était grand temps. En 1806, la ville ne comptait plus qu’ un seul fabricant de dentelles.

En 1832, la situation est rétablie ; plus de 600 dentellières sont  officiellement répertoriées et un énorme commerce de contrebande avec la France bénéficie à la ville devenue quasi - frontalière.

A la même époque, les Cours royales s’ intéressent à nouveau à la dentelle binchoise.

Lorsque son mariage avec le roi Léopold Ier est décidé, c’ est à une Binchoise renommée que Louise - Marie, princesse d’ Orléans, fille de Louis - Philippe,  roi des Français, commande son voile de mariée.

Le nombre de dentellières ne cesse de croître à Binche : le sommet sera atteint en 1856 avec 1.800 dentellières pour une population d’ environ 6.000 personnes.

Victor Hugo lui - même , dans « Les Misérables », se fera l’ écho de la renommée de la dentelle binchoise, Cosette recevant de M. Gillenormand une robe en dentelle de Binche dans sa corbeille de noces.

Cependant, à Binche, comme ailleurs, la crise s’annonce.

Depuis 1830 environ, les Anglais produisent des imitations mécaniques de dentelle. Sans cesse améliorées, les machines anglaises finissent par produire des dentelles imitant à s’ y méprendre la dentelle véritable. Pénétrant le continent, la dentelle mécanique s’ impose en France sous le Second Empire.

En raison de ses liens commerciaux privilégiés avec la France, Binche est très vite victime du succès grandissant de la dentelle mécanique.

Des 1.800 ouvrières de 1856, il n’ en reste plus que 1.700 en 1859, 1.650 en 1862, 1.400 en 1863, 1.000 en 1865.

Le phénomène va s’ amplifier rapidement car, à Binche, les nouvelles industries de la

chaussure et du vêtement vont attirer une main - d’ oeuvre féminine heureuse de trouver là un emploi stable et mieux rémunéré.

L’ effondrement sera rapide : en 30 ans, on passe de 1.000 à 6 dentellières !

La tradition dentellière ne s’ interrompra pas à Binche, mais d’ extrême justesse.

En 1912, il ne reste que 4 ou 5 vieilles dentellières en activité.

Deux de celles - ci nous sont connues : Marie - Cécile Graux (1841 - 1925) et Lambertine - Augustine Degrève (1842 -1924).

 

C’ est cette dernière qui formera Nelly Robe (1892 - 1971), figure charnière de la tradition dentellière binchoise.

En effet, en 1950, les autorités communales binchoises, en parfait décalage avec le

conformisme de l’ époque, décident de créer une école de dentelle, afin de rendre vie à cet élément prestigieux du passé de la ville.

Nelly Robbe devient ainsi le premier professeur d’une école de dentelle qui compte aujourd’ hui plus de 130 élèves.

L’ apprentissage de la dentelle aux fuseaux y dure 5 ans et, bien sûr, le Binche constitue l’ étape finale de la formation.

La renommée de l’ école - la seule en Belgique francophone à décerner aujourd’ hui encore un diplôme de dentellière reconnu par l’ Etat  -  est telle qu’ elle compte de nombreuses élèves étrangères (françaises, luxembourgeoises, alllemandes, … et même, parfois, japonaises).

La réputation des différents professeurs qui se sont succédés dans les classes de dentelle compte pour beaucoup dans le succès de l’ école. Claire Lecomte, Léona Parfait, Colette Bertin, Rita Rems et Hélène Blanchart figurent au nombre des dentellières belges les plus réputées.

C ’est dans ce riche contexte de renouveau que notre association a vu le jour, en 1989, à l’ initiative, principalement, de Willy Burgeon, à l’ époque député - échevin de la ville.

Depuis, nous avons engrangé de multiples satisfactions : lieu permanent d’exposition,

engagement de deux dentellières professionnelles, reconnaissance officielle de la qualité de nos productions par un décret de la région wallonne, …

Nous espérons que la naissance de ce site, témoin de l’ entrée de la dentelle binchoise dans la toile dentellière du XXIème siècle, sera le point de départ d’  une nouvelle expérience enrichissante et interactive.