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Françoise…
Par Bruno Sacré

 

 

   

FRANCOISE CONCONI, 40 ANS DE PASSION ET DE CHARME…

Dans le milieu des années 70, un équipage féminin se fait remarquer dans les rallyes. La brune Michel Mouton s'impose de plus en plus souvent au milieu de ses collègues masculins comme une redoutable pilote. A ses côtés, la blonde Françoise Conconi, est l'équipière de tous les défis! Sur Alpine Renault, Porsche, Fiat Abarth 131 puis Lancia Stratos, la jolie grenobloise est sacrée cinq fois championne de France et quatre fois championne d'Europe des rallyes. Excusez du peu!

A l'instar de ma rencontre avec Jean-Louis Clarr, ma prise de contact avec Françoise Conconi fut également à l'origine d'une intense émotion. En effet, entamer le dialogue avec l'une des deux femmes auteurs des plus belles pages de l'histoire des rallyes en France est quelque chose de très émouvant. Je connaissais Françoise seulement à travers des articles de presse et j'avais d'elle, des échos flatteurs décrivant une personne cultivée, sensible et charmante (je tairai mes sources!), mais je n'avais jamais eu ni le plaisir ni l'honneur de converser avec elle.
Le courant passe instantanément. Françoise Conconi, avec sa voix chantante du sud, est une authentique passionnée et aussi une grande érudite du milieu de la course. Nous discutons à bâtons rompus.

Evidement, je lui demande comment sa route croise celle de Michèle Mouton.

"J'ai fait quelques rallyes en 68 et 69, avec des copains de Grenoble, et le Paris St Raphaël féminin avec une amie sur une NSU. Puis je suis partie faire le Tour de France avec une amie de Bob Neyret sur une Alpine A110, où nous avions collé la Pub. Aseptogyl. Cela a donné des idées à Bob Neyret (grand nom du sport auto à l'époque), qui a imaginé le "Team Aseptogyl" avec six filles sur 3 Alpines roses, aux couleurs du dentifrice dont il était le créateur. Parmi les filles il y avait Claudine Trautmann, qui avait déjà un nom célèbre et qui était un peu notre chef de file. Le team a démarré au "Neige et Glace 71" et a fait l'effet d'une bombe, six filles en shorts en plein hiver avec bottes et ceinturon, et un maxi manteau, style "Il était une fois dans l'Ouest" sur des Alpines roses, bénéficiant de l'assistance usine, à côté de tous les grands de l'époque, celà ne passait pas inaperçu, et en plus, certaines filles allaient trés vite. Dans ce Team il y avait Marianne Hoephner, Christine Beckers, Christine Dacremont, Claudine Trautmann, Marie-Odile Desvigne, Yveline Vanoni. Je suis restée 4 ans dans le Team, où j'ai couru principalement avec Christine Dacremont qui avait beaucoup de talent, et lors d'une Giraglia, on se bagarrait avec une nouvelle venue sur Alpine Gr.3 qui marchait bien. C'était Michèle Mouton. Nous avons sympathisé, on s'est revues à la Ronde Cévenole, où les pilotes étaient seuls au volant, elle m'a confié qu'elle cherchait une vraie copilote, et nous avons fait la fin de saison 74 ensemble.

En 1975, les filles roulent sur une Alpine Gr 3 et sont Championnes de France et d'Europe.
Leur association marque les esprits et détonne dans un monde à la solide réputation machiste. Qu'importe, Françoise et Michèle continuent leur moisson de succès.

Françoise raconte:

"76 a été l'année de la A310. En 77 nous avons fait toute la saison avec une Porsche Alméras, et c'est cette année là que l'on a remporté notre première grande victoire en remportant le Rallye d'Espagne, devant Munari qui a eu des ennuis mécaniques, mais aussi devant la star espagnole de l'époque Zanini et le très véloce Canellas.
Je discute alors avec les gens de Fiat France lors du Grand Prix de Monaco en mai, et comme nous étions encore Championnes d'Europe, ils nous ont proposé un volant d'usine pour le Tour de Corse en novembre (avec les épreuves de 150 kms à l'époque) Une course concluante, car tout le monde nous proposait un volant pour 78. Nous avons fini notre saison avec la Porsche où nous étions semi-usine avec l'aide de Elf. Et sommes parties chez Fiat France où nous avons fait une belle saison en remportant le Tour de France, le titre de Championne de France à nouveau et celui d'Europe. En 78 Chardonnet nous a offert le volant de la Stratos de Darniche pour le Monte-Carlo, celui-ci étant enrolé dans l'équipe Fiat Alitalia. On a fait une si belle course avec deux scratch devant Rorhl, que l'on a eu beaucoup d'offres mais on étaient tellement bien que l'on est restées, jusqu'aux propositions de Audi.".

Le couple formé avec Michèle Mouton s'érode alors quelque peu. Françoise se lasse de la vie trépidante de la course et aspire à un peu plus de quiétude. Il est temps pour elle de passer à autre chose. Françoise Conconi entre donc rentrée à TMC (Télé Monte-Carlo), où elle devient assistante de production à l'émission hebdomadaire "Chrono". Durant cette période, elle travaille pour Radio Monte-Carlo sur tous les Grands Prix de F1, avec Prost, Laffite, Villeneuve, Pironi et Tambay. Quatre ans plus tard, l'émission est arrêtée, Françoise s'exporte donc sur le Paris-Dakar, et elle débute dans des opérations d'Attachée de Presse. Elle travaillera ensuite pour Peugeot avec Jean Todt et aussi en Rallycross pour Guy Fréquelin. Elle revient dans le monde du rallye et œuvre pour François Delecour, puis Magaud et Doenlen. Elle travaille aussi bien en Championnat de France des Rallyes qu'en Championnat du Monde, toujours avec Peugeot.

Françoise est également la co-auteur avec Michel Morelli d'un superbe livre intitulé RALLYE. Anecdotes et histoires vécues. Un ouvrage relatant les aventures les plus cocasses des grands pilotes.

Nous évoquons les monstres de la route de l'époque. Je lui demande quelle voiture l'a marquée le plus. Françoise me parle d'abord de la Fiat 131 Abarth gr4. Elle explique qu'avec cette auto, les performances de l'équipage féminin qu'elle formait avec Michèle Mouton s'en trouvaient magnifiées tellement il fallait se battre contre cette voiture.
Elle embraye ensuite sur la Lancia Stratos et me confie que l'osmose entre pilote, copilote et voiture était parfaite avec cette superbe auto conçue pour la course.
Françoise me brosse une originale caricature de la Stratos: un avant d'Alpine A110 et un arrière de Porsche! Je n'y aurais jamais pensé!
Et de me souffler avec une fierté toute légitime qu'au Monte Carlo, alors qu'elles découvraient la Lancia, les filles faisaient des temps devant le grand Walter Rohrl !!
Françoise est intarissable. Elle me donne l'envie de passer outre de cet article et de lui consacrer un livre!

D'ailleurs, elle reprend de plus belle: "J'ai oublié… J'ai aussi travaillé plusieurs fois sur les 24 heures du Mans ( pour Jaguar, Nissan, Gordon Spice) Cela m'a permis d'être amie avec beaucoup de personnes importantes dans des milieux différents (Jürgen Barth en circuit, ou Vatanen, Todt, Fréquelin ou Nicolas en Rallye). J'étais très souvent à Paris et n'hésitais pas à faire des choses très différentes. J'ai aussi fait le Rallye du Maroc, puis travaillé avec Esso et Total. J'ai du mal a tout énumérer, car dans ce milieu, loin des yeux loin du coeur et tu es très vite oubliée, et j'avais un impératif de taille : gagner ma vie et m'assumer".

On ne peut passer outre le fait que, malgré l'étiquette de coéquipière de Michèle Mouton, Françoise Conconi a également partagé l'habitacle d'autres pilotes de renom comme Bruno Saby, grenoblois comme elle, sur la Berlinette mais aussi la Stratos noire Squale pour un Tour de France. Elle a également disputé deux fois le rallye des Mille Pistes avec Pierre Lartigues.

Françoise Conconi ne s'est jamais coupée du monde automobile. A l'heure actuelle, elle participe toujours à des rallyes historiques avec tout le courage et l'abnégation qui lui sont propres. Elle multiplie également les casquettes. Reporter pour Retrocourse, speaker sur certaines épreuves et encore attachée de presse à Antibes, au VAR ou au Monte Carlo.
On la retrouvera probablement au départ du prochain Tour de Corse comme copilote.

Une héroïne, je vous dis !!