Coupe d' Europe des Rallyes Coef.10 - Rallye du Condroz/Huy - 3/4/5 Nov. 2006

Le Rallye du Condroz a été pour moi le premier rallye que j'ai eu l'occasion de suivre en tant que spectateur. C’était en 1994…Douze ans déjà.
A cette époque, je me vois encore assis dans l'herbe humide à trois heures du matin, en pleine campagne, avec un léger brouillard et les lumières rouges de la centrale de Tihange apparaissant dans le lointain.
Les phares, le froid, le bruit des moteurs, l'odeur d'essence... Quel spectacle magique !
Il est vrai que, habitant Namur, j'avais déjà eu l'occasion d'aller voir passer le Rallye de Wallonie tout près de chez moi et que la fascination pointait déjà le bout du nez.


C'est donc début novembre que j'ai participé à ce monument du rallye. Participer au plus grand rallye belge en terme de popularité ( on parle de 120.000 spectateurs ) fut vraiment quelque chose d'incroyable. L'objectif premier au départ de ce dernier rallye de la saison 2006 pour notre équipe était bien sûr d'atteindre l'arrivée sans pour autant négliger le classement.

La semaine précédant l'épreuve fut assez chargée avec la préparation de la voiture pour commencer et les reconnaissances ensuite.
Le jeudi avait lieu le traditionnel shakedown, spéciale test permettant d'essayer et de mettre au point sa monture avant la course, dans la région de Fumal.
Pour nous , ce fut l'occasion de nous amuser par un temps sec et ensoleillé devant un large public qui visiblement appréciait notre prestation...
Une mise en bouche vraiment géniale.
Seul bémol, l'accident de Tim Van Parijs à qui nous souhaitons un prompt rétablissement.

Le vendredi avaient lieu les vérifications techniques et administratives officielles ainsi que la présentation au public sur le podium. Bonne surprise, notre voiture était déclarée la plus légère du lot avec seulement
849 kilos. Cela fait plaisir quand même de voir que la préparation de l'auto au niveau châssis est optimale.

Le samedi matin, les choses sérieuses allaient commencer. La première spéciale prévue était celle de Vierset. Suite à un incident, celle-ci allait être annulée, nous procurant un temps forfaitaire ne nous avantageant pas. En effet, certains concurrents de la classe ayant déjà parcouru celle-ci, ils avaient obtenu un temps très correct. Cela signifie donc qu’avant même de commencer la course, nous avions donc déjà 22 secondes de retard... C'était assez dur à avaler surtout quand on se bat à la seconde !!!

Nous piaffions d'impatience en nous rendant vers la seconde spéciale Marchin, mais étions aussi stressés car cette spéciale étant réputée très piégeuse, assez longue et cassante, nous aurions préféré nous mettre en jambes dans la précédente...
Qu'à cela ne tienne, il faisait sec sur la majorité du parcours."Cela sera plus facile" pensions nous.
Que nenni, on nous avait avertis… Même sur le sec, c'était assez glissant et, même en roulant en toute sécurité, o
n se faisait des frayeurs.
5,4,3,2,1, c'était parti...enfin ! La spéciale était assez éprouvante car il y avait encore de ci de là quelques plaques d'humidité pas faciles à détecter et à négocier et il fallait vraiment soulager dans le gras et dans le cassant...
A l'arrivée de cette étape, on était contents car on n'avait pas fait de faute, on n'avait pas eu de soucis, on n'avait pas crevé dans cette satanée terre, mais la voiture semblait bizzarement peu puissante ???
Juste une impression, pensions-nous. Nous nous en allions circonspects vers la troisième spéciale du jour, au profil assez rapide mais que nous ne connaissions pas trop bien ;Villers-le-Temple ne nous réservait pas de soucis.

La dernière spéciale de cette première demi-boucle qui nous ramenait à Huy, celle de Tihange, fut très courte ( à peine trois minutes contre le chrono ) mais hyper rapide avec, dès le départ, la descente d'une route en sous-bois plus qu'étroite et sur laquelle les vitesses frôlent les 140km/h. L’effort fut court mais intense. Au TRC de cette étape, nous étions satisfaits. On s'était fait plaisir, c'est ça le rallye...


De retour à l'assistance en ville, on souffla deux minutes pour constater que tout se passait bien même si au niveau du chrono, on était déjà un peu loin de la tête de la course.
Qu'à cela ne tienne, on s'amusait, c'était le pied !
Passage sur le podium et en route vers de nouvelles aventures, dont la spéciale de Ben-Ahin qui réserve toujours des surprises...
Pour nous aucune surprise jusqu'après le TRC. Nous reprenions notre carnet de route et sortions de la zone quand tout-à-coup je sentis une odeur de caoutchouc brûlé...


Je regardai dans le rétroviseur et je vis une fumée bleue derrière la voiture... Je pensais à une crevaison nous obligeant à changer de roue.. Pourtant je n'avais rien senti. Etait-ce arrivé sur la fin du chrono ?
Je fis le tour de l'auto mais, surprise, tout semblait normal et la fumée sortait en fait de l'échappement… Horreur !
Vite, regarder le niveau d’huile moteur... déjà au plus bas !
On prit le bidon et les quelques outils qu'on transportait pour se dépanner lors des zones sans assistance et on fit le plein, mais le moral en avait pris un coup.
Si le moteur fumait, il allait casser, c'était sûr. Ce n'était qu'une question de minutes. On allait se rendre très doucement jusqu'au prochain CH et faire le point.
La spéciale suivante faisait plus de 28 kilomètres et était la plus longue du rallye (comme par hasard). On se posait mille questions : "On continue ? ", "On laisse tomber ?".
Entre-temps, le niveau d'huile avait encore baissé sur la liaison. Le moteur n'allait certainement pas tenir. "Tant pis, on essaie quand même", en s'en allant pointer. Heureusement, la spéciale était annulée suite à une sortie de route ! Pour une fois, la chance était avec nous.
Seulement il allait encore falloir se farcir les 28 kilomètres sans trop perdre de temps afin de pouvoir rentrer à Huy dans les délais. On roula comme on put pour rentrer en ville jusqu'à l'assistance.


L'assistance était assurée par Ernest Delvigne, un pro dans le domaine puisque agent Nissan, ancien pilote lui-même et préparateur de plusieurs voitures similaires.
Après un rapide check-up informatique, il confirma que la voiture tiendrait à coup sûr et qu'on pouvait continuer. Il suffirait de faire le niveau un peu plus souvent. Nous repartions un peu soulagés quand même.
La deuxième partie de la journée nous emmenait sur les spéciales parcourues en matinée. A priori, nous pourrions améliorer les chronos. Seul bémol, c'est que le soir tombait et que nous nous retrouvions dans l'obscurité.

Il allait falloir rouler aux phares et c'était tout autre chose, mais c'est ça aussi le charme du rallye.
Nous voilà au départ de la spéciale de Vierset que nous n'avions pas eu l'occasion de faire ce matin.
Il ne faisait pas encore noir mais la nuit tombait lentement. Il y avait encore pas mal de monde pour nous voir passer et c'était plutôt motivant. Aucun problème dans celle-ci. on ne perdit pas de temps pour aller au départ de la suivante car compte tenu du temps nécessaire pour surveiller le niveau d'huile et faire les pressions des pneus, on n'avait pas le temps de traîner en chemin.
D'ailleurs, plus d'une fois on arriva vraiment dans la minute et il fallut se frayer un chemin pour reprendre notre place dans les files se formant.
Les trois spéciales suivantes (Marchin, Villers-le-Temple, Tihange) se déroulèrent sans problèmes.
Quelques chaleurs car on augmentait le rythme mais sans conséquences toutefois.
De nouveau de retour à Huy pour l'assistance. La voiture tenait, c'était le principal, mais adieu l'espoir d'un bon classement. La voiture tournant depuis tout le début de course sur trois cylindres, elle n'avait plus sa puissance habituelle. A la prise de compression , on pouvait constater qu'un des cylindres rendait l'âme.

Après un passage sur le podium, nous repartions pour le tout gros morceau de ce rallye, à savoir la spéciale Wanze-Marneffe longue de 28 kilomètres que nous allions enfin parcourir en course puisque le premier passage avait été annulé.
Découvrir un tel tronçon, si exigeant physiquement et de nuit, ne fut finalement, contre toute attente, pas si difficile que cela. Ma condition de marathonien m'avait bien aidé à tenir le choc.

La journée se termina assez tard avec la rentrée des voitures dans le parc fermé de nuit.

C'était la première fois que notre petite voiture était garée avec des WRC dernier cri !
Elle a dû apprécier, je pense.
Après une nuit de sommeil bien méritée mais courte, nous étions de retour pour entamer la seconde partie de notre course. Le soleil était toujours là. En tout cas, la pluie, elle, n'était pas là. Cela allait fortement favoriser notre découverte de l'épreuve.

Au programme du jour, rien que du bon, avec notamment les spéciales de :
Wanzoul, Ville-en-Hesbaye, Lavoir, Engis-Strée, Modave et Goesnes à parcourir chacune à deux reprises.
Tout commença par Wanzoul dont le tracé reprenait en partie celui de la spéciale de Wanze de la veille.
J'étais en forme et on s'amusait vraiment bien malgré le manque de puissance. Ensuite tout s'enchaîna à deux cents à l'heure avec Ville-en-Hesbaye, une spéciale sans aucun intérêt selon moi mais qui reprennait le même tracé que celui emprunté six mois auparavant lors du rallye de Hannut auquel j'avais pris part, ce qui m'aida à trouver mes marques plus facilement.
La spéciale de Lavoir fut la dernière de cette boucle côté Hesbaye. Celle-ci, aussi très rapide et vraiment typique, clôturait une première demi-boucle vraiment amusante pour nous et nous permettait de rentrer à l'assistance vraiment relax. On irait au bout, c'était sûr.

Au sortir de cette assistance et après le refueling obligatoire, nous nous dirigions vers la longue Engis-Strée et ce plein tube car le temps prévu pour cette liaison était trop court et il fallait ouvrir pour arriver à temps.
A peine le temps de s'équiper et hop c'était parti pour un nouvel effort de longue haleine : vingt kilomètres.
Le chrono n'était pas si mal compte tenu de nos soucis. Nous pouvions continuer notre bonhomme de chemin jusqu’à Modave et Goesnes qui allaient se dérouler sans aucune alerte malgré deux tracés portant des parties de terres, du rapide et du gras à certains endroits.

La dernière partie de course allait s'engager. L'objectif maintenant était de terminer quoi qu'il en coûte et on commençait à entendre des bruits partout !
De retour sur les spéciales situées en Hesbaye, nous améliorions les chronos de six secondes sur chacune des spéciales. De vrais métronomes, et ce sans prendre trop de risques. Comme les chronos n'avaient plus d'importance, la victoire étant maintenant impossible vu nos soucis, il ne nous restait plus qu'à faire un peu de
spectacle avec, par exemple, de beaux freins à main dont le public raffolait.

Une dernière assistance, et voilà les trois spéciales nocturnes qui nous emmenaient côté Condroz.
L'humidité de la nuit tombant et la boue ramenée sur la route par les concurrents précédents pimentaient les derniers kilomètres de cette épreuve. Au dernier TRC, précédé par un tronçon en terre ultra-rapide, c'était la délivrance.


De retour à l'assistance , on eut droit au champagne comme les professionnels (merci Ernest).
Il est vrai qu'en insistant et en roulant malgré tout le plus vite et le mieux possible, on décrochait la sixième place synonyme de titre de vice-champion de Belgique en classe N1.
Notre passage sur le podium et la rentrée au parc final clôturait ce rallye de la Coupe d' Europe des Rallyes Coef 10.
Que retenir de cette course au final ? Celle-ci ne fut pas de tout repos, tant physiquement que mentalement, mais cela en valut vraiment la peine car quel plaisir ! Vivement l'année prochaine...

Un immense merci à Marcel Gillain sans qui cette participation n'aurait pas eu lieu et également à Ernest Delvigne pour le boulot accompli ce week-end...Tout simplement MERCI