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Le Canal de l'Espierre

            Historique

Comme tous les canaux creusés au cours de la première moitié du 19ème siècle, le canal de l’Espierre a été créé pour assurer le transport du charbon.

 

Le charbon source d’énergie

L’utilisation de la machine à vapeur a fait naître une forte demande en charbon. C’est pourquoi, dès le début du 19ème siècle, la production de houille  a fortement augmenté. L’emploi de ce combustible pour obtenir la vapeur nécessaire au fonctionnement des machines, qui remplaçaient le travail manuel dans les manufactures, a permis aux mines du Borinage ( région de Mons ) de prospérer.

A cette époque, la production mondiale était essentiellement assurée par des charbonnages européens. Mais tous les pays de notre Continent  ne disposaient pas de ce précieux combustible et étaient dès lors condamnés à la stagnation économique. L’exploitation du charbon de terre s’est considérablement développé avec la mécanisation; une extraction qui d’ailleurs semble très ancienne, puisqu’elle aurait débuté au Moyen Age dans la région de Mons. Auparavant on tirait parti du bois des forêts sous la forme de charbon de bois.

 Dans le Nord de la France, de nombreuses personnes ( dont beaucoup de Belges ) utilisaient des métiers à main pour produire des fils et tissus de laine. Le passage aux métiers automatiques s’effectuera grâce au charbon.

Ce sont les charbonnages de la région de Mons qui vont alimenter, de façon substantielle,  Lille, Roubaix, Tourcoing et ainsi permettre le développement d’une industrie lainière florissante.

A cette époque les gisements houillers du Pas-de-Calais n’étaient pas encore découverts et la France désirait dépendre le moins possible de l’Angleterre, qui avait été son principal producteur avant la révolution industrielle. La houille du Borinage, par sa proximité, pouvait être amenée à bon compte et sur place grâce à la voie d’eau.

Acheminement du charbon par la voie d’eau.

Le passage par la Haine en direction de Condé permettait le transport du charbon par bateau vers le Nord de la France. Cependant, les difficultés de navigation étaient importantes avant de rejoindre l’Escaut et il fallait encore par la suite assurer la distribution du charbon dans le reste de la région.

Au début de 19ème siècle, les propriétaires des mines envisagèrent avec les Pays-Bas de créer des canaux pour donner une impulsion à l’économie et faciliter la vente du charbon. C’est ainsi que  le canal de Mons à Condé par le doublement de la Haine,  le canal d’Ath à Blaton, le canal de Pommeroeul à Antoing virent le jour (ce dernier permettait une liaison avec l’Escaut en évitant le passage par la France).

Ces canaux assurent de nouveaux débouchés et abaissent le coût de transport, mais ils n’apportent pas de solutions à l’approvisionnement de Lille Roubaix Tourcoing. En effet, si la voie d’eau permet l’alimentation de Lille, c’est au prix d’un long voyage par le Nord de la Belgique ou encore en passant par Cambrai.

L’ingénieur Cordier  dresse un projet de canal qui relierait Roubaix et Tourcoing aux voies d’eau du Nord.  Très tôt, on s’aperçut que ce canal de la Deûle à Roubaix devait être prolongé vers la Belgique et l’Escaut.

Au début de l’indépendance de la Belgique le Roi Léopold Ier décréta la création du canal de l’Espierre,  le 29 Août 1839.

Si, en Belgique, le projet du canal de l’Espierre était vivement attendu par les patrons houillers, il était  ardemment combattu par les Flamands qui craignaient de voir leur industrie textile désavantagée par rapport à celle du Nord de la France.

La polémique fut très vive, au point de mettre en péril le gouvernement de l’époque. Celui-ci  décidera le creusement, en Flandre, du canal de Bossuyt reliant l’Escaut à la Lys. Les deux canaux devaient être gérés de la même façon pour ne pas avantager l’un par rapport à l’autre.

Par une convention signée entre le Roi Léopold Ier et le Roi Louis Philippe, le canal de l’Espierre  devient le prolongement en Belgique du canal de Roubaix.

 Le creusement du canal de l’Espierre

Le 14 novembre 1839,  Mr Messen, adjudicataire du canal de Roubaix,  se verra confier  les travaux de création du canal de l’Espierre; ceux-ci furent rapidement effectués en Belgique et terminés au début de 1843.

Le canal a été creusé dans  la vallée de l’Espierre (affluent de l’Escaut qui prend sa source à Mouvaux à l’ouest de Tourcoing).

Depuis la frontière  jusque l’Escaut, qu’il rejoint à Espierres ( Spiere ), sa longueur est de 8,5 km. Selon les cahiers des charges de l’époque, sa superficie est de 43 hectares et 15 ares.

Sa largeur est d’environ 18 m,  sa profondeur 2.20 m. Les écluses mesurent 39 m de long sur 5.20 m de large.

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Par son existence, il donne un joli cachet aux villages de Leers-Nord, Estaimpuis, Saint-Léger, Warcoing et Espierres qu’il traverse, de même qu’à une  campagne fortement imprégnée des pratiques agricoles. Une partie de son parcours s’effectue en territoire flamand ( Espierres - Spiere ).

Trois écluses le divisent en seulement 3 biefs, alors que le canal de Roubaix en compte 14.

Une passerelle, 3 ponts levis et différents ponts le surplombent pour permettre notamment le passage de la voie de chemin de fer Tournai-Courtrai, de l’autoroute A17, des routes Pecq-Mouscron, Tournai-Audenarde, Tournai-Courtrai.

Le creusement du canal de Roubaix

Le canal de Roubaix devait, à l’origine, suivre la vallée de la Marque depuis la Deûle jusqu'à Croix et, de là,  se diriger vers Roubaix après un parcours souterrain d’environ 2 km.

A partir de 1827, des travaux de terrassement furent entrepris de la Deûle jusqu’à l’entrée du souterrain, puis de la sortie du souterrain à Roubaix jusqu'à la frontière Belge.

Si la réalisation du canal de l’Espierre a été effectuée rapidement, les travaux de creusement du canal de Roubaix posèrent de sérieux problèmes.

Après plusieurs tentatives infructueuses, il s’avéra que le creusement du souterrain à Roubaix n’était pas possible, c’est ainsi que les travaux furent abandonnés. Cet endroit a été conservé et est devenu le magnifique parc "Barbieu" ou "Beau Jardin" à Roubaix.

La navigation s’effectuera dès la fin de 1831 sur le tronçon de la Deûle à Croix.

En novembre 1843, la partie du canal qui s’étend de la frontière à Roubaix ( Galon d’eau ) est terminée, ce qui va permettre, le 10 décembre 1843, aux premiers bateaux chargés du charbon du Borinage de transporter leurs marchandises à Roubaix.

Il faudra attendre 35 ans (le 1 Janvier 1877), pour que la liaison de la Deûle à l’Escaut soit enfin réalisée (la longueur totale est de 28 km 5).

Suite à l'impossibilité de creuser le tunnel avec les moyens de l’époque, on décida de modifier le tracé originel et de passer, au prix de nombreuses écluses, par dessus la butte  partageant le bassin-versant de la Marque et celui de l’Espierre.

La modification du tracé allait avoir de sérieuses répercussions sur l’alimentation du canal de l’Espierre.

A l’origine, celui-ci devait être alimenté par gravitation à partir des eaux de la Marque. 

Le canal de Roubaix ne devait être qu’une déviation de la Marque et le niveau de l’eau partout le même que celui du bief amont de l’écluse de Leers-Nord.

L’alimentation du bief de partage, au sommet de la crête, est obtenue à partir des eaux de la Deûle qui sont montées de 19.75 m au moyen de puissantes pompes et acheminées dans deux conduites ascensionnelles de 70 cm de diamètre et de 7 km de long.

Le grand retard causé par l’impossibilité de creuser le souterrain aura des conséquences désastreuses pour le canal de l ’Espierre dont la liaison avec la Deûle était la condition vitale et indispensable pour assurer sa prospérité. Dans tous les cas, celle-ci était déjà compromise dès le début de la navigation sur cette nouvelle voie d’eau.

De plus Roubaix représentant un point de chute, limitait fortement le trafic qui aurait dû se poursuivre jusque Tourcoing, Lille et par les affluents de la Deûle vers l’ensemble de la Région du Nord de la France.

La demande en charbon provenant du Borinage était très forte jusqu’à la fin du siècle et aurait dû profiter considérablement au canal car le chemin de fer était alors peu développé et surtout parce que le charbon du Pas-de-Calais venait juste d’être découvert.

Lorsque la liaison avec la Deûle fut réalisée, sa raison d’être disparut en grande partie et le nombre de bateaux espérés ne fut jamais atteint. Ainsi, cette voie d’eau ne put être rentabilisée.

 

La navigation

Le canal de l’Espierre fut conçu pour permettre le passage de péniches pouvant transporter jusqu’à 250 T de marchandises.

Au début, les péniches étaient construites en bois;  la traction était animale ou humaine. Les bateliers les plus aisés avaient leurs chevaux qu’ils logeaient sur le bateau où était aménagée une petite écurie. D’autres "tiraient à la bricole " du nom du harnais en cuir que les "saqueurs" (souvent leurs femmes et leurs enfants) se passaient autour de la poitrine pour déplacer le bateau à partir du chemin de halage.

Au centre des péniches, un grand mât pouvait être érigé pour dérouler une voile lorsque le vent était favorable. Ceci permettait  de faciliter l’avancée des "haleurs".

 

Sur l’Escaut, la traction s’effectuait à l’aide de remorqueurs à vapeur. Ceux-ci abandonnaient les bateaux à l’entrée du canal et étaient remplacés par les charretiers jusqu’à la frontière. A cet endroit, un petit tracteur électrique monté sur pneus les emmenait sur le canal de Roubaix.

Les bateaux à propulsion mécanique ne sont apparus qu’entre les deux guerres. 

Par la suite, les moteurs de tanks, récupérés dans les surplus de l’armée américaine, ont équipé un grand nombre de bateaux.

 Le trafic

A l'origine, les marchandises transportées étaient principalement du charbon et des dérivés comme le coke. 

Le canal offrait aussi au Tournaisis l'occasion d'écouler facilement les produits issus des carrières : pierres, chaux, ciment.

D'autres matériaux de construction étaient acheminés par le canal comme le sable, les briques. (Il existait des briqueteries en bordure du canal).

De nombreux bateaux-citernes contenant des produits issus de la distillation du pétole passaient par le canal.

Durant la dernière guerre, il y avait aussi des bateaux-citernes remplis d'alcool et dont la cargaison était surveillée par une sentinelle allemande depuis le lieu de chargement jusqu'à celui du déchargement.

Des marchandises arrivées par navires à Anvers et à Gand étaient transbordées dans des péniches, comme par exemple des minerais. Ceux-ci étaient souvent destinés aux usines Kulhmann de Wattrelos ou de la Madeleine.

Des bateaux chargés de céréales, d'aliments pour le bétail et d'autres produits très divers comme la mélasse, des fèves de cacao et d'arachide, passaient par le canal de l'Espierre. Il y avait aussi des bateaux de moules qui effectuaient chaque semaine un aller-retour vers Roubaix pour vendre leur cargaison.

Il y eut même un bâtiment de guerre de l'armée américaine, une superbe grosse vedette, puissamment armée, qui emprunta, en 1945, le canal.

Durant les hivers rigoureux, un brise-glace était employé pour ouvrir un passage pour les péniches. Si le froid était trop intense, les bateaux pouvaient être immobilisés durant plusieurs semaines.

De plus en plus de plaisanciers passaient aussi par le canal jusqu'au moment de sa fermeture. Il s'agissait surtout de Hollandais, d'Allemands, de Français et de Belges (principalement des Flamands).

 

Le canal était très fréquenté avant la guerre. D'abord par les frontaliers qui travaillaient dans les fabriques. Au début, ils empruntaient, à pied, le chemin de halage pour se rendre sur le lieu de leur travail. Ceux qui avaient un long déplacement à effectuer, partaient pour la semaine entière (y compris le samedi).

Par la suite, avec la bicyclette, le trajet est devenu journalier. On estime à plus de 500 le nombre de personnes qui circulaient ainsi à vélo chaque jour.

Au bord de l'eau, le héron marche d'un pas extrêmement lent. Pour capturer le poisson, il projette son bec dans l'eau à la vitesse de l'éclair.

 

 

           En vol, le cygne produit un sifflement que l'on entend de loin.

 

Chaque année, dans le courant du mois d'octobre, plusieurs grèbes castagneux arrivaient hiverner sur le canal.

Les pêcheurs et leur famille venaient passer des journées au bord de l'eau et ne manquaient pas, comme les promeneurs, de déguster des bières belges accompagnant une tartine au fromage de hollande, du jambon ou du pâté.

Des anguilles pouvaient être servies dans certains établissements. Ces spécialités étaient très recherchées et on venait parfois de loin pour les déguster.

Profitant du taux favorable du franc français par rapport au franc belge, de nombreux français venaient passer quelques heures ou la journée au bord du canal.

Toutes les maisons en bordure de la voie d'eau étaient des estaminets car la S.A. du Canal permettait à ses agents de tenir un commerce. Cet avantage a été supprimé en 1949, lors de la reprise du canal par l'Etat belge.
A la frontière, il y avait des ducasses, l'une à Grimonpont, l'autre à Leers-Nord. Les activités qui s'y déroulaient  étaient très diverses : natation, aviron, concours de pêche, courses au canard, au cochon, feu d'artifice, bal.

 

Le canal a souffert de 2 guerres au cours desquelles des ponts et des écluses furent endommagées; des bateaux ont été coulés, des syphons de l'Espierre furent détruits, ce qui provoqua l'assèchement de certains biefs.

Administration

Durant environ un siècle, le canal a été géré par la Société Anonyme du Canal de l'Espierre constituée d'actionnaires appartenant à la noblesse de la région parisienne ou à la haute bourgeoisie française.

La fin de la concession était prévue pour le 4 octobre 1940, date à laquelle l'Etat avait repris possession du canal. Ce n'est que le 2 février 1949 que la société du canal de l'Espierre reçut la notification officielle de la reprise du canal par l'Etat.

Une assemblée générale extraordinaire mettra fin définitivement à la société le 9 mai 1949. Elle eut lieu à Pecq, en l'étude du notaire Léon DOCHY. L'Etat belge confia la gestion à la Direction Régionale des Voies Hydrauliques de Courtrai. Celle-ci a laissé les meilleurs souvenirs auprès des fonctionnaires et des riverains de l'époque. Par la suite la direction a été transférée à Mons puis, plus récemment, à Tournai.

Des riverains ont présenté des projets pour sauvegarder et revaloriser le patrimoine. Ces projets, qui ne nécessiteraient pas des investissements importants, ont été conçus grâce à une parfaire connaissance du milieu (navigation de plaisance, bassin d'orage et de lagunage).

Les associations locales n'auront pas toujours été soutenues par la population qui ne comprend pas pourquoi s'acharner à défendre un canal désaffecté. Avec la mentalité des gens de la campagne, il est inutile de garder quelque chose qui ne sert plus.

Cette indifférence s'est parfois transformée en hostilité au développement d'activités de loisirs comme par exemple la suppression des sentiers de promenade utilisés, depuis la création du canal, pour relier le chemin de halage et des chemins de campagne.

On observe au contraire un soutien beaucoup plus important de la part des citadins qui aiment venir retrouver le charme et le calme appaisant du canal sous la frondaison des grands peupliers.

Partons à la découverte du Canal de l'Espierre

Balade estivale

Balade automnale

Balade hivernale

 

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