texte ancien 5

Extrait de procédure judiciaire

5 mars 1641

Cour et justice de Rahier, vol. 1, p. 265

 

Reproduction de l'acte

extrait de plaidoyer

 

 

Transcription littérale

Adioust encores ; Que la fille dudit Acteur
auroit venu sur le fumier, criant que l’on
meurdrissoit sa mere, et que la deposante
entrat en la mayson, ou elle treuvat ledit
adiourné avec un bourdon, ou picqueret en
sa main, poulsant, ou pittant un siege,

Ores pour adapter ceste deposition selon sa
vraye signiffication a la charge de l’adné*,
il est certain qu’il tauxoit aultruy de
malefice, voires deffects de sortilege
en disant viens deffaire ce que tu as faict,

Les mots mesmes en sont assez explicatiffs,
et oultres cela, qu’il parloit, et entendoit
de parler a ladite femme de l’Acteur, parce
qu’elle auroit cryé contre luy au Lyer
d’honneur etc.

 

Transcription plus explicite

Adioust encores que la fille dudit acteur
auroit venu sur le fumier, criant que l’on
meurdrissoit sa mère, et que la déposante
entrat en la mayson, où elle treuvat ledit
adiourné avec un bourdon, ou picqueret en
sa main, poulsant, ou pittant un siège.

Ores pour adapter ceste déposition selon sa
vraye signiffication à la charge de l’adjourné,
il est certain qu’il tauxoit aultruy de
maléfice, voires d’effects de sortilège
en disant viens deffaire ce que tu as faict.

Les mots mesmes en sont assez explicatiffs,
et oultres cela, qu’il parloit, et entendoit
de parler à ladite femme de l’acteur, parce
qu’elle auroit cryé contre luy au lyer
d’honneur etc.

 

 

Explication

Il s'agit d'un extrait de procédure judiciaire suite aux accusations de sorcellerie portées contre une femme. L'époux de cette dernière attaque l'accusateur en justice pour éviter un sort funeste à sa femme. L'extrait présenté provient de l'avoué du plaignant ; il fait référence au témoignage d'une voisine puis donne son avis sur les motivations de l'accusateur. L'acteur est celui qui intente l'action en justice. L'ajourné est le défendeur (donc celui qui a porté les accusations de sorcellerie).

(La déposante) ajoute encore que la fille de l'acteur serait venue sur le fumier, criant que l'on meurtrissait sa mère. La déposante entra dans la maison de cette femme, où elle trouva l'ajourné avec un bâton, donnant des coups de pied dans un siège.

(L'avoué conclut que) l'ajourné accusait autrui de maléfices, voire d'effets de sortilège, en disant : "viens défaire ce que tu as fait" (= viens défaire le sort que tu as jeté).

Ces mots mêmes sont assez explicites. En outre, l'ajourné entendait parler à la femme de l'acteur, parce qu'elle l'aurait accusé de larron.

 

 

Notes

1.  On trouve quelquefois le préfixe "a" écrit "ad", résurgence du latin. Comme, de plus, la lettre i remplace parfois le j, adioust = ajoute. Une autre résurgence du latin se retrouve dans certaines terminaisons, comme faict (du latin "factum").

2.  La terminaison de la troisième personne du singulier des verbes en "er" au passé simple s'écrivait généralement "at" et non "a" (ex : entrat = entra, treuvat = trouva).

3.  A l'imparfait, le "ai" de la terminaison s'écrivait "oi" (ex : parloit = parlait, entendoit = entendait).

4.  Le français était bien moins standardisé qu'à l'heure actuelle. On trouve beaucoup de mots provenant des patois locaux, comme ici bourdon (bordon) pour bâton, ou piter pour donner des coups de pied.

5.  Ne pas se braquer sur l'orthographe (on peut trouver, dans le même texte, un même mot orthographié de différentes manières).

6.  La lettre y remplace assez régulièrement la lettre i (ex: mayson, cryé, luy...)

7.  La ponctuation est souvent absente, ou folklorique selon nos critères. Dans le cas présent, il n'y a pas de différence entre le point et la virgule.

8.  Comme les lettres n, u et v sont généralement écrites de la même manière, le scribe aide parfois le lecteur en traçant une petite barre (tilde) au-dessus de u et v. Un exemple (poulsant) :


 

Glossaire

acteur = celui qui intente une action en justice

ajourné = le défendeur dans une action en justice

taxer = accuser

lier = larron