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Un pasteur noir
Le 15 janvier 1929
naissait à Atlanta, en Géorgie, Martin Luther King junior dans un
milieu noir de la classe moyenne. Ses ancêtres avaient été amenés
d'Afrique comme esclaves, mais la proclamation du président Abraham
Lincoln pendant la guerre de Sécession les avaient émancipés. Celle-ci
déclarait: « Ce premier janvier de l'an de grâce 1863, toute personne
tenue en esclavage dans un État dont les citoyens sont actuellement en
rébellion contre les États-Unis, est dès maintenant et pour toujours
déclarée libre. »
Libres, mais
différents dans la vie publique, comme l'écrivait Coretta Scott:
"Malgré les efforts des parents noirs pour protéger leurs enfants
contre le terrible mal de la ségrégation et de la discrimination, tôt
ou tard tous les enfants noirs perdent leur innocence raciale. Un
incident brusquement leur fait sentir qu'on les tient pour inférieurs"
Trois générations de
pasteurs avaient exercé le ministère, et Martin Luther King senior,
prédicateur de l'Église baptiste « Ebenhezer ». Il avait reçu les
mêmes prénoms que son père. Il continua la tradition familiale et
entreprit des études de théologie dans plusieurs facultés, en
particulier à Chester, en Pennsylvanie, puis s'inscrivit à
l'Université de Boston, où il obtint en 1955 un doctorat en théologie
pour sa thèse sur la conception de Dieu de Paul Tillich, un théologien
allemand exilé aux États-Unis.
C'est au cours de ses
études, qu'il rencontra Coretta Scott, une étudiante en musique et
cantatrice appréciée. Il l'épousa le 18 juin 1953 et ils procréèrent
quatre enfants. En septembre 1954, il fut nommé pasteur d'une Église
baptiste à Montgomery, en Alabama.
La prison à Birmingham
Un des lieux où la
ségrégation était la plus contraignante était la ville de Birmingham,
en Alabama. Le vendredi saint 12 avril 1963, une marche interdite
amena l'incarcération de Martin Luther King. Loin de calmer
l'effervescence, elle provoqua de nouvelles marches, au chant des
cantiques et des spirituals. Le 5 mai, les manifestants et les forces
de l'ordre étaient de nouveau face à face, et un des leaders cria : «
Nous ne rebrousserons pas notre chemin. Nous n'avons rien fait de mal.
Tout ce que nous demandons, c'est notre liberté. Que ressentez-vous en
agissant ainsi ? Lâchez vos chiens. Battez-nous. Nous ne reculerons
pas ». Les manifestants se mirent à genoux et prièrent, puis ils
s'avancèrent. Les policiers les laissèrent passer. Le pasteur dira par
la suite: « J'ai vu là, j'ai ressenti là, pour la première fois, la
fierté et la puissance de la non violence ».
La marche sur Washington
Dans le but de
rappeler le centenaire de la proclamation d'émancipation d'Abraham
Lincoln et de réclamer son application intégrale, les dirigeants de la
Conférence décidèrent d'organiser une grande marche sur Washington. Le 28 août 1963, une foule de plus de 250.000 personnes, Noirs et Blancs
confondus, se rassemblèrent devant le Mémorial du président Lincoln.
Martin Luther King y prononça son célèbre discours
« l have a dream »
(Je fais un rêve), qui eut un énorme impact non seulement sur les
assistants, mais dans tous les États-Unis. La revue Time proclama le
pasteur « homme de l'année » et un an plus tard, le 2 juillet 1964, le
président Lyndon Johnson signait la « Loi sur les droits civiques »,
puis l'année suivante, le 6 août 1965, la « Loi sur le droit de vote
des Noirs ».
Le prix Nobel de la paix
Entre-temps, Martin
Luther King avait reçu le prix Nobel de la paix. Dans son discours, le
10 décembre 1964, il réitéra sa conviction fondamentale:
« Aujourd'hui
dans la nuit du monde et dans l'espérance de la Bonne Nouvelle,
j'affirme avec audace ma foi en l'avenir de l'humanité. (…) Je crois
que la vérité et l’amour sans conditions auront le dernier mot
effectivement. »
L'incident de Montgomery
La vie de Martin
Luther King n'aurait probablement été que celle d'un pasteur d'une
ville de province, sans histoire marquante à raconter, si un incident
n'était pas venu bouleverser l'existence de la communauté urbaine.
Le soir du 1er
décembre 1955, Rosa Parks, une femme noire de 50 ans, couturière,
était assise vers le milieu d'un autobus à Montgomery. Comme elle ne
se levait pas pour céder sa place, parce qu'il y avait d'autres sièges
disponibles, le conducteur la fit arrêter. Elle fut accusée d'avoir
enfreint les lois sur la ségrégation. Le lendemain, des personnalités
noires se réunirent et décidèrent de boycotter les transports en
commun à partir du lundi suivant. Entre-temps, le dimanche au cours
des cultes, les pasteurs annoncèrent cette mesure et le soir, lors
d'une réunion constitutive de l'Association pour le progrès de
Montgomery, Martin Luther King fut élu président. Le boycott se
poursuivit pendant 382 jours.
Dès le début, le
jeune pasteur avait mis l'accent sur la non-violence:
« Notre action
doit être inspirée par les principes les plus profonds de notre foi
chrétienne. L’amour doit être notre idéal régulateur. »
Ce sera le leitmotiv
de tout ce qu'il entreprendra par la suite. Pourtant, il fut plusieurs
fois incarcéré, assigné en justice. Même, un jour, une bombe fut
lancée contre son presbytère, mais il ne céda pas et exhorta les
boycotteurs à la patience. Finalement la Cour Suprême des États-Unis
intervint et le 21 décembre 1956 la ville de Montgomery mit fin à la
ségrégation dans les transports publics.
Les combats pour la liberté
Ce premier combat
pour la liberté de ses frères, Martin Luther King ne l'avait pas
cherché. Il s'était imposé à lui, deux mois après le début du boycott,
alors qu'il passait par une moment de découragement. Dix ans plus
tard, il le rappelait avec émotion: « Oui, je vous le dis, j’ai vu
l’éclair. J’ai entendu le grondement du tonnerre. J’ai entendu les
forces du mal se jeter sur moi, essayant de s’emparer de mon âme. Mais
j’ai entendu la voix de Jésus me disant de poursuivre le combat. Il
promit de ne jamais m’abandonner, de ne jamais me laisser seul. Non,
jamais seul. Jamais seul. Et maintenant je marche, en croyant en Lui.
»
Cette lutte
intérieure étant résolue, il lui restait à combattre pour ses frères
et contre ses adversaires, car le mouvement s'était répandu dans
d'autres États et de nouvelles revendications agitaient les esprits.
En janvier 1957, les responsables des dix États se réunissaient à
Atlanta, puis à La Nouvelle Orléans, où ils fondaient, le 14 février,
la Conférence des Dirigeants Chrétiens du Sud (Southern Christian
Leadership Conference), dont Martin Luther King était nommé président.
Cette organisation entendait mener ses actions selon le principe de la
non-violence. La même année, au mois de mai, une première
concentration avait lieu devant le Mémorial Abraham Lincoln à
Washington, pour faire valoir l'égalité de leurs droits et de leurs
devoirs avec les autres Américains.
Tentative d'assassinat
Pendant deux années,
Martin Luther King multiplia les contacts avec ses frères noirs,
malgré les bagarres, les attentats, les lynchages. Certains d'entre
eux préconisaient la violence, comme Malcolm X et les mouvements des
Black Muslims, et du Black Power. Le pacifique pasteur était accusé
par eux d'être l'agent du pouvoir. Le 19 septembre 1958 à New York,
une femme noire exaltée lui planta dans la poitrine un coupe-papier en
acier. Heureusement la blessure n'était pas mortelle et il put
reprendre ses activités quelques mois plus tard.
Le premier décembre
1959, il déclarait: « Le temps est venu de faire avancer hardiment et
largement la campagne pour l'égalité dans le sud. Après avoir prié et
médité, je suis convaincu que le moment psychologique est arrivé où
une campagne concertée contre l’injustice peut apporter de grands
résultats tangibles. »
Dans ce but il
démissionna de ses charges pastorales à Montgomery et il s'établit à
Atlanta auprès de son père. « La vie, même vaincue provisoirement
demeure toujours plus forte que la mort. Je crois fermement que, même
au milieu des obus qui éclatent et des canons qui tonnent, il reste
l’espoir d'un matin radieux. Je crois également qu'un jour toute
l’humanité reconnaîtra en Dieu la source de son amour. Je crois que la
bonté salvatrice et pacifique deviendra un jour la loi. »
La mort d'un serviteur
Toutefois, la
violence ne cédait pas facilement. Au printemps 1968, une émeute à
Memphis, en Tennessee, se solda par un mort. Martin Luther King se
rendit dans la ville pour apaiser les esprits. Le 4 avril, alors qu'il
se trouvait au balcon du motel Lorraine, une balle le frappa à la
gorge. Une heure plus tard, il décédait à l'hôpital.
Peu auparavant, il
avait dit dans un sermon : « De temps à autre, je pense à ma propre
mort, et je pense à mes propres funérailles. (...) Je voudrais que
quelqu'un mentionne ce jour-là, que Martin Luther King junior à tenter
de consacrer sa vie à servir les autres. (...) Je veux que vous disiez
que j'ai tenté d'aimer et de servir l'humanité. »
Sur sa tombe, ses
proches firent graver le refrain du spiritual :
« Free at last, free
at last. Thank God Almighty »
(Libre enfin, libre enfin. Merci Dieu
Tout-puissant).
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