|
Les
combats du carnaval 1764, consigné dans son livre de comptes par Lambert
Hinne, imprimeur-libraire à Namur
|
|
Remarque sur le combat des eschasseurs donné au Carnaval le 4 et 6 mars 1764, après une interuption de 10 années. Les grosses eaux que nous eûmes
en décembre 1763 et janvier 1764, qui avoient innondé par trois fois
le Place de l'Ylon près des récollets, furent cause que plusieurs se
servirent d'échasses pour passer ; ce qui fit naître l'idée de renouveller
au carnaval suivant le combat des eschasses qui avoit été interompu
pendant 10 ans. Les Melans et les Avresses se concertèrent de faire
chacun de son côté, le plus de brigades qu'ils pouroient. A 3 ½ heures après que toutes les brigades eurent paradé devant la Maison de Ville, et que la cloche-porte eut sonné pour le signal des combats, les 2 capitaines de chaque parti, après s'être donné la main, commencèrent à se battre ; ensuite on se mêla avec beaucoup de courage de part et d'autre ; l'effort du combat se fit entre la maison d'Ancheval et celle de Delbecke, à l'Etoile, à l'entrée de la rue qui va au pont de Sambre. Cependant les Melans devant garder la largeur de la place avec le peu de monde qu'ils avoient, et destitués de souteneurs, et n'ayant personne à pied par derrière, tandis que les Avresses chacun avec leur souteneur et poussés par les gens à pied dont on ne voioit pas la fin, obligèrent les mélans à céder et tout fut fini. Combat du mardi 6, au matin. A onze heures du matin, 25 hommes choisis de part et d'autre vinrent chasser vis-à-vis de la Maison de Ville, pour placer chacun son drapeau à la place d'honneur qui est la droite ; on étoit convenu que chaque homme qui tomberoit ne pourroit plus remonter, ce qui ne fut guerre observé. Enfin on pressa à pied les chasseurs d'une telle sorte qu'ils ne savoient se remuer ; ce ne fut que confusion ; les deux partis s'attribuèrent chacun la victoire ; elle resta indécise, et comme il alloit s'élever quelque émute du côté des Avresses on retira les 2 drapeaux pour ne donner gain de cause ni à l'un ni à l'autre, et on se sépara. Combat du même jour, mardy après-midy. Après la parade faite comme le
dimanche, et la cloche sonnée, les Melans plus prudens que le dimanche
se tinrent au milieu de la place ; ils avoient des souteneurs et des
gens à pied, mais pas la 6ème fois autant qu'avoient les Avresses,
qui remplissoient l'espace depuis la Maison de Ville jusqu'au fond de
la place, si serrés qu'on ne pouvoit davantage. Qui auroit cru, qu'avec
de si grands avantages, les Avresses ne dussent enfoncer les Melans
en moins d'une demie heure. Ces derniers ne présumoient pas de remporter
la victoire à cause de l'inégalité des partis, mais de se défendre avec
courage et de disputer le terrain pied à pied. Enfin le combat s'étant
engagé, on combatit avec animosité de part et d'autres. Mais les Melans,
conduits par 4 prudens conducteurs autrefois bon chasseurs, disputèrent
le terrain pied à pied jusqu'à 5 heures qu'ils furent repoussés jusqu'aux
Balances et au coin de la maison Marneffe, où l'on combatit assez longtemps,
pendant qu'une bonne partie des Avresses restoit vis-à-vis de la Maison
de Ville. Les 4 conducteurs ayant prévu le coup, avoient fait mettre
en réserve 2 ou 3 brigades du côté de la maison Fallon et voyant que
les Avresses étoient fatigués, ces brigades de Melans vinrent comme
des lions, se jettent sur les Avresses, les terrassent tous, avancent
avec une rapidité étonnante jusqu'au corps de la place ; le reste
des Melans montent sur les eschasses, culbutent tout ce qu'ils rencontrent,
ne laissent aucun Avresse monté, s'en vont jusques Lylon, reviennent
par la rue de la Monoye sur la place et lèvent l'échasse devant la Maison
de Ville. Ensuite Colson capitaine des Melans, qui a la tête de sa trouppe
avoit le premier pénétré, vint faire la révérence aus Messieurs du Magistrat
qui louèrent beaucoup sa bravour et le félicitèrent sur la victoire
complette qu'il venoit de remporter, et le lieutemant du sr Mayeur vint
ordonner aux 2 partis de ne plus rien entreprendre. Il étoit soir quant
tout fut fini. Registre de Pierre Lambert HINNE, ms. n°57, fol. 18, de la Société Archéologique de Namur. |