Traduction de l'article

 


Un opérateur radio se fait passer

pour un jardinier sourd et muet

  Un aviateur sauvé par une infirmière belge

Se faisant passer pour un jardinier sourd et muet, en possession d’une fausse carte d’identité et de faux papiers, James Burton, un aviateur opérateur-radio, s’est trouvé en Belgique en territoire Nazis pendant quatre mois sans être repéré.

Ils le croisèrent quotidiennement en rue, ils campèrent sur les terres situées autour de la maison où il était caché, ils l’ont même arrêté pour contrôler sa carte d’identité mais ils ne l’ont jamais suspecté d’être l'un des aviateurs dont l’avion avait été abattu et qu’ils recherchaient.

Grâce à l’une des plus braves femmes qu’il n’ait jamais rencontrées, une infirmière belge, il fut bien soigné, et ce fut un bonheur pour lui, lors de l’avancée rapide des Alliés, de pouvoir reprendre sa réelle identité et de retourner à la maison de sa mère, à River Terrace, Guardridge, où les espoirs de le revoir sain et sauf diminuaient au fur et à mesure que les jours passaient sans avoir de ses nouvelles.

L’aventure de Jim commença lorsque l’avion à bord duquel il était radio opérateur fut abattu alors qu’il revenait de sa 17ème mission de bombardement. Un destin favorable guida son parachute dans les jardins d’une grande maison dont le propriétaire fit preuve de patriotisme en cachant son parachute dès qu’il l'eut repéré.

Aidé immédiatement

« J’étais caché dans des buissons tout proches », expliqua Jim au « People’s Journal », « et je pensais être suffisamment en sécurité pour sortir de ma cachette. Et j’avais raison. L’homme était le chef d’un réseau de résistance, et me donna immédiatement de quoi assuré ma sécurité. Il me donna des vêtements civils, et m’emmena chez un homme qui me prit en photo. Ensuite, on me donna une fausse carte d’identité et des faux papiers de manière à « prouver » que j’étais un citoyen respectable.

Leur mouvement de résistance devait être bien organisé pour agir de la sorte, et je peux vous assurer que je me suis senti très reconnaissant vis-à-vis du vent favorable qui me souffla dans le jardin de cet homme. »

Jim plongea la main dans la poche de l’uniforme américain auquel il avait pu retourner lorsqu’il put retirer ses vêtements de jardinier en toute sécurité. Il en sortit sa fausse carte d’identité qu’il avait gardée en souvenir.

Celle-ci indiquait qu’il s’appelait Theodore Frix, qu’il était jardinier de profession, et qu’il était sourd et muet. Une photographie pas plus grande qu’un timbre-poste y était attachée.

« Se faire passer pour sourd et muet était effectivement essentiel » disait-il.

« Si j’avais ouvert la bouche, j’aurais directement été démasqué. Mais ce n’est pas facile de jouer ce rôle. Essayez seulement ».

« Si quelqu’un avait eu l’idée de me poser une question en anglais, je me serais trahi moi-même. Mais comme personne ne parlait une langue que je comprenais, et comme je n’avais aucune envie de parler, cela facilitait les choses, et je pris vite suffisamment confiance en moi pour m’aventurer à Bruxelles. »

Parmi les Allemands

« Je suis resté là pendant trois semaines, façonnant mon comportement sur celui des Belges. Je me suis rendu compte qu’il m’aurait été fatal d’éviter les Allemands.

Cela aurait pu être remarqué et conduire à des questions embarrassantes.

Ainsi, je passais à côté d’eux comme si de rien n’était, mais j’avais constamment la gorge nouée. Peut-être que si j’avais essayé de parler, je n’en aurais pas été capable !

Mais un jour, je me suis aventuré trop loin. Je me suis dirigé directement vers un des contrôles habituels de cartes d’identité avant de me rendre compte qu’il était opérationnel. Faire demi-tour aurait été un désastre, ainsi, je décidai d’y faire face, et cela m’a pris un certain temps pour ne pas montrer mon soulagement après que ma carte me fut remise sans que l’on ne me pose de question.

Plus tard, bien en dehors de la capitale, j’ai dû aller me cacher car il aurait été dangereux de sortir en rue. Les Allemands attrapaient toutes les personnes en bonne santé qu’ils voyaient pour les envoyer travailler en Allemagne.

La femme qui m’a hébergé, une infirmière, était une des plus braves personnes que j’ai rencontrées.

Elle était bien consciente des risques qu’elle prenait.

Sa mère et son père avaient été envoyés dans un camp de concentration pour avoir aidé un soldat britannique en 1940. Elle ne sait toujours pas à présent ce qui leur est arrivé, mais devant l’incertitude de leur destin, qui l’angoissait, elle ne se découragea pas de donner refuge à quiconque était pourchassé par les Nazis.

Lorsque je suis arrivé dans la maison, il y avait déjà son frère, un membre des forces belges qui s’était échappé d’Allemagne, un Canadien et un Américain qui étaient cachés là.

Un mur avait été construit spécialement dans la cave et nous nous cachions derrière celui-ci lorsque des visiteurs indésirables arrivaient.

Parmi les Nazis qui étaient en route pour Falaise, certains campèrent un moment dans le verger mais grâce à l’infirmière, nous n’étions pas trop inquiets. 

« Elle ne devait pas le dire deux fois aux Allemands. Quand ils venaient à côté de la maison pour cueillir des prunes, elle avait l’habitude de sortir et de leur dire de quitter les lieux. Et ils obtempéraient. Je ne l’oublierai jamais. Elle était magnifique. »

« Nous sommes restés cachés jusqu’à la libération de la ville ou du moins jusqu’à ce que nous croyions qu’elle avait été libérée. Mais lorsque nous sommes sortis pour faire la fête, nous nous sommes rendu compte que nous avions été un peu trop vite.

Les forces alliées avaient libéré les alentours de la ville et les Allemands étaient toujours présents. Un tank Tiger arriva et mit fin aux réjouissances en tuant six policiers de sang froid et en les mutilant par la suite de manière à ce qu’ils ne puissent être reconnus.

Mais peu de temps après, ils étaient en fuite, et cela faisait plaisir de les voir partir.

Certains enjambaient des vélos qui n’avaient ni pneus ni chambres à air, certains conduisaient de vieilles charrettes délabrées. Mais la plupart d’entre eux étaient à pied, et nous nous amusions de voir que ceux qui étaient dans les charrettes étaient tellement pressés de sauver leur propre peau qu’ils ne se préoccupaient pas d’emmener ceux qui étaient à pied ».

Jim qui a maintenant 21 ans et qui travaillait dans une usine à papier avant d’être appelé sous les drapeaux, disait que la joie des Belges qui avaient été libérés était terrible, leur patriotisme était extraordinaire et leur haine des Nazis était intense.

« Le frère de l’infirmière qui m’a hébergé attrapa un fusil dès que la ville fut libérée et il reprit le combat » disait-il, « et son état d’esprit était typiquement le même que celui de tous les autres que j’ai rencontrés. Ils auraient pris tous les risques pour s’opposer aux Nazis, et j’ai le regret de devoir vous dire que beaucoup d’entre eux payèrent leur patriotisme de leurs vies.

Un avocat qui voulait essayer de me conduire en Normandie en me faisant passer pour un travailleur allemand fut abattu le jour après m’avoir interviewé.

Ils représentent incontestablement un peuple magnifique. »

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