Après le passéiste et à moitié
convaincant Bloodflowers (sorte de palipseste de Disintegration)
et la liquidation du fonds de commerce via la très riche compilation Join
the dots, on n'attendait plus grand-chose
de The Cure. Même si c'est des géants des années '80 celui qui a
le mieux survécu (une pensée émue pour U2,
Depeche mode et Simple minds, RIP...), on avait
fait son deuil de la bande à Robert Smith. Et puis la nouvelle a
éclaté : ils étaient en studio avec Ross Robinson, le producteur
de Korn,
Limp Bizkit, Sepultura et autres Slipknot. Alors quoi?
Ils allaient faire un album métal 'djeûns', comme un Japanese
Whispers de sinistre mémoire avait marqué un virage pop qui
est rentré dans le décor?
Et bien non,
on a bien une rage palpable sur le morceau d'introduction (Lost et
son entêtant 'I can't find myself') mais c'est du
Cure pur jus. Pas une addition de gimmicks qui consisterait à 'faire
du Cure' en roue libre, non, un vrai bon album. Donc avec de bonnes
chansons dedans et un esprit général. Car si on excepte le single
The end of the world et le pop (I
don't know what's going) on, on
retrouve une ambiance plombée, portée par un batteur en grande forme
(Never) et des guitares gardant le son reconnaissable entre tous
malgré les wah-wah en liberté (Lost, The
promise). Même
les titres pouvant faire de prime abord penser à l'opus précédent (Us
or them) sont transfigurés par la voix de Robert Smith qui n'a que
rarement chanté de la sorte, comme si sa vie en dépendait.
Les gens ont-ls encore besoin ou envie de Cure en 2004? Oui, je le
pense, et ce ne sont pas seulement les corbeaux d'il y a 20 ans reconvertis
en publicitaires qui pourront aborder cet album.
En effet, The Cure
est un filtre, jamais suiveur mais pouvant restituer l'esptrit d'un
moment à travers le prisme d'un son et d'une voix (la plus reconnaissable
du rock). Eux seuls connaissent le secret, eux seuls peuvent donner
au superbe morceau final (The promise) cette intensité, ces guitares
entrlacées, maltraîtées.
Si l'auto-citation est parfois présente (on croit reconnaitre l'intro
de In your house sur Alt.end), on a dans les oreilles un album de 2004
qui ne cherche pas les démons du passé. Robert Smith a compris qu'il
ne refera pas Pornography ou
Disintegration et, de notre côté, on ne les attend plus non
plus. Robert Smith et son équipe nous aident à grandir en nous inscrivant
à la fois dans notre passé et notre présent. Le temps est seul juge,
mais en ce jour du mois d'août 2004, je pense qu'on tient le Wish des
années 2000. (M.)