Sophia a
gravé deux albums dans le marbre qui constituent pour beaucoup
une réserve, un havre pour déprimes noires. Petits
bijoux de sentiments humains, forts et tristes à la fois.
On attendait depuis pas mal de temps la nouvelle livraison, en espérant
secrètement que
l'intensité soit toujours là.
Le voilà donc, et le premier titre, plus
'pop' qu'à l'habitude, nous rassure. Les deux titres suivants sont plus
usuels pour les habitués de Sophia. La relative lenteur de Desert
song #2 est trompeuse, insidieusement, les violons sont font
plus pressants et c'est l'explosion, le déferlement de guitares.
Oh, pas de soli virtuoses, juste une montée noisy en diable,
une envie de refaire vrombir, quelques années après
The God machine, de la distorsion sans honte aucune. On dirait du
bon Ride.
On avait déjà deux albums (qu'il faut couter absolument
pour savoir que dépouillement n'égale pas pauvreté)
qui parfois lassaient en écoute répétitive pour
le ton parfois geignard de Robin Proper-Sheppard. On retrouve
une oeuvre variée
avec If
A Change Is Gonna Come... qui n'est pas dans les habitudes de
la maison mais convainc sans coup férir. De même Holidays
are nice est
une bien agréable respiration.
Mais l'essentiel du propos n'est pas là. Ce court album est
d'ores et déjà digne de rester, et une grosse série
d'écoutes me confortent
dans cette opinion : ce n'est pas un kleenex musical, la qualité
est bien trop grande. Le
sens mélodique et des arrangements qui sautent à la
glotte comme jamais quand la voix est dédoublée sont
particulièrement
flagrants sur I left you par exemple. Une réussite
donc. 2004 en compte donc déjà une (M.)