Espace temps : la quatrième dimension.
Des frères jumeaux dont lun vieillit plus rapidement que lautre, des vaisseaux spatiaux dont la longueur diminue lorsquils vont très vite Surprenant, non ? La fantaisie devient pourtant réalité lorsque lon se penche sur la théorie de lespace-temps.
« Hyperespace », « distorsions spatio-temporelles », quatrième dimension » , ces mots au parfum de mystère prolifèrent dans les uvres de science-fiction. Peut-être ne les avez-vous pas vraiment pris au sérieux ! Pourtant, ces concepts sont issus de lune des plus importantes découvertes scientifiques jamais faites, qui remonte à 1905. Cette année-là, à coup dintuitions géniales et de vérifications mathématiques, un très jeune théoricien nommé Albert Einstein jette un énorme pavé dans la mare de la physique. Il montre que nos concepts physiques les plus fondamentaux, lespace et le temps, tels que nous les percevons, ne sont que des apparences !
Labsolu et le relatif.
Au début du siècle, lespace est considéré comme le contenant immatériel de la matière. Il est identique à lui même dun bout à lautre du cosmos, de sorte quune corde dun mètre de long à paris mesure toujours un mètre de long si on la transporte au fin fond de lUnivers : lespace est considéré comme un invariant absolu. Autre caractéristique essentielle : lespace possède trois dimensions, cest-à-dire que, mathématiquement, un objet localisé dans lespace à laide de trois nombres (hauteur, largeur, profondeur).
Et le temps ? Il est fait dinstants qui se succèdent, chacun deux correspondant à un état précis de lUnivers. Il na quune dimension, puisquil suffit dun nombre et dun seul pour exprimer la durée dun événement, vingt minutes, par exemple, pour la lecture de cet article. Et rien ne peut altérer son cours immuable : tous comme les distances, les durées restent constantes. Ainsi un événement qui dure vingt minutes à Paris dure également vingt minutes que lhorloge se trouve à New York, Tombouctou ou nimporte où ailleurs dans le cosmos, quon sinstalle dans un train, un avion ou sur la station Mir, quil soit midi ou 14 heures. Le temps ne se laisse pas influencer par lespace et vice versa : pris de séparément, ce sont tous les deux des invariants absolus.
Mais lorsquon combine ces deux entités, cest-à-dire lorsque lon calcule des vitesses (distance parcourue divisée par le temps mis pour la parcourir), tout change. Les vitesses sont relatives, cest-à-dire que leur mesure dépend des circonstances de lexpérience. Elles diffèrent selon les observateurs. Prenons lexemple dun T.G.V. qui file à 200km/h par rapport à un observateur immobile au bord de la voie. Le T.G.V. sera immobile (0km/h) par rapport à un passager dun second train se déplacent parallèlement au premier à la même vitesse. Et il semblera même aller à 500km/h pour le passager dun train arrivant en sens inverse à 300km/h (500km/h=300km/h + 200km/h). Bref, les vitesses sont relatives, mais les durées et les mesures de longueur sont absolues.
Le mur de la lumière.
Cest, du moins ce que croyaient les physiciens Jusquà ce quen 1889, Albert Michelson, un physicien américain, entreprenne de mesurer avec une très grande précision la vitesse de la lumière. Quelle ne fut pas sa surprise de trouver toujours le même résultat, c (symbole de la vitesse de la lumière) = 300 000 kilomètres par seconde, quelle que soit la façon dont il sy prenait pour effectuer la mesure. En principe, il aurait du trouver une vitesse moindre lorsque le faisceau lumineux quil étudiait était émis dans le sens de la révolution de la Terre autour du Soleil, que lorsquil lui parvenait dans le sens inverse. Mais non : tout se passait comme si la vitesse dun train était de 200 km/h selon une personne immobile près des rails, mais également pour le passager dun autre T.G.V. allant à la même vitesse sur un rail parallèle. « Impossible ! Aberrant ! », se moquèrent les physiciens de lépoque.
Doté dune grande indépendance desprit et dune intuition lumineuse, Einstein a pris à l'inverse ce résultat très au sérieux. Pour expliquer ce phénomène contraire à la physique, pourquoi ne pas envisager la nécessité de changer la physique elle-même, cest à dire notre façon de comprendre les événements de lUnivers ? Plutôt que de considérer nulle et non avenue lidée dune vitesse de la lumière invariante, il a cherché à en tirer toutes les conséquences en se livrant à des « expériences de pensée ». Imaginons un vaisseau spatial se déplaçant à 50% de la vitesse de la lumière par rapport à la Terre. Un passager tente de mesurer la vitesse dun faisceau lumineux se déplaçant parallèlement à lui, dans la même direction. En principe, étant donné sa propre vitesse, il devrait la trouver égale à 50% de c seulement. Mais si lon croit lexpérience de Michelson, il la trouvera égale à c.
Einstein ne sarrête pas là et continue son « travail de sape » : certaines expériences de pensée lui imposent de sattaquer aux deux concepts fondateurs de toute la physique, lespace et le temps, que lon combine lorsquon calcule une vitesse. Vous êtes sur terre et observez un vaisseau spatial distant, immobile par rapport à vous. Le commandant allume alors le phare de son vaisseau. Jusquici, pas de problème : pour vous, le faisceau lumineux avance de 300 000 km chaque seconde. Le commandant décide maintenant de propulser son vaisseau devant vous, de la gauche vers la droite, à la moitié de c et rallume le phare. Quelle est la longueur du faisceau au bout dune seconde, selon lobservateur terrestre ? Un physicien classique calculerait : 300 000 km + 150 000 km = 450 000 km. Mais non, rétorque Einstein, le faisceau apparaît identique (300 000 km, quelle que soit la vitesse du vaisseau à cause de linvariance de la vitesse de la lumière. Et pour lexpliquer, il faut en conclure que l'espace nest pas un invariant absolu, il a varié dans le sens dun rétrécissement. Le vaisseau, ses occupants, tous les objets quil contient, y compris lair, et ceux quil projette vers lextérieur (un faisceau lumineux par exemple) sont comprimés dans le sens de leur déplacement lorsque leur mouvement est très rapide. Le génial savant calcule quun mètre étalon embarqué dans lengin spatial ne mesure plus 85 cm aux yeux dun observateur immobile (soit 15% plus court). Cet effet est appelé contraction des longueurs.
La dilatation du temps
Quelles sont les conséquences sur le temps dun tel phénomène ? Puisque c = d/t (avec d pour la distance et t pour le temps), si d diminue de 15%, il faut que t augmente dans les mêmes proportions. Une seconde pour les passagers du vaisseau dure donc 1,15 seconde pour lobservateur resté sur Terre (beaucoup plus si le vaisseau est encore plus rapide). Ce dernier voit le horloges de bord tourner au ralenti. Le capitaine de lengin ultrarapide regarde, au contraire, les horloges extérieures battre à toute allure et lorsque le vaisseau finit par retourner sur Terre, les observateurs peuvent sapercevoir avec étonnement que le capitaine et tout son équipage paraissent beaucoup plus jeunes queux mêmes !
Ce phénomène dit de dilatation du temps se produit réellement. Il a été vérifié dans les années 60 en synchronisant deux horloges atomiques extrêmement précises, puis en embarquant lune delles à bord dun avion de la Nasa se déplaçant à grande vitesse. Revenue sur Terre, lhorloge voyageuses retardait dune fraction de seconde par rapport à lhorloge restée sur le plancher des vaches (heureusement, tous ces phénomènes relativistes ne se manifestent pas dans la vie courante car ils ne deviennent effectivement mesurables quà de très hautes vitesses relatives).
Lespace et le temps.
Pourquoi lespace et le temps varient-ils donc avec la vitesse de déplacement ? Pour résoudre ce mystère, il faut accepter de réviser ces concepts pourtant bien ancrés dans nos consciences, et envisager lexistence dune réalité que lhomme, si lent dans ses déplacements, ne peut percevoir directement. Cest seulement à ce prix que lon peut comprendre les phénomènes paradoxaux prédits par Einstein. Voici 2500 ans, Platon avait déjà pressenti que si lhomme raisonne dans des conditions où sa perception est limitée en dimensions, la compréhensions profonde des phénomènes lui échappe. Platon prend lexemple de prisonniers enchaînés depuis leur naissance dans une caverne de telle façon quils ne puissent pas bouger, ni même tourner la tète : ils ne voient que la paroi de la grotte située devant eux. Sy agitent des ombres diverses (à deux dimensions, 2D) qui sont leur « réalité ». Ils ignorent totalement que ces ombres sont produites par des objets tridimensionnels que des hommes libres font aller et venir dans leur dos, devant un feu. Ce mythe montre que des phénomènes jugés incompréhensibles par des créatures nayant accès quà un monde à n dimensions leur deviennent lumineux si elles réalisent quelles sont plongés dans un monde à n+1 dimensions. Pour décrire lessence des phénomènes "einsteiniens" qui nous échappe, Hermann Minkowski, travaillant avec Albert Einstein, dont il avait été professeur, jeta aux orties en 1908 notre conception tridimensionnelle de lespace séparé du temps. Il imagina un cadre mathématique à 4 dimensions géométriques au sein duquel espace et temps sont confondus et dans lequel notre monde est plongé : cest lespace-temps (le temps devenant une dimension à part entière, à coté de celles de lespace, la quatrième dimension).
Tout comme les esclaves de Platon sont incapables de concevoir un cylindre ou une sphère, puisquils nont accès quà des projections de ces objets, notre conscience dhumains ne peut percevoir aucun objet quadri-dimensionnelle en tant que tel. Elle nous donne cependant accès à deux aspects de chaque objet 4D : dune part, sa projection sur laxe du temps, que nous appelons durée, et, dautre part, sa projection sur lespace tridimensionnel ordinaire, que nous identifions à la forme (3D) de lobjet. En fait, le vaisseau ultrarapide d'Einstein ne réduit pas vraiment de taille : nous avons seulement limpression que les choses se passent ainsi parce que nous navons accès quà une projection en 3D de cet objet.
Une théorie « trop belle pour être fausse ».
Dans les années qui suivirent, le nouveau concept despace temps se révéla encore plus riche que quiconque pouvait limaginer. En 1913, Einstein put grâce à lui fonder une nouvelle théorie de la gravitation générale. Le chercheur découvrit que les corps massifs, tels que la Terre, le Soleil et les autres étoiles agissent sur ce cadre spatio-temporel (qui les contient). Du fait de leur masse, ils le déforment, le distordent, le courbent localement, tout comme des boules plus ou moins lourdes posées sur le filet de sécurité des trapézistes (attention, ceci nest quune métaphore, le filet na que deux dimensions, lespace-temps en possède quatre). Envoyons une bille à la surface du filet. Tant que celui-ci est plat, la bille roule à vitesse constante, mais, dès quelle atteint lune des déformations creusées par un objet massif, elle est obligée de suivre la courbure en accélérant, et tombe dans le creux. Plus la boule est massive, plus le creux est profond, plus la bille accélère.
Des mirages gravitationnels par dizaines.
Une fois sa théorie publiée, Einstein fut confronté à lhostilité de ses confrères, mais il rétorqua que son hypothèse était « trop belle pour être fausse ». Lavenir lui donna raison : en 1919, lors dune éclipse de Soleil, des chercheurs mesurèrent effectivement que cet astre dévie les rayons lumineux émis par une étoile lointaine : la masse dune étoile courbe donc bien lespace temps ! Cest le triomphe. La nouvelle théorie est baptisée théorie de la relativité générale, par opposition à la théorie de la relativité restreinte de 1905 qui ne concerne que les mouvements à vitesse constante. Elle n'a jamais été démentie, au contraire. Des dizaines de mirages gravitationnels, dus à la déviation de la lumière par des corps célestes, ont été découverts ces dernières années. Des expériences ont bel et bien montré quune horloge atomique ultra précise, placée au sommet dun gratte-ciel, bat légèrement plus vite quune horloge identique laissée au niveau du sol, là où la gravitation est plus forte et donc la déformation spatio-temporelle légèrement plus marquée quen altitude. A lheure actuelle, quils étudient des particules relativistes ou des trous noirs, quils expédient des sondes à lautre bout du système solaire ou des satellites de télécommunication en orbite autour de la Terre, les physiciens ne peuvent absolument plus se passer des deux théories "einsteiniennes" de lespace-temps.
L'intuition géniale d'Einstein ; les relations entre la masse et l'énergie, entre l'espace et le temps. Preuves de la relativité générale. La gravité existe-t-elle sous forme d'ondes ? Perspective : les objets peuvent-ils se déplacer plus vite que la lumière ?
Alors que dans la vie de tous les jours les notions newtoniennes d'espace, de temps et de gravité sont parfaitement adaptées, les idées qu'impliquent les Théories de la Relativité restreinte et générale sont nécessaires pour expliquer certains phénomènes "exotiques", comme le comportement des particules ou des corps ayant une vitesse proche de celle de la lumière, les champs gravitationnels intenses près des trous noirs ou des étoiles à neutrons, et la structure à grande échelle de l'Univers.La théorie de la relativité restreinte repose sur deux idées fondamentales : 1) les expériences faites en laboratoire sont indépendantes de la vitesse de déplacement de celui-ci, à condition que la vitesse considérée soit constante ; 2) la vitesse de la lumière est constante, quelle que soit la vitesse de la source lumineuse par rapport à l'observateur. Cette idée semble au premier abord absurde. En effet, si deux voitures roulant à 100 km/h dans des directions opposées se heurtent de front, la vitesse de l'impact sera de 200km/h. Mais si un observateur s'approche d'une source lumineuse à 150 000 km/s, et que la lumière est émise à 300 000 km/s (la vitesse de la lumière), l'observateur mesurera pour cette vitesse la valeur de 300 000 km/s et non 450 000 km/s.
Un certain nombre de conséquences découle de ces postulats, en particulier les phénomènes d'augmentation de la masse, de contraction des longueurs et de dilatation des durées. Lorsque la vitesse d'un corps se rapproche de celle de la lumière, sa masse augmente, sa longueur diminue, et le temps lié à l'observateur, mesuré par n'importe quelle horloge (naturelle et artificielle), passe moins vite que le temps mesuré avec l'horloge d'un observateur stationnaire. Aucun corps ne peut atteindre la vitesse de la lumière, sans quoi sa masse deviendrait infinie ; aucune énergie ne peut accélérer un corps à la vitesse de la lumière. L'augmentation de la masse et le ralentissement du temps ont été confirmés par de nombreuses expériences.
Une conséquence supplémentaire de cette théorie est l'équivalence entre masse et énergie. La masse (m) peut être convertie en énergie (E), ou l'énergie en masse, selon la relation E = mc², où c est la vitesse de la lumière. Puisque c est un nombre élevé, une grande quantité d'énergie peut être dégagé par la destruction d'une quantité infime de matière. Cette relation permet de comprendre pourquoi les étoiles brillent ; elle explique aussi la nature des événements qui se sont produits pendant les premières secondes de la vie de l'Univers.
Dans la vie quotidienne, nous considérons que l'espace a trois dimensions, et que le temps est une quantité indépendante, s'écoulant de la même manière quelle que soit notre position ou notre vitesse. La relativité introduit le concept d'espace-temps à quatre dimensions : les trois dimensions de l'espace et celle du temps sont alors intimement liées, si bien que, par exemple, le mouvement d'un observateur influence sa perception de l'espace (mesure des distances ou des durées) et du temps.
La Relativité générale est une théorie de la gravitation en accord avec les principes de la Relativité. la gravitation est dans ce cas considérée non comme une force agissant directement sur les corps dans le vide (concept de Newton), mais comme une force due au fait que l'espace lui-même est courbé par la présence de matière. On peut par analogie considérer l'espace comme une surface élastique plane. En l'absence de corps massifs, les particules ont sur cette surface élastique, celle ci va être déformée, et une particule en mouvement sur une surface aura une trajectoire courbe.
D'après la Relativité générale, la matière a pour effet une distorsion de l'espace qui implique que les particules et même les rayons lumineux suivent des trajectoires courbes. C'est ainsi que les planètes, sur leurs orbites autour du Soleil, parcourent des trajectoires dans l'espace courbé par le Soleil. Comme l'a remarqué le Professeur Archibald Wheeler : " La matière dit à l'espace comment se courber, et l'espace dit à la matière comment se déplacer." Bien que cette manière de considérer la gravité puisse sembler quelque peu ésotérique, il existe certains phénomènes que seule la théorie d'Einstein (qui dans la plupart des cas se confond avec la théorie de Newton) peut expliquer.
La Relativité générale a été vérifié par de nombreuses expériences et observations, dont l'une des plus célèbres est la courbure des rayons lumineux passant près du bord du Soleil. La déflexion est faible (environ 1,75 seconde d'arc) mais mesurable. la courbure des rayons lumineux par la gravité permet à tout objet massif d'agir comme une lentille. Si l'alignement est exact, la lentille formera une image focalisée d'un objet lointain. Si l'alignement n'est pas tout à fait exact, les rayons lumineux d'un objet éloigné sphérique passant près d'une telle lentille gravitationnelle produiront deux images en forme de croissant. Ce phénomène est observé, par exemple, dans le cas du quasar double (0957 + 561, A.B) qui est interprété comme un quasar unique dont l'image est dédoublée par une galaxie plus proche, qui joue le rôle de lentille gravitationnelle.