Le coelacanthe



Ses origines préhistoriques :

Il y a 385 millions d'années, il n'y avait que des poissons. Mais il y a 365 millions d'années, les terres étaient couvertes de tétrapodes, les ancêtres des amphibiens, des reptiles, des oiseaux et des mammifères actuels. Que s'est-il passé entre les deux dates? Quelles ont été les première créatures à sortir de l'eau? Faute de fossiles de cette époque, les chercheurs en étaient réduits aux hypothèses. Or, voilà qu'on apprend qu'un fossile mi-poisson, mi-tétrapode a été retrouvé il y a un demi-siècle et que pour des raisons politiques, personne n'en a rien su! L'animal en question se nomme Livonia multidentata. On le connaît à travers deux mâchoires fossilisées, toutes deux trouvées dans les pays baltes, l'une en 1953, l'autre en 1964. Caractéristiques de ces mâchoires de la taille d'un pouce? D'abord, elles comportent cinq rangées de dents tranchantes comme des rasoirs. Ensuite, leur forme les place exactement à mi-chemin entre les poissons les plus évolués et les tétrapodes. Le Livonia, croit-on, ressemblait à un petit crocodile avec des branchies et une queue de poisson et des membres tenant à la fois de la patte et de la nageoire. Mais il n'est pas le seul tétrapode à être découvert,il existe un autre fossile nommé le coelacanthe, le coelacanthe (Latimeria chalumnae) est un poisson assez primitif que l'on croyait disparu depuis 80 millions d'années jusqu'à ce que le destin en décide autrement…

Découvertes capitales pour le monde de la science :

En 1938, Marjorie Courtenay Latimer était conservateur d'un petit musée dans la ville portuaire de East London, au nord-est de Cape Town, en Afrique du Sud. Elle s'était liée d'amitié avec un marin du coin, le capitaine Hendrick Goosen, qui pêchait dans les eaux côtières de l'Océan Indien. Lorsqu'il revenait à terre, il invitait souvent Marjorie à jeter un coup d'oeil aux spécimens particuliers qu'elle pourrait vouloir pour son musée. Le 23 décembre 1938, rentrant au port après avoir pêché près de l'estuaire de la rivière Chalumna, le capitaine appella Marjorie. Elle découvrit alors quelque chose qu'elle décrivit ensuite comme 'le plus beau poisson qu'elle avait jamais vu, long d'un mètre cinquante, et d'un bleu iridescent tacheté d'argent'. Marjorie n'avait aucune idée de ce que ce poisson pouvait être, mais elle savait qu'elle devait le ramener au musée. Après avoir parcouru quelques livres de références, elle trouva une image qui la conduisit à une conclusion qui paraissait impossible. Son spécimen partageait de nombreuses similitudes avec un poisson préhistorique. Elle prit alors une esquisse du poisson qu'elle envoya au professeur J.L.B. Smith, un éminent ichtyologue sud-africain. Smith vint rapidement et voyant le spécimen s'exclama : "J'ai toujours su que d'une façon ou d'une autre un tel poisson primitif devait apparaître quelque part." Smith identifia immédiatement le poisson comme un coelacanthe. Le poisson devint rapidement 'la plus importante découverte zoologique du siècle". Un dinosaure vivant, disait-on alors, ne serait pas plus fantastique que cette incroyable découverte. Il offrit une récompense de 100 livres pour un autre spécimen, mais ses efforts ne furent couronnés de succès qu'en 1952, lorsqu'un second coelacanthe fut pris à proximité de l'île d'Anjouan dans l'archipel des Comores. Comme il n'y avait pas de vols commerciaux verts les Comores, il utilisa un Dakota de l'armée sud-africaine pour ramener le poisson. Un nombre de plus en plus important de poissons furent pris jusque dans les années 80 et envoyés à des aquariums et à des musées pour les étudier. Les scientifiques se rendirent cependant compte que par leur course pour obtenir des spécimens à étudier, ils mettaient l'espèce en danger.

Qu'en est-il de ce poisson de nos jours ?

En juin 1998, au cours de leur voyage de noce, deux jeunes mariés, Mark et Arnaz Mehta Erdmann et leurs amis visitaient un marché à poisson en Indonésie, lorsqu'ils remarquèrent un étrange poisson d'un peu plus d'un mètre de long. Mark, qui est chercheur en biologie marine à l'université Berkeley de Californie reconnut immédiatement un coelacanthe. Ayant laissé passer l'opportunité de l'acquérir, il retourna l'année suivante aux Sulawezi à la recherche d'un autre spécimen, qui aurait ainsi prouvé qu'il existe une autre population de coelacanthe que celle découverte soixante ans plus tôt aux Comores. En discutant avec les pêcheurs des Sulawezi et en leur montrant des photographies, il rencontrat deux hommes qui lui dirent qu'il capturaient parfois accidentellement un poisson qu'il appellaient 'Raja laut', le Roi de la mer. Le 30 juillet 1998, un pêcheur captura accidentellement un autre spécimen vivant près de l'île Menadotua dans l'archipel des Célèbes en Indonésie et appella le scientifique. Malgré toutes les tentatives pour le maintenir en vie, ce second coelacanthe indonésien mourrut quelques heures plus tard, mais la preuve était faite qu'une seconde population de coelacanthes existait bel et bien en Indonésie, à 9000 km de la seule population connue jusque là.



La nouvelle bien entendu ravi les scientifiques, mais les a également fort surpris les a forcés à repenser l'histoire de l'évolution de cette espèce. Bien que les études ont montré que le coelacanthe peut parfois se déplacer de plusieurs dizaines de kilomètres pour aller d'une grotte à une autre, c'est un poisson semi-sédentaire. Il est hautement improbable que l'espèce des Comores ait pu parcourir presque 10000 km, pour aboutir sur les côtes indonésiennes ou vice-versa. cette observation, aisi qu'une analyse détaillée des caractéristiques physiques de l'animal et une étude poussée de son ADN ont révélé que le coelacanthe découvert en Indonésie, bien que très proche de Latimeria chalumnae, le coelacanthe des Comores, est bien en fait une espèce distincte, que l'on a appelé Latimeria menadoensis, du nom de l'île près de laquelle il fut découvert. Les recherches, publiées dans les Comptes rendus de l'Académie des Sciences, indiquent que les deux espèces se sont distinguées il y a environ 1,5 million d'années, ce qui n'est pas très vieux, au vu de la longue histoire des coelacanthes qui débute au Dévonien, à une époque où les poissons étaient probablement les seuls vertébrés. Le coelacanthe indonésien a été découvert dans une région où l'on a observé une activité volcanique récente. C'est un environnement assez semblable à celui où vit l'espèce comorienne. Il semble que comme son confère comorien, le coelacanthe indonésien affectionne particulièrement les crevasses dans la lave, qui lui offrent des cachettes idéales pendant la journée.


En janvier 2000,selon la revue Nature, les deux poissons bleus avec des marques blanches ont été retrouvés par 155 mètres de fond, dans une grotte située sur les flancs volcaniques de l'île de Manado Tua. Il aura fallu plus d'une trentaine de plongées dans un petit sous-marin pour les retrouver.


Chose surprenante, le secteur n'est pas très favorable aux cœlacanthes. Ceux-ci affectionnent les eaux calmes, avec de nombreuses grottes sous-marines où ils peuvent se cacher. Or, les flancs de Manado Tua compte peu de grottes et sont exposés à de forts courants marins. Conclusion : les deux poissons sont sans doute des individus égarés, qui proviennent d'une population plus importante situées ailleurs. Où? On n'en sait rien. Anatomie du coelacanthe :



Descendons-nous des tétrapodes ?

Après la découverte du premier cœlacanthe, certains le surnommèrent 'old four legs' (= 'vieux quatre pattes'), du fait de ses étranges nageoires. Pourtant, ce surnom est totalement inadéquat. Certaine personnes ont émis l'hypothèse selon laquelle le cœlacanthe serait notre ancêtre. En fait, le cœlacanthe n'est pas directement lié aux mammifères ou aux tétrapodes , même si les mouvements de ses nageoires (avant-gauche et arrière-droite ensemble et vice et versa) rappellent ces derniers . Il n'est pas la chaînon manquant, l'ancêtre des mammifères et des êtres humains. Cependant, il est le seul survivant appartenant aux crossoptérygiens, groupe zoologique très ancien dans lequel est probablement apparu le premier des tétrapodes terrestres. Certains scientifiques le qualifient d'expérience très réussie de la Nature, puisqu'on trouve partout, en grand nombre, des fossiles de cœlacanthes .

*tétrapode : vertébrés marins ou terrestres dont le squelette comporte deux paires de membres, apparents ou atrophiés, témoignant dans l'évolution d'une adaptation primitive à la marche, tels les amphibiens, les reptiles, les oiseaux et les mammifères.

Un survivant fossile mais menacé de disparaître…à tout jamais !

Le cœlacanthe n'est pas le seul fossile vivant que l'on connaisse, mais l'aura de mystère qui l'entoure fait que l'homme demeure intrigué et passionné par ce curieux animal. Pourtant, il fait l'objet d'un trafic : chaque année, une dizaine de ces poissons est pêchée, volontairement ou accidentellement, ce qui s'avère être une réelle catastrophe pour la population adulte, estimée à 150 individus...


Par Dragon_Duff

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Consultation pour cet article depuis septembre 2003