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« Emile Verhaeren
et Stéphane Mallarmé, deux amitiés
indéfectibles »
Emile Verhaeren. Ph. Ch. Bernier.
Emile Verhaeren.
Stéphane Mallarmé par
Dornac.
Stéphane Mallarmé
« Georges Rodenbach
et La vie parisienne, à partir de
1888 »
Georges Rodenbach décoré de
la légion d'honneur (1894) M. Rodenbach était pour moi un
objet de sympathie, d'admiration extrêmement
vive. Marcel Proust.
M. Rodenbach, pour moi, c'est presque le seul
poète, oui, le seul poète vraiment original
d'à présent. Il est parvenu à rendre ce
que beaucoup ressentent, mais n'expriment point :
l'âme des choses L'âme plutôt triste,
dolente. C'est l'atmosphère de ses chambres, des
meubles anciens, des étoffes fanées, la vie,
l'intimité de la maison qui nous aime, captée
comme au reflet des miroirs. Il y a ensuite ses villes
flamandes, avec toute la poésie de leur catholicisme
du Nord; Bruges, qu'il a décrite, dont il a rendu
l'impression poignante de désuétude. J'y ai
séjourné. On subit forcément
l'impression du milieu; mais traduire cela, c'est
l'insaisissable. Rodenbach y est arrivé; c'est
là qu'il est personnel; c'est par l'expression du
vague, de l'ambiance, de l'âme des choses. Edmond de Goncourt
Georges Rodenbach par Nadar.
De la gaîté douce, du comique léger,
de la parole joliment malicieuse et de l'entrain
communicatif, qui fait tout le monde causant autour de lui :
ce sont les qualités de la conversation de Rodenbach.
[...] Journal des Goncourt, Robert Laffont.
Rodenbach passe à des anecdotes sur Rops et
raconte qu'en Belgique, un mari, fait un certain nombre de
fois cocu, avait tué sa femme, à la suite de
quoi un tas de correspondances amoureuses avaient
été produites par le défenseur du mari.
Parmi ces correspondances, une des plus vives était
signées : Féli. Or ce Féli,
c'était Félicien Rops, et l'avocat si bien
exploita le sadisme des lettres de l'infâme
Féli que son client fut seulement condamné
à dix ans de prison. Et l'avocat avait mis une telle
notoriété mauvaise autour du nom du signataire
des lettres que Rops quitta Paris, se rendit à
Bruxelles, annonça à Picard qu'il venait avec
l'intention d'envoyer des témoins à la
canaille d'avocat. Mais le soir, il alla au spectacle,
apprit là que l' avocat était une fine lame,
rentra chez Picard, en disant : « Demain, je
repars pour Paris...! je me suis assez
montré.». Journal des Goncourt, Robert Laffont.
Georges Rodenbach en dandy.
Il attribue à l'isolement qu'on ressent à
Paris, le développement des facultés d'un
artiste. Là seulement on est vraiment seul au milieu
de cette grande foule. Là on s'entend vibrer, on
écoute son âme. Il a éprouvé, lui
aussi, après y avoir été comme avocat,
cette profonde attirance et la nostalgie de la Ville
Lumière. On est bien seul, on n'est distrait par
personne, on ne doit pas faire de visites, on ne
connaît personne, et la réflexion
intérieure se développe. [...] Henri Evenepoel, Lettres à mon
père (1892-1899).
Rodenbach n'aime pas la campagne; elle a sur lui une forte impression (je parlais de la Campine), elle l'empêche de produire, elle le tue, le désespère, sa mélancolie s'exaspère et l'anéantit. Il est cependant, il le sent, des endroits où son
cerveau s' esseulerait et où il pourrait parvenir
à produire et à suivre ses pensées
à loisir, comme en prison, par exemple. Quant
à la campagne, il ajoute que peut-être bien
sont-ce ses souvenirs de collège et d'enfance qui
sont cause de sa répulsion, ces années
où, avec les jésuites, on allait se promener
tous les dimanches dans de mornes banlieues, les
prêtres vous traquant comme des chiens autour d'un
troupeau de moutons Henri Evenepoel, Lettres à mon
père (1896-1899). |
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