| le marinol
FRANCE LIBERATION
30/03/1998
547 Pharmacologie - Produits
Aux
Pays-Bas, gros succès du cannabis à usage médical
Commercialisé depuis une
semaine, le Marinol soulage les malades du sida et du cancer.
La Haye correspondance
Depuis une semaine, les pharmacies
néerlandaises offrent à leurs clients un nouveau médicament : le Marinol. Ces capsules
de tétrahydrocannabinnol (THC), principale substance active de la marijuana, sont
destinées aux malades du cancer et du sida, et aux personnes atteintes de sclérose en
plaques. Le produit connaît déjà un succès phénoménal : "40 pharmacies nous
ont passé commande et leur nombre augmente chaque jour", affirme Ger Van
Jeveren, directeur de la firme Fagron, qui importe le produit.
Effets bénéfiques.
L'apparition du Marinol dans les pharmacies est le résultat d'un long combat. Il y a
trois ans, un médecin exerçant près de Rotterdam prescrivait pour la première fois de
la marijuana à un malade ayant un glaucome, une maladie de l'oeil. L'herbe détendait le
nerf optique et rendait une meilleure vision au patient. Progressivement, les médecins se
sont aperçus que la marijuana avait des effets bénéfiques pour d'autres affections :
elle redonne de l'appétit aux malades du sida, soulage les nausées des cancéreux qui
subissent une chimiothérapie et décontracte les muscles des personnes atteintes de
sclérose en plaques. La nouvelle s'est répandue et, en trois ans, 250 pharmacies se sont
mises à vendre la plante.
Mais les critiques constantes venues de
l'étranger, et, en particulier, Jacques Chirac, envers la politique déviante en matière
de drogue des Pays-Bas ont tout remis en cause. "C'est sous la pression
internationale que le ministre de la Santé a fini par interdire la prescription
médicinale de marijuana", explique Caroline De Roos, porte-parole de
l'association des pharmacies néerlandaises KNMP. L'interdiction est tombée en juillet
1997. En revanche, jamais le gouvernement n'a envisagé d'interdire la vente de marijuana
dans les coffee-shops", raconte le pharmacien amstelldamois Simon Suir. De
plus en plus de patients se sont sont ainsi détournés des pharmacies au profit des coffee-shops.
"L'inspecteur pharmaceutique m'a conseillé de renvoyer mes malades vers les
coffee-shops". Simon Suir, pharmacien à Amsterdam.
Dosage.
Afin de remédier à ce phénomène indésirable, le ministre de la santé, Els Borst, a
fini par accepter la vente de capsules contenant du THC synthétisé et mêlées à de
l'huile de sésame. Le Marinol, déjà vendu aux Etats-Unis pour les malades du cancer et
du sida, a été introduit discrètement en Grande-Bretagne il y a quelques années. Mais
aux Pays-Bas, où les patients ont déjà été habitué à consommer de la marijuana
naturelle, l'arrivée du nouveau médicament suscite de vive polémiques. "Le THC
n'est qu'un seul des cannabinoïdes contenus dans la marijuana. Il n'a pas le même effet
que l'herbe. De plus, lorsque l'on fume la marijuana ou qu'on la prend en forme de tisane,
on peut exactement doser la quantité nécessaire et s'arrêter au bon moment, alors que
les capsules ne permettent pas ce dosage. Et puis c'est un produit chimique, alors que,
justement, mon organisme ne supporte plus les médicaments", affirme Ger De
Zwaan, malade chronique du pancréas et président de la Fondation pour les intérêts des
patients pour la marijuana médicinale.
Un autre obstacle majeur à l'achat du
Marinol est son prix : les capsules, non remboursées, coûtent 60 francs et sont à
prendre deux fois par jour. Cela alors qu'un gramme de marijuana, avec lequel la plupart
des malades tiennent deux jours, ne coûtent pas plus que 30 francs dans les coffee-shops.
La fondation de Ger De Zwaan, qui achète en gros à des cultivateurs néerlandais, revend
même aux patients la marijuana à 7 florins, soit 21 francs le gramme. Une pratique
illégale mais, pour l'instant tolérée par les autorités. Le Marinol qui risque d'être
boycotté par les malades habitués à la marijuana, pourrait en revanche connaître un
boom pour ceux qui refusent la voie du coffee-shop. Une enquête menée auprès de
7000 patients atteints de sclérose en plaques à montré que seuls 5 % d'entre eux
consomment de la marijuana, mais que 60 % voudraient en théorie, l'essayer.
Enorme succès. "Aux Pays-Bas, les produits du cannabis sont mieux acceptés
qu'ailleurs. Le pas psychologique à franchir pour demander du Marinol à son médecin est
moins grand qu'il ne l'est en Angleterre, où le médicament est très peu
consommé", explique l'importateur Ger Van Jeveren. Au vu des ventes réalisées
jusqu'ici, il s'attend à "un énorme succès et à une généralisation"
du Marinol, dont les commandes pourraient monter jusqu'à 30.000 par an.
ANNA KLINE |