Maintenant que tu connais
assez de mes circonvolutions, je peux enfin t'appeler à mon secour, te demander la main
pour descendre quelques marches vers un lieu qui m'effraie et m'attire toujours.

Comme tout un chacun je supporte le déréglement de mes méandres intérieurs. Avec le
temps la bête des profondeurs m'est devenue familière, mais ce ne fut pas toujours le
cas.
J'ai souvenir d'hallucinants mirages nocturnes. De ceux qui
au début me faisaient pousser des cris d'effroi, des protestations véhémentes, des
grognements porcins, des gesticulations d'autodéfense.
Avec patience et maîtrise, j'ai apprivoisé
progressivement la complaisance avare de ces visiteurs de l'inconscient, du subconscient,
de l'éveil partiel.
Ils ne m'agressaient pas.
Me surveillaient-ils ?
La multiplicité des formes finit, après m'avoir
terrorisé, par un peu me rassurer. Il n'était pas concevable qu'un si grand nombre
d'entités eût à mon encontre des exigences de réparation.
Si le vraisemblable peut être invoqué en pareille
affaire, il semble vraisemblable que ces foules avaient trouvé à travers moi le chemin
propice à leurs expéditions exploratoires.
Ce n'est que tard dans ma vie, qu'une fois ou l'autre j'ai
osé soulever le mystère de ces existences. Sans trop insister sur un sujet qui met à
rude épreuve l'intellect de ceux qui dorment, à les entendre, tranquillement leurs
nuits.
Au plus fort des manifestations, quand je pouvais pister
les intrus dans la "certitude" du réveil, j'essayais de conserver des
témoignages que je griffonnais fébrilement d'une écriture cryptographique.
Au petit matin, ces griffonnements tératogènes
m'apparaissaient ne plus mériter la moindre application.
Par chance, en dehors d'une expression écrite sans grande
utilité, je disposais de la peinture.
Dans les moments de paroxysme, elle permit de me soulager
d'un poids, qui autrement m'eût entraîné sans doute vers des cercles qui risquaient
d'alerter.
J'ignore toujours les origines et les causes.