Le sabre de cavalerie de ligne M1822 dit "bancal" : Un mauvais procès ?

 

Par Jean BINCK

 

 

Fervent amateur d'armes blanches françaises, j'ai toujours été interpellé par les commentaires des spécialistes comtemporains au sujet du sabre de cavalerie de ligne modèle 1822. Le jugement tombe sans appel: trop courbe pour frapper d’estoc et pas assez pour frapper de taille, il fut affublé du sobriquet bancal qui se voulait péjoratif.                                                                    

 

Il m'a semblé étrange que cette élégante longue lame à la montmorency de 97,5 cm, légèrement courbée, tellement vilipendée par nos auteurs modernes, aie connu de si belles heures de gloire au plus fort des guerres de la révolution et de l'Empire.

Car enfin, le 2e Chasseurs, ex dragons de Montmorency,  tenait pour un privilège de manier cette lame dont  772 exemplaires furent encore fabriqués spécialement pour eux en 1803. De même, ce n'est pas moins de 8000 lames à la montmorency de faible courbure qui furent produites pour les grenadiers à cheval de la garde et la gendarmerie d'élite. Plus étrange encore, de nombreux sabres à garde de bataille, portés par des officiers de dragons, et payés de leurs propres deniers, sont équipés de lame à faible courbure. Pourquoi donc cette lame serait-elle devenue inefficace la paix revenue ?

N'ayant pas pu trouver d'explication satisfaisante dans mes modestes archives militaires, je me suis attelé à l'étude de l'étymologie du mot bancal .

Apparu en 1747, le mot bancal ne désigne à l'origine que les pieds courbés d'un meuble ou, par analogie, des jambes arquées. Le Larousse étymologique précise que dès 1819 apparaît  le sens familier de bancal désignant un sabre courbe. Il est né, probablement, par opposition au mot familier latte, apparu en 1808, et désignant le sabre à lame droite.

Il est donc clair qu'en 1819 - le M1822 n'existait pas encore - , il n'y avait aucune idée de jugement dans le sens du mot bancal, il est descriptif quant à la forme sans plus. Un bancal est un sabre courbe, ni plus, ni moins (voir aussi Dictionnaire Bescherelle, 4e édition, 1856 et Dictionnaire de l'Académie Française, 7e édition 1878).

Ce n'est que bien plus tard que bancal s'appliquera aussi à définir un objet mal équilibré ou, plus abstraitement, à une idée manquant de rigueur.

 

Que les dragons de 1823 ne furent pas tous heureux de voir leur latte, symbole des charges héroïques de l'Empire, remplacées par un bancal, c'est possible. Mais, au vu de ce qui précède, on peut se demander si les auteurs modernes n'ont pas fait un bien mauvais procès au magnifique sabre de cavalerie de ligne M1822 en se méprenant sur l'interprétation du mot bancal dont la signification familière, déjà antérieure au modèle 1822, n'avait en fait rien de péjoratif.

 

Quant un amateur écrit dans l’ombre d’auteurs prestigieux comme Christian Aries ou Michel Pétard, avancer de nouvelles hypothèses peut paraître inconsidérément hardi, terriblement prétentieux, ou alors… simplement utile ? Le lecteur décidera.

 

 

                                                                                                   Jean Binck  

                                                                                                jeanbck@hotmail.com

 

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