SANTIAGUITO (alt. ± 2500 m.) -- SANTA MARIA (alt. 3772 mètres)

Numéro dans le catalogue du G.V.P.: 1402-11
Type volcanique: stratovolcan
Status: activité historique
Dernière éruption en date: 2005 (actuel)
Altitude du sommet: 3772 m
Latitude: 14.756° N
Longitude: 91.552° O

Vue 3D du complexe volcanique Santa Maria-Santiaguito (modèle topographique recouvert d'une photo de la navette spatiale orthorectifiée)

Le cône symétrique, couvert de forêts, du Santa Maria est l'un des plus proéminent de la chaîne de grands stratovolcans qui s'élèvent au-dessus de la plaine côtière Pacifique. Le stratovolcan Santa Maria, haut de 3772 mètres, présente un sommet pointu et un profil conique entaillé sur le flanc SO par un imposant cratère large de 1,5 km. Le cratère, de forme ovale, s'étend sur 700.000 m2 d'un point situé juste au-dessous du sommet jusqu'à la base du flanc SO évidé. Il est apparu après l'éruption catastrophique de 1902. L'éruption plinienne de 1902, qui dévasta en grande partie le NO du Guatemala, a suivi une longue période de repos après l'édification d'un imposant stratovolcan basaltico-andésitique. La série de dômes de lave, formant le complexe dacitique massif du Santiaguito, s'est édifié à partir de 1922 à la base du cratère laissé par l'activité plinienne de 1902. Au Santiaguito, des croissances de dômes ont eu lieu épisodiquement à partir de 4 évents s'étendant est  -ouest. Les coulées pyroclastiques de 1929 furent particulièrement meurtrières (probablement 5000 victimes). Les trois principaux épisodes éruptifs, qui suivirent cet épisode dramatique, édifièrent les dômes "La Mitad" (1939-42), "El Monje" (1949-55) et "El Brujo" (1959-63). Le dôme le plus récent est actuellement actif, c'est le "Caliente" (le "chaud"). La croissance des dômes a été accompagnée presque toujours par des explosions mineures vulcaniennes quasi permanentes associées à des extrusions périodiques de lave sous forme de coulées visqueuses, des explosions plus violentes ainsi que par l'émission de coulées pyroclastiques et de lahars (1983).


Santiaguito (29-30 novembre 2004)
 

Pour atteindre les dômes du Santiaguito, plusieurs options sont possibles à partir de la ville de Quetzaltenango (Xela,
prononcez Sheila en langue Maya). J'ai choisi de prendre la route du sud qui m'emmènera au pied du cône actif, le dôme appelé le "Caliente" (le "chaud"). Pour ce faire, j'avais rencontré, dès le lendemain de mon arrivée au Guatemala (le 22/11), le Dr Otoniel Matias de l'INSIVUMEH qui m'avait déjà bien informé sur l'activité actuelle des volcans de son pays. Il m'avait également  donné l'autorisation d'effectuer une visite à l'observatoire de l'INSIVUMEH du Santiaguito. Pour faciliter cette visite, Otoniel contactera le technicien en poste à cette période, Alvajo Rojas, pour l'avertir de mon arrivée. Notre rencontre était prévue le lundi 29/11 entre 12 et 13h à la Finca "Patzulin", le domaine agricole situé juste au sud de la Finca "El Faro", la plus septentrionale et la plus proche de l'observatoire INSIVUMEH (NB: une "finca" est un domaine
agricole guatémaltèque). Ce lundi 29/11 vers 6h, heure de mon réveil à Xela, je m'aperçois que le ciel est bien dégagé, à
l'inverse de la veille. Je prends donc l'initiative de partir très tôt vers le volcan Santiaguito. Pour ce faire, je me
rends au terminal de bus Minerva qui désert les principales villes situées au sud de Xela. A mon arrivée au terminal, un
bus est en partance pour Retalhuleu, une ville transformée en parc d'attraction (Dysney Land local). Une vignette collée sur le pare-brise signale que le bus effectue un arrêt à "El Nuevo Palmar", point de départ pour le Santiaguito. J'embarque donc immédiatement, paye mes 7 Quetzales (± 1 US dollar) au conducteur et nous voilà partis vers le Sud. Sur la splendide route asphaltée qui serpente en descendant vers Zünil, j'observe de profonds et étroits canyons très spectaculaires. La conduite des chauffeurs de bus au Guatemala est assez déroutante. Ils dépassent souvent au niveau des virages sans aucune visibilité des véhicules venant en sens opposé. C'est en réalité l'accompagnateur (chargé entr'autre de la délivrance des billets) qui informe le conducteur afin qu'il prenne la décision de dépasser ou non aux moments critiques. Au cours de chaque dépassement, le chauffeur tire sur une "floche" (terme belge signifiant lanière), située juste à droite du volant, qui actionne un klaxon tonitruant. L'ambiance dans le bus est assurée et agrémentée de musique locale. On y danserait presque ! Bref, après avoir parcouru une route sinueuse sur environ 20km, le bus s'arrête à un carrefour, c'est le carrefour d'où monte la route vers "El Palmar Nuevo", le nouveau "El Palmar", reconstruit après la destruction du vieux Palmar ("El Antiguo Palmar") au cours des années 1980. Après quelques minutes d'attente au carrefour, je monte à l'arrière d'une camionette pick up qui m'amène en quelques minutes à la porte d'entrée cadenacée permettant l'accès aux nombreuses Fincas (propriétés agricoles) situées sur le flanc méridional du complexe volcanique du Santiaguito. Cet endroit s'appelle "Las Maravillas" et la porte se situe exactement à la sortie de la Finca Macadamia. Dès l'arrêt du véhicule, je me présente au gardien en stipulant venir de la part du Dr Otoniel Matias de l'INSIVUMEH afin d'observer le volcan Santiaguito. Il note mon nom sur un bout de papier et me demande d'attendre le passage d'un véhicule pour monter vers les fincas supérieures. Il est possible de monter à pied mais le risque d'emprunter des chemins erronés est élevé. Dans cette zone de la cordillère nord-occidentale du Guatemala, le caféier arabica a été planté à profusion, sur des pentes s'étalant de 600 à 2000 mètres d'altitude. Plus le café est cultivé à haute altitude et plus son arôme est excellent ! Après environ 15 minutes d'attente à la grande porte verte, un véhicule se présente enfin. J'embarque à l'arrière en compagnie de deux femmes mayas. La 4X4 roule sur une bonne route pavée de blocs volcaniques extraits du complexe du Santiaguito. Après ± 20 minutes, nous arrivons au bout de la route, au niveau de la Finca "El Faro". Le chauffeur nous dépose non loin d'une barrière et d'un monument dédié à quatre guatémaltèques qui perdirent la vie sur le Santiaguito en 1990 (asphyxiés par des gaz chauds du volcan issus d'une coulée pyroclastique). Je passe sans attendre la barrière et, après 10 minutes de marche, j'entends soudainement dans le lointain une voix qui m'appelle ("por aqui esta l'observatorio señor"). C'est Juan qui me crie de monter les marches en bois, cachées dans la verdure, afin d'accéder à l'observatoire de l'INSIVUMEH, invisible de la route étant donné qu'il est caché par l'épaisse végétation tropicale. Si Juan ne m'avait pas appelé, je continuais directement mon chemin en direction du volcan. En rentrant à l'intérieur du bâtiment, je trouve des pièces d'une propreté éclatante couvertes d'un beau dallage marbré. Malheureusement, je suis également quasi instantanément envahi par une myriade de moustiques qui me piquent à de nombreux endroits. Leur vol résonnent à mes oreilles sous la forme d'un bruit infernal, déjà perçu auparavant (le "zzzzzzzzzzzz" si caractéristique). Alvajo n'est pas à l'observatoire au moment de mon arrivée. Le "pauvre" garçon est parti pour me rencontrer à la Finca "Patzulin", la propriété située juste au sud de la Finca "El Faro". C'est vrai que l'heure du rendez-vous avait été fixée entre 12h et 13h et, qu'à 9h30, j'étais déjà à l'observatoire. Juan contacte donc Alvajo au moyen de sa radio portable afin de lui signaler ma présence à l'observatoire. Je suis un peu embarrassé d'avoir manqué le rendez-vous mais j'étais vraiment trop empressé d'enfin apercevoir ce fameux Santiaguito, profitant du beau temps de ce matin. Vers 11h, la partie sommitale du complexe de dômes se couvre déjà d'une brume épaisse puis finalement de gros nuages blanchâtres qui empêchent toute observation du dôme actif. Vers 13h, Alvajo est de retour à l'observatoire.
Je lui explique la situation et il comprend tout à fait mon arrivée anticipative. J'en suis soulagé ! Je me dis qu'il doit se  faire une réflexion assez semblable à celle-ci: "voilà encore un de ces étrangers fous impatient de découvrir le volcan". Nous discutons un bon moment devant les photos aériennes du volcan, un spectaculaire modèle en ciment du complexe du Santiaguito, ainsi que les nombreuses photos du volcan prises au cours de ces dernières années. Notre discussion à bâtons rompus est très intéressante. J'apprends plein de choses que je ne connaissais pas ou que je n'avais pas encore lues sur les nombreuses pages du web consacrées à ce volcan. Au mur, les quatre grandes photos aériennes du complexe Santiaguito/Santa Maria sont très spectaculaires et riches d'informations. Après la discussion et un rapide repas, je demande à Alvajo s'il est possible d'aller observer les dépôts des lahars accumulés dans le lit de la rivière située juste en contrebas de l'observatoire, au niveau de la rivière Nima 1. Après avoir traversé un large pont suspendu, nous parvenons sur la berge à partir de laquelle j'ai l'occasion d'observer les dépôts les plus récents. Quelques gros blocs gris (de dacite) reposent épars sur le lit du cours d'eau. On distingue également bien la transition entre les deux dépôts les plus récents. Après ces observations, nous profitons pour rendre une petite visite de courtoisie à la famille d'Alvajo qui habite à une quinzaine de minutes à pied de la Finca "El Faro", à la Finca "La Florida". Le papa d'Alvajo est gestionnaire de cette finca et, dans le même temps, est chargé de surveiller les phénomènes des lahars sur les pentes méridionales du Santiaguito. Ce travail est principalement effectué en saison humide pour des raisons évidentes. De nombreux postes de radio accrochés au mur témoignent de cette fonction de haute responsabilité. Nous discutons en toute amitié devant une boisson rafraîchissante, puis nous laissons la petite famille d'Alvajo afin de retourner à l'observatoire de l'INSIVUMEH et y prendre notre repas du soir. Il sera composé de pâtes à la sauce tomate agrémenté de vin chilien amené d'Antigua. Après avoir visionné quelques séquences vidéo sur l'ordinateur, nous allons nous coucher. Je m'installerai dans un lit superposé en bois muni d'un épais matelas très confortable. La nuit sera courte mais bien agréable car les moustiques avaient comme par enchantement disparu. Le lendemain, nous nous levons à 4h30. Après avoir avalé une grande tasse de café local évidemment, nous partons rapidement, munis de nos torches, vers le Mirador "el Anillo" (Nima I) situé au pied SE du dôme "El Caliente". Après 1h15 de marche dans la nuit fraîche, nous arrivons, au détour d'un ultime virage, quasi au levé du soleil, au mirador. Dieu, que la vue y est sublime avec ces couleurs pourpres et rosées sur les flancs du dôme actif du Santiaguito. Je suis émerveillé ! Nous montons encore quelque peu le chemin à travers les plantations de café pour arriver finalement à une des stations sismiques supérieures du volcan. J'y installe ma caméra sur son pied et attend impatiemment les explosions. Une première explosion se produit quasi dès notre arrivée. La colonne de gaz blanchâtre, très peu chargée en cendre, monte vers le ciel, d'abord dans un silence impressionnant, puis un léger bruit se fait entendre de plus en plus puissant. La colonne monte d'abord verticalement à quelques centaines de mètres avant de se disperser vers le SSO, portée par les vents locaux. Au loin, dans le ciel, je vois la cendre, de couleur brune foncée, se séparer des gaz blanchâtres. Nous assistons ainsi à une dizaine d'explosions qui se produiront à des intervalles compris entre 10 minutes et trois-quarts d'heure. Quelques avalanches de blocs, non incandescents, se sont produites lors de nos observations. Cependant, lors de mon passaget, elles étaient rares et peu importantes. Elles avaient lieu essentiellement sur les flancs S, SSE et E. Vers 10h, nous redescendons à l'observatoire de l'INSIVUMEH où je prends congé de mon hôte Alvajo, un garçon charmant et passionné de "son" volcan. Merci à lui pour sa courtoisie et sa gentillesse !



 

L'entrée pour accéder aux "fincas" situées au pied du Santiaguito.

 

L'entrée vers la Finca San José et l'observatoire INSIVUMEH -- La plaque commémorative rendant hommage à quatre Guatémaltèques victimes de coulées pyroclastiques sur les flancs du Santiaguito.

L'édifice abritant la station d'observation de l'INSIVUMEH

Le modèle en ciment du complexe du Santa-Maria/Santiaguito -- Juan posant devant une photo aérienne du complexe volcanique

En bleu, le tracé des zones menacées par les lahars (lits élargis des cours d'eau)

Le complexe volcanique vu de l'observatoire (le 29/11 vers 9h30).

Les dépôts grisâtres sont des dépôts de lahar dans le lit de la rivière Nima 1, située en contrebas de l'obervatoire INSIVUMEH.

Autres vues de la rivière et de ses dépôts

Le complexe volcanique observé à 5h30. A droite, vue rapprochée du dôme actif "El Caliente" (le chaud).

Levé de soleil du côté de Zünil -- Le complexe volcanique dans toute sa splendeur à l'aube (de gauche à droite: le dôme inactif "El Brujo" [le sorcier], les dômes médiaux inactifs, le dôme actif "El Caliente" et le volcan Santa Maria (alt.:3772 m.) qui connut une gigantesque éruption en 1902 détruisant complètement son flanc sud.

Explosion vulcanienne typique au cratère du dôme "El Caliente" (complexe du Santiaguito / Santa Maria). 

La forêt tropicale humide, parsemée de caféiers arabica, entoure le secteur méridional des dômes

 

Panache de gaz peu chargé en cendre et blocs

Le versant sud du Santa Maria (alt.: 3772 m) en voie d'intense érosion (nombreux éboulements)

Petite avalanche de blocs sur le versant SE du dôme "El Caliente"

Le complexe volcanique vu sous différents angles à un endroit situé entre l'observatoire et le mirador

La rivière Nima 1 -- Un jeune ouvrier récoltant le café arabica sur les pentes du Santiaguito

La rivière Nima 1 coulant dans son écrin de verdure tropicale

Petit affluent de la rivière Nima 1 serpentant dans une clairière

Alvajo, technicien-observateur de l' INSIVUMEH, et passionné par l'activité du volcan Santiaguito

Le complexe volcanique vu le 30/11 vers 11h30 de la porte arrière de l'observatoire. Il est déjà en voie de recouvrement par les nuages en cette période de l'année.

Dans le bus qui nous ramène à Xela (Quetzaltenango)...règne une agréable ambiance locale et tous mes sens sont en éveil !


Informations pratiques:

L'observation de l'activité du dôme actif du Santiaguito peut se faire de trois endroits différents. Le point d'observation le plus connu est le sommet du volcan Santa-Maria (il est conseillé d'y passer la nuit pour admirer le levé du soleil). Vous pouvez soit vous y rendre en contactant une agence de voyages à Xela (ex: Adrenaline Tour) ou en prenant un bus jusqu'à Llanos del Pinal, ensemble de petits bourgs situés sur le flanc nord du Santa Maria. Pour ce faire, il faut se rendre au terminal de bus Minerva situé au NO de Xela. Par l'ouest, vous pouvez longer le flanc occidental du Santa Maria et emprunter un chemin qui vous mènera au Mirador Magermann, localisé à ± 2km à l'ouest du dôme actif. L'accès que j'ai emprunté est celui du sud. Il faut prendre un bus, à la station Minerva de Xela, qui se rend à Retalhuleu. Le mieux est de demander au chauffeur d'arrêter au croisement d' "El Nuevo Palmar". A ce carrefour, vous attendrez un véhicule (1 ou 2 Quetzal) qui vous amènera à l'entrée des différentes fincas situées sur le flanc méridional du complexe volcanique. Dans la cabane située juste derrière la grille verte, vous déclinerez votre identité au gardien et vous attendrez à nouveau un véhicule qui vous mènera vers la Finca "El Faro" (± 5 Quetzales). A cet endroit débute le chemin pour approcher à pied par le sud le dôme actif du Santiaguito.