PACAYA (alt. 2252 m.)

Numéro dans le catalogue du G.V.P.: 1402-11
Type volcanique: volcan complexe (dômes & strato-volcan)
Status: activité historique
Dernière éruption en date: 2005 (actuel)
Altitude du sommet: 2552 m.
Latitude: 14.381° N
Longitude: 90.601° O


Le Pacaya est situé à seulement 30 km du centre de la capitale guatémaltèque, Guatemala City abritant environ 2 millions d'habitants. La "Aurora", l'aéroport international de "Guatemala Ciudad", se trouve à vol d'oiseau à 23 km du cratère et, de ce fait, les avions survolent fréquemment le volcan avant l'atterrissage.

Vue arienne du sommet du Pacaya (© Daniel Hernandez-Salazar, 2004) -- Cliquez sur la photo  pour voir un agrandissement

Depuis 1965, ce volcan est particulièrement actif. En 1989, une éruption produisit une colonne éruptive haute de 5 km qui élargit le cratère actif Mac Kenney. Il y eut des nombreuses coulées de lave, dont en 1990-91. De juin à août 1991, une violente activité détruisit le cône Mac Kenney et endommagea les villages situés à l'ouest du volcan.

Un américain, passionné de ce volcan, a consacré l'essentiel de sa vie à l'observation de l'activité éruptive, rapportant toutes les coulées depuis 1965. En son honneur, on a donné son nom au cône actif du Pacaya, le cône MacKenney.

Les éruptions du Pacaya sont fréquemment visibles de Guatemala City. Le Pacaya est un volcan complexe édifié à la limite méridionale de la caldera Pléistocène Amatitlan qui s'étend sur 225 km2 et dont la partie septentrionale est aujourd'hui occupée par un lac du même nom. Un ensemble de dômes dacitiques occupent le fond de la caldera. Le massif du Pacaya inclut le dôme de lave de Cerro Grande et un cône strombolien récent au SO. Il y a ± 1100 ans se produisit l'effondrement du volcan moderne du Pacaya, c'est-à-dire le cône Mac Kenney. Il généra un dépôt de débris d'avalanche qui parcouru 25 km sur la plaine côtière Pacifique. Cet évènement cataclysmique laissa une cicatrice béante sous la forme d'un escarpement sommital arqué dans lequel s'édifia le cône moderne du Pacaya. Un cratère secondaire, le Cerro Chino, s'est construit sur le bord NO de cet escarpement. Pendant les dernières dizaines d'années, l'activité du Pacaya a été caractérisée par de fréquentes éruptions stromboliennes accompagnées par l'émission intermittente de coulées de lave sur les flancs du cône Mac Kenney. Cette activité régulière a été entrecoupée par des épisodes beaucoup plus explosifs, allant jusqu'au type plinien. La dernière grande crise éruptive remonte à janvier 2000 avec un épisode de fontaines de lave qui ont atteint des hauteurs de 500 à 600 mètres.


Pacaya (24 novembre 2004)

Rappelons que le volcan Pacaya est l'élément central du Parc National du Pacaya créé récemment. Le prix d'entrée dans le parc est de 25 Quetzales pour les citoyens étrangers (1 Euro = ± 9 Quetzales). Cette somme couvre la rémunération d'un guide local ainsi que les frais liés à l'assistance de forces de police afin de prévenir tout acte de violence sur ce volcan, réputé assez "chaud" autrefois ("los ladrones del Pacaya"). L'argent perçu est investi dans l'entretien des chemins, le ramassage des détritus, l'embellissement des lieux, la construction d'abris et d'aires de repos, etc.

La montée débute au-dessus du village de San Francisco de Sales sur un étroit chemin cimenté qui se transforme rapidement en sentier de terre. Il traverse d'abord en ligne droite les plantations surplombant le village puis serpente rapidement dans la forêt humide, assez peu dense de ce côté de la montagne. A mi-pente, je rencontre quelques ouvriers du Parc chargés d'entretenir le sentier forestier. Des panneaux bleus, indiquant la direction à suivre pour atteindre le volcan, jalonnent le parcours. Une agréable sensation de bonheur m'envahit alors que je me trouve enfin sur les flancs du Pacaya , un des quelques volcans mythiques en ce qui concerne les amateurs de montagnes de feu.

A l'époque de cette visite, le cratère actif du Pacaya (appelé aussi cratère Mac Kenney) renfermait deux bouches actives. Il y avait, d'une part, une bouche de dégazage nichée dans la partie supérieure de la paroi septentrionale (juste au-dessous du sommet) et ,d'autre part, un cône (du type "spatter cone" ou cône d'éclaboussures) à pentes très raides se dressant au centre du cratère et dont le sommet devait atteindre une hauteur d'environ 80 mètres depuis sa base dont j'estime le diamètre à une centaine de mètres (j'avoue que je n'ai peut-être pas eu "le compas dans l'oeil"). L'intérieur du cratère était quasi totalement recouvert de dépôts superficiels de soufre, particulièrement le cône qui présentait une activité strombolienne continue caractérisée par des projections de lambeaux de lave, en général d'assez petite taille, toutes les 1 à 5 minutes. Les matériaux étaient éjectés à faible vitesse à une hauteur variant de quelques mètres à une trentaine de mètres, cependant guère d'avantage. Je me suis posté à différents endroits sur la lèvre du cratère afin d'observer l'activité. Sur les bords SSE et S, les flancs externes du cratère Mac Kenney sont inclinés d'environ 45°. La progression s'effectue soit sur l'arête du cratère soit légèrement en contrebas sur une pente plus ou moins stable (cendre compactée par l'humidité des exhalaisons gazeuses) ou alors sur des blocs assez instables. L'observation de l'ouverture, perçant le sommet du cône intracratérique, était uniquement possible dans le secteur SSE du cratère . Il a donc fallu cheminer à certains endroits sur le bord externe et à d'autres endroits sur l'arête du cratère avant d' atteindre la position adéquate afin de réaliser de bonnes observations de la bouche. Celle-ci était fortement inclinée en direction SSE, ce qui en donnait l'aspect d'un cratère égueulé. J'estime ses dimensions à quelques mètres (forme ellipsoïde avec le grand axe de direction SSE-NNO). Le cône s'est formé par l'accumulation de lambeaux de lave incandescente, principalement suite à un mécanisme de soudure parce que les matériaux étaient encore, pour la plupart, fluides en retombant sur les flancs du cône. Par ailleurs, vu que les flancs du cône étaient très raides (± 55° < pente < ±65°), il y avait régulièrement des blocs qui roulaient sur ses pentes en retombant de la bouche où suite au décrochage le long des flancs ! La bouche du cône dégazait, selon un rythme assez régulier, des bouffées de gaz bleutés (SO2) et de gaz blanchâtres, principalement de la vapeur d'eau et du gaz carbonique (CO2). Les expulsions de gaz se produisaient à des intervalles plus ou moins constants et étaient souvent accompagnées d'un bruit relativement aigu, pouvant être comparé à celui d'un moteur d'avion à réaction. Sur les bords S et SSE du cratère Mac Kenney, il y avait de nombreux petites scories noires lustrées (< lave fraîche) parsemant le rebord externe de la lèvre du cratère. Par périodes, me retrouvant rapidement enveloppé de nuages et de gaz, l'inquiétude montait bel et bien dans ces assez longs moments de mauvaise visibilité ! Une explosion plus importante que les autres aurait pu expulser des blocs incandescents hors du cratère. Mon sac à dos était donc prêt à être placé, en permanence, au-dessus de la tête afin de me protéger des plus petits blocs.  La progression était rendue d'autant plus pénible et risquée que la visibilité était souvent réduite à quelques mètres voire nulle. L'autre bouche, située dans le haut de la paroi interne nord du cratère, était uniquement une bouche de dégazage. On pouvait y percevoir une incandescence marquée témoignant de la température très élevée des gaz expulsés. Cet évent éjectait des bouffées gazeuses selon des intervalles très réguliers (toutes les 2-3 secondes). J'estimais sa dimension à 10 mètres en longueur et 5 mètres en hauteur. Cette bouche était inaccessible car ouverte sur la paroi interne du cratère, juste au-dessous du sommet de ce dernier.

Vers 15h, un homme du Parc paraît monter dans ma direction et me fait des signes. Il semble bien qu'il souhaite que je redescende car le Pacaya est toujours un lieu où il ne fait pas bon être seul. J'exécute donc ses injonctions et le rejoins après avoir dévalé rapidement le cône actif de cendre et de scorie. Cet ouvrier du Parc, armé, m'informe qu'il est toujours assez dangereux de se trouver seul sur les hautes pentes du volcan en raison des risques liés aux "indélicats du Pacaya". Je le suis donc sans broncher pour entamer notre descente vers l'entrée du Parc national tout en bavardant de choses et d'autres. Après 1h30 de marche, je suis content d'arriver finalement au minibus qui nous attend dans le brouillard afin de rentrer à Antigua et de retrouver le charme de cette petite ville provinciale, ancienne capitale du Guatemala.

Je suis resté 5 heures (de 9 à 14h) sur les lèvres du cratère afin d'observer l'activité du volcan qui est restée constante pendant cette période. Voici quelques photos de cette belle et spectaculaire excursion...

A l'arrière-plan, le complexe volcanique du Pacaya (à l'extrême droite, le cône actif) vu de l'aéroport "La Aurora" à Guatemala City

L'entrée du Parc national du Pacaya  située à la sortie du village de San Francisco de Sales

Les bâtiments édifiés à l'entrée du Parc national

 

 Environ 2.5 Euros sont dus avant d'entrer dans le Parc et de monter vers le volcan par un chemin d'abord cimenté (photo du centre). A droite, un cratère secondaire du Pacaya situé à proximité du village de San Francisco de Sales. Une petite unité géothermique a été édifiée non loin cet endroit.

Le lac de cratère "La Laguna" -- Le chemin de la crête menant au cône strombolien le plus récent du complexe du Pacaya

La partie supérieure du cône terminal actif du Pacaya

En route vers la base du cône terminal du Pacaya et son cratère actif, le Mac Kenney

Ouest Est

 

Le petit "spatter cone" s'élançant du centre du cratère Mac Kenney., Il est entièrement recouvert de dépôts soufrés.

Le cône vu d'un autre point sur la lèvre du cratère (côté sud) -- Le cône vu du bord SSE du cratère Mac Kenney

Autres vues du cône interne édifié au centre du cratère Mac Kenney

Le cône intracratérique en activité strombolienne  (instantanés extraits de la vidéo). Cliquez sur une des photos afin de visionner une animation "gif" (520 Ko).

 

Les nuages et gaz envahissent rapidement l'intérieur du cratère et masquent quasi l'ensemble du paysage. Au centre, les petits points au-dessus de la bouche représentent les scories incandescentes projetées dans les airs (plus visibles sur la vidéo).

La bouche de dégazage nichée dans la paroi interne de la face nord du cratère Mac Kenney.

La partie interne SE du cratère Mac Kenney (matériaux peu compacts altérés hydrothermalement et fissurés à de nombreux endroits) -- La face interne N du cratère Mac Kenney est imprégnée de dépôts soufrés.

Tout le monde semble avoir trouver son bonheur sur le cratère actif du Pacaya !


Informations pratiques:

La plupart des agences de voyages opérant à Antigua (Ruta Maya, Lonely Planet, ...) se sont regroupées pour proposer une excursion au Pacaya. En général, deux départs sont organisés par jour. Il y a un départ à 6h du matin et l'autre à 13h. En novembre, le coût de cette excursion était de 6 US $ (± 5 Euros). Cette somme inclut le transport (par bus ou minibus en fonction du nombre de participants) jusqu'à l'entrée du Parc national, un guide local ainsi qu'une protection policière. Le prix ne comprend pas l'entrée dans le Parc (± 3 US $). Il faut compter de 1h30 à 2h pour atteindre le cratère Mac Kenney à partir de l'entrée du Parc. Il vaut mieux prévoir de bonnes chaussures de marche (trekking ou montagne), des vêtements chauds, de l'eau en suffisance, un peu de nourriture et, éventuellement, un masque à gaz ainsi qu'une paire de gants pour atténuer les conséquences d'éventuelles chutes sur les scories coupantes. Il est à signaler que l'odeur incontournable d'oeuf pourri (hydrogène sulfuré) incommode plus ou moins le visiteur en fonction de l'orientation du vent. Le port d'un masque à gaz ou d'un tissu humide n'est certainement pas un luxe dans ces conditions