Tenter de penser le retour du Christ
Manfred Krüger
Le penser dans la façon d’être (Habitus)
du Logos
Les cultures s’enracinent dans les Mystères, dont elles représentent la révélation. Comprendre celle-ci, amorce une nouvelle Révélation, celle de l’Esprit qui est saisi dans le penser. Le penser se spiritualise dans la mesure où il s’adonne aux nouveaux fondements de foi, d’amour et d’espoir. C’est le retour du Christ dont l’être humain fait l’expérience en exerçant son activité du penser.
Lessing parle de trois époques dans leur détermination par la Trinité divine. L’époque du Père est représentée par l’Ancien Testament. L’époque du Fils commence avec la mort sur le Golgotha et la résurrection du Christ. La Pentecôte inaugure l’époque de l’Esprit ; pour s’exprimer comme Jean : elle viendra et elle est déjà là, maintenant dans la mesure où l’événement du Golgotha est compris comme la naissance du Je. La compréhension présume la spiritualisation du penser. Paul désigne pour cela trois forces : foi, amour, espoir ainsi dans la Lettre aux Colossiens. Dans sa première Lettre aux Corinthiens, l’amour occupe la dernière position, parce que dans ce contexte, il le célèbre comme la plus haute vertu. Au début se place toujours la foi dans laquelle l’Esprit se révèle comme retournement de la volonté.
La compréhension de la révélation
La première époque fut une époque
de révélation. La compréhension de la révélation
mène à une nouvelle révélation dans la troisième
époque.
La première époque s’acheva par l’incarnation
du Christ. La troisième époque commence avec le retour du Christ.
Pour cela aussi, Paul est le premier témoin : pour le retour
« dans les nuées », c’est-à-dire :
non pas au plan physique, mais au plan d’existence éthérique.
Paul appelle sa rencontre du Christ devant Damas une « naissance
prématurée ». De ce moment il put dire en effet :
« Non pas je, mais le Christ vit en moi. » C’est
le retournement de la volonté dans sa forme la plus élevée.
Sur le Golgotha, Christ devint l’Esprit de la Terre.
Chez Matthieu, le Ressuscité déclare : « Voyez,
je reste avec vous jusqu’à la fin du monde. » La
connaissance de Sa présence est Son retour.
Le retour du Christ signifie pour le présent :
Christ ne vient pas comme un homme de la Terre, mais comme un Ange, et il
vient avec la fonction de Juge du Karma, qui lui fut remise par Moïse.
Que l’on se souvienne des représentations de la Transfiguration
du Christ, sur lesquelles Moïse remet les Tables de la loi au Christ.
Par la foi, l’amour et l’espoir, naît
un lien spirituel avec le Christ et par Lui, un sentiment de responsabilité
plus élevé : le Christ Lui-même est reconnu sous
la forme d’un Ange comme le « Grand Conseiller ».
Le conseil dont l’homme a besoin dans la vie, viendra
par l’exercice dans la foi, l’amour et l’espoir, moins
de l’être humain que directement du Christ en tant que « Grand
Conseiller ». Dans la tradition iconographique russe, il existe
pour cela l’image du « Christ en Ange » appelée
le « Grand Conseil » ou le « Grand Silence ».
Le conseil est silence. À savoir, le « Grand Conseiller »
ne dit pas : « fais ceci » ou « fais
cela ». L’être humain saura directement dans l’instant
du retour du Christ, ce qui est bien. C’est pourquoi le « Grand
Conseiller » porte aussi le nom de « Grand Silence ».
C’est ainsi qu’Il s’appelle dans la troisième époque,
celle de l’Esprit. En Russie, c’est là une ancienne tradition,
qui présage déjà de cette époque de l’Esprit
en l’anticipant.
Foi amour espoir : les force de vie
du penser
Dans cette perspective, il en résulte une nouvelle
compréhension de la trinité paulinienne de la foi, l’amour
et l’espoir, en tant que forces de vie [se rattachant à l’ouvrage
de Rudolf Steiner : Le christianisme ésotérique
et la conduite spirituelle de l’humanité
( GA 130 )].
De l’Antiquité nous vient la tradition des quatre vertus cardinales.
Platon les désigne dans l’ordre: courage, sagesse, juste
mesure et équité. Cette tétrade est développée
dans les quatre composantes de la nature humaine : le courage dans le
corps physique, la sagesse dans la corporéité vivante, la mesure
juste dans le corps de l’âme et l’équité
dans le Je.
Si à présent l’Esprit-Christ s’introduit
en tant que justice au sein du Je humain, une expérience que Paul
a vécue, alors, on a dans le corps physique, à partir des forces
du courage, l’espoir dans la Résurrection de la chair ;
dans la corporéité vivante, l’amour christique naît
à partir de la sagesse ; et dans le corps de l’âme,
à partir de la capacité de maintenir la juste mesure, la foi
juste.
Dans cette acception, le corps physique peut être caractérisé
comme le corps de l’espoir ; le corps de vie est dans son essence
le corps de l’amour du Christ ; et le corps de l’âme
peut aussi être désigné comme le corps de la foi, dans
lequel l’Esprit se manifeste. Cela est à comprendre comme une
triple activité du Christ et directement des dons de l’Esprit.
Dans cette mesure, les concepts de foi, amour et espoir, sont des forces
de vie de l’âme dans le sens de ce que le Christ dit de Lui-même,
à savoir : « qu’il est la vraie Vie ».
À0 l’époque moderne, la foi est dépassée
par le « sagesse ». Mais la sagesse aussi nécessite
d’être surmontée. Elle peut devenir base d’une nouvelle
Ainsi vue, l’
Et l’être humain ne pourrait pas vivre non plus sans
La Résurrection existe déjà
maintenant
Depuis sa naissance du Je sur le Golgotha, l’histoire
de l’humanité a une direction promettant la participation à
cette naissance du Je pour chaque individu humain. La philosophie du Je de
l’idéalisme allemand en est la plus belle expression.
Dans la mesure où l’homme se pénètre
de la force du Je qui naquit sur le Golgotha, le corps physique n’est
plus entièrement livré à la mort. Le chemin vers le
Père est ouvert. L’être humain peut dire, avec Paul et
Origène : la vie de résurrection a commencé. Quelque
chose du corps physique est déjà transformé maintenant
en « Homme-Esprit », dans lequel le Père se
révèle et que Paul a annoncé comme le « Nouvel
Adam », duquel nous descendons, tout autant que nous descendons
de l’Ancien Adam, qui a été abandonné à
la mort. Paul utilise parfaitement consciemment le terme « revêtir ».
Si vous revêtez le Christ, alors vous connaîtrez la vie dans
la mort ; car le corps de résurrection n’est pas seulement
une promesse pour le « Jugement dernier » à
la fin des temps : il a déjà commencé sur le Golgotha
pour la totalité de l’humanité.
Le penser est parvenu à lui-même, et cela
donc dans le temps qui va de l’épanouissement de la culture
grecque jusqu’au début des Temps modernes. Aristote a forgé
l’expression de « penser du penser ». Mais celui-ci,
qui « parvient à lui-même », est aussi
une abstraction, vu selon l’autre côté, pour la révélation.
C’est pourquoi le penser nécessite, pour le
temps présent et l’avenir, la spiritualisation. Cela veut dire qu’il
doit être concentré de savoir en foi
. Le caractère de foi du corps de l’âme doit prêter
au penser son attitude ( habitus
, ndt). Que soient rappelés ici Fichte, Hegel et Schelling, dont la
philosophie, dans la période tardive de leurs oeuvres, évolua
de plus en plus vers la théosophie.
Le penser doit faire l’expérience d’un
vaste renforcement, quand le caractère d’
amour du corps des forces de vie s’imprime
en lui. C’est cela qu’indique prophétiquement un ajout
(de 1918) à « La Philosophie
de la Liberté » de Rudolf Steiner :
« Le penser est une force d’amour d’un genre spirituel »
Si ceci est réellement éprouvé : à savoir
un penser « force d’amour dans un genre spirituel »,
alors il en naît une harmonisation des forces d’intelligence
et de moralité : connaissance et morale s’uniront. C’est
ce que montre le penser unifiant des deux parties de «
La Philosophie de la
Liberté », qui, dans cette perspective
est absolument un livre prophétique. Ce n’est qu’à
partir de ce moment-là que l’événement du Golgotha
peut être appréhendé dans toute sa profondeur par un
penser, qui est « force d’amour de manière spirituelle ».
Et il sera appréhendé encore plus profondément à
l’avenir qu’il n’est possible de le faire aujourd’hui.
Enfin, le penser a encore besoin d’une concentration
par l’ espoir ,
qui l’imprime comme une attitude venant du corps physique spiritualisé,
d’emblée présente aujourd’hui aussi : il sera
et est déjà. Paul en reste pour nous le modèle. Paul
a pensé le premier la résurrection de la chair. Paul fut le
premier des penseurs du Christ qui a reconnu que le penser a besoin d’un
renforcement des trois forces, foi, amour et espoir.
Dans la mesure où le penser entretient l’attitude
de la foi, de l’amour et de l’espoir, il devient christique.
C’est ainsi que l’on peut comprendre Paul, quand il nous exhorte
à « revêtir » le Christ : le Logos
devient disposition ( habitus
, ndt) du penser.
C’était la question centrale de Thomas d’Aquin :
comment le Christ est-Il réellement une expérience du penser ?
Cette expérience devint pour Rudolf Steiner, en se rattachant à
Paul, comme déjà pour Origène, une expérience
de vie. Pour le temps présent, il en résulte la tâche
d’éclairer, de comprendre et de vivre toujours plus le contenu
spirituel des Évangiles, par un penser spiritualisé par la
foi, l’amour et l’espoir. Sur cette voie, la sagesse devient
fondement de la foi en tant que « force vive de confiance »,
dans laquelle le retour du Christ trouve un coeur ouvert.
Das Goetheanum, n°46, 10 novembre 2006.
Note du Traducteur :
(a) Des couches conceptuelles multiples explorées par Scaligero
dans son ouvrage préféré de lui : De l’Amour
Immortel, texte accessible et traduit en français sur ce site.
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