L' esse et le cogito
Ayant lu le dernier livre de Jean-Paul II, « Au cours des années affirme le Pontife la conviction s'est formée en moi que les idéologies du mal sont profondément enracinées dans l'histoire de la pensée philosophique européenne (...) Il faut remonter à la période antérieure à l'illuminisme, en particulier, à la révolution opérée dans la pensée philosophique de Descartes. Le En effet, avant (c'est-à-dire, durant la phase évolutive de l'âme rationnelle ou affective) « tout était interprété dans l'optique de l' Ce Dieu qui est dans l'être humain, c'est le Dieu qui vit secrètement dans le Je, et donc dans le penser, dans le sentir et dans le vouloir. Mais l'homme moderne, a-t-il conscience du penser dans lequel vit l'Être? Non, parce que de la réalité du penser, il n'a qu'une conscience réfléchie (par l'organe cérébral). À cause d'une telle médiation (donc physique), l'être humain commence donc à connaître l'Être comme un non-être (« La lumière resplendit dans les ténèbres; mais les ténèbres ne l'ont point accueillie » C'est donc vrai que les racines des « idéologies du mal » se trouvent dans la modernité, mais elles s'y trouvent d'autant plus que l'homme, avant de pouvoir accéder (grâce à la pensée vivante) à la liberté « positive », ou encore la liberté de l'être (du Fils), doit nécessairement recourir (à cause de la pensée réfléchie) à la liberté « négative », ou encore la liberté de l'être (du Père) Il ne s'agit pas, par conséquent, de retourner comme le voudrait le Pontife du Ce qui veut dire qu'il ne s'agit pas de régresser au thomisme, à savoir à la philosophie médiévale de l'être (fleur à la boutonnière de l'âme rationnelle ou affective), ni d'en rester fixés à Descartes, à Kant, ou, plus généralement, au non-être (à l'abstraction) de la philosophie moderne (transformé illusoirement pour l'être probablement de la matière ou bien subrogé par l'existence), mais plutôt de progresser de manière cognitive de la libre science de la nature (caractérisant la première phase de développement de l'âme de conscience) à une libre science de l'esprit (caractérisant la seconde phase de développement de l'âme de conscience). Après Descartes dit Jean-Paul II « la philosophie s'occupe des êtres en tant que contenus de la conscience et non en tant qu'existants en dehors d'elle ». Mais Eduard von Hartmann, n'a-t-il pas écrit une Mais nous nous sommes déjà préoccupés de cela ailleurs Le Pontife dit encore: « Si, après la chute des systèmes totalitaires, les sociétés se sont senties libres, presque simultanément a surgi un problème de fond: celui de l'usage de la liberté. C'est un problème qui n'a pas seulement des dimensions individuelles, mais aussi collectives. C'est pourquoi il attend une solution de quelque manière systématique. Si moi, je suis libre, cela veut dire que je peux faire un bon usage ou un mauvais usage de ma liberté » Comme Saint Thomas, il distingue donc le « bien juste ( Donc, comme la liberté est le présupposé de l'amour, ainsi la vérité est le présupposé de la liberté. (Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres » Il ne peut donc pas y avoir de liberté sans vérité. « La liberté confirme justement le Pape est elle-même dans la mesure où elle réalise la vérité sur le bien. C'est seulement alors qu'elle est un bien. Si la liberté cesse d'être reliée à la vérité, et commence à se rendre indépendante en soi, elle pose les prémisses de conséquences morales néfastes, dont les dimensions sont parfois incalculables » Eh bien!, Si le chemin qui mène à l'amour partait de la liberté, il serait compréhensible de pouvoir faire de celle-ci comme le dit le Pape Jean-Paul II « un bon ou un mauvais usage »; toutefois un tel chemin ne part pas de la liberté, mais de la vérité. Et comment imaginer alors que celui qui s'est rendu libre par la vérité, puisse faire une « mauvais usage » de la liberté? En réalité, tout comme le bien (l'amour) descend de la liberté et la liberté de la vérité, ainsi le mal (la haine) descend de la nécessité et la nécessité du mensonge. Le « problème de fond » n'est pas, par conséquent, celui (éthique) « de l'usage de la liberté » (de l'usage du vouloir), mais bien plus celui (noétique) de la connaissance de la vérité; et puisque la vérité est le Christ (« Moi, je suis la voie, la vérité et la vie » Qui connaît et reconnaît réellement le Christ est en effet libre, et, en tant que libre, il aime (il fait le bien), tandis que celui qui connaît ou reconnaît abstraitement le Christ, ou le méconnaît, n'est pas libre et, en tant que non-libre, il n'aime pas (il fait le mal). Connaître le Christ signifie pourtant connaître l'homme ( « On dit rappelle le Pontife que le Concile (Vatican II, nda) aurait amené avec lui ce que Karl Rahner a appelé le « tournant anthropologique ». L'intuition est valable, mais on ne doit pas faire oublier en tout cas qu'un tel tournant a un caractère profondément christologique » Et comment pourrait-il en être autrement, si le Christ comme il le souligne lui-même est le « dernier Adam », et si « ce denier Adam est le Rédempteur de l'homme, le Rédempteur du premier Adam, à savoir l'homme historique, grevé par l'hérédité de la chute originelle »? Qui veut connaître l'homme doit donc connaître le Christ, et vice versa. É9tant donné qu'il y a une grande différence entre les connaissances individuellement acquises (qui ont été appropriées par expérience intime et par conviction) et celles simplement apprises par une autorité extérieure, il faut se demander: tout homme (tout « premier Adam ») peut-il développer librement une connaissance et une conscience du Christ (du « dernier Adam ») ou doit-il au contraire s'en remettre à celle enseignée par l'Église, sur la base d'une « révélation »? Le Pape, sur ceci, n'a évidemment pas de doute: Christ déclare-t-il en effet « s'il est vraiment accepté, porte avec soi l'Église, qui est son corps mystique. Il n'y a pas de Christ sans incarnation, il n'y a pas de Christ sans l'Église » Le problème de la liberté finit ainsi par se rattacher à celui des racines des « idéologies du mal ». Comme l'homme, en effet, était auparavant dans l'Église et ensuite, avec la modernité, il s'en est séparé, ainsi serait-il désormais temps que l'Église fût dans l'homme et non l'homme dans l'Église (le Christ dit justement à la Samaritaine: « Mais le temps vient, et c'est même celui-ci, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. Parce que le Père veut ses adorateurs ainsi. Dieu est esprit, et ceux qui l'adorent, doivent l'adorer en esprit et en vérité » Mais que doit-on comprendre par « Église dans l'homme »? Rien d'autre que le Je social, le nous dans le Je ou, en termes anthroposophiques, le Soi spirituel: ou bien le fondement de cette Deux mots encore. « Le mal dit le Pontife est toujours une absence d'un bien quelconque qui devrait être présent dans un être donné, c'est une privation. Mais ce n'est jamais une absence totale de bien. La manière dont le mal croît et se développe sur le terrain sain du bien constitue un mystère » Le concept thomiste de « privation » ( Si l'on ne veut pas que la chose demeure un « mystère », il faut alors remplacer le concept de « privation » par celui de « déplacement ». On a un « déplacement », par exemple, quand le bien sensible (le Il est clair, en outre, que celui qui jouit du bien « juste » (de l'esprit) jouit aussi du bien « plaisant » (de l'âme) et du bien « utile » (du corps), tandis que celui qui a le troisième et/ou le second, il n'est pas dit qu'il jouisse du premier et que le bien « plaisant » (se tenant au centre), peut dériver aussi bien du haut (de l'esprit) que du bas (du corps). Le mal, donc, est une contre-image du bien. « Au XX Les représentants de la soi-disant culture laïque et agnostique qui, ayant cessé de croire, ont repoussé le Christ et n'ayant pas encore commencé à le connaître, ne l'ont donc pas retrouvé, sont donc prévenus. S'ils persévèrent, avec leur pensée « faible » ou « faillible », à ne pas vouloir passer de l'actuelle non- (1)