La signification anthropologique d’un cours

en pédagogie Waldorf

Daniele Liberi

Steiner caractérise le coeur de la vie spirituelle de l’être humain dans les trois activités intérieures du penser conscient, du sentir semi-conscient et du vouloir inconscient.

Dans la conférence du 30 août 1919, il explique que « l’homme, en tant qu’être terrestre, a le devoir entre la naissance et la mort de pénétrer peu à peu par la logique tout ce qui le rend capable de penser logiquement, ce qui s’extériorise comme penser cognitif » (1).

Concentrons notre attention sur le processus cognitif pour saisir de quelle manière il s’articule et quelle relation il a avec les trois activités susdites.

Steiner affirme : « Dans toute activité logique, à savoir, pensante et cognitive (…) Avant tout nous avons continuellement ce que nous appelons des « conclusions » [Schlüsse] (…) Cette activité de conclusion est la plus consciente de celles de l’homme ; il ne pourrait pas s’exprimer au moyen du langage sinon au travers de conclusions continuelles (…) La logique scolaire morcelle les syllogisme ; mais ce faisant, elle fausse ceux qui se présentent dans la vie ordinaire. La logique scolaire ne tient pas compte du fait que nous tirons déjà une conclusion à chaque fois que nous considérons un objet isolé » (2).

Mettons-nous en face d’un objet quelconque, le premier acte est celui d’amener à la conscience ce que nous voyons ; nous isolons donc quelque chose dans le domaine des perceptions et nous achevons le processus en devenant conscients de l’image de cet objet. La conclusion se localise dans la conscience de veille et elle est liée au système de la tête dans lequel vit le penser.

Steiner poursuit : « La seconde chose [que nous exécutons] est un jugement [Urteil]. Le jugement aussi se développe naturellement dans la vie pleinement éveillée. Mais le jugement peut déjà descendre dans les substrats de l’âme humaine, là où celle-ci rêve (…) tout jugement que nous nous formons sur le monde, descend dans les profondeurs de l’âme rêvante. Mais qu’est-elle cette âme qui rêve ? (…) Elle est plutôt apparentée au sentiment » (3). Le second élément qui fait partie du processus cognitif est donc le jugement, lequel se localise dans la conscience de rêve et est lié au système rythmique dans lequel vit le sentir.

« La dernière chose — conclut Steiner — à laquelle nous parvenons dans la vie est un concept [Begriff] (…) nous constaterons que les concepts que nous formons descendent jusqu’au plus profond de l’être humain, jusqu’au sein de l’âme dormante, à savoir celle qui travaille continuellement à la formation du corps (…) l’âme qui dort agit jusqu’à l’intérieur des formes du corps » (4). Le troisième et dernier élément présent dans l’activité cognitive est donc le concept qui se localise dans la conscience de sommeil et est lié au système de la motricité et des échanges métaboliques dans lequel vit le vouloir.

Le processus cognitif s’articule, donc, en trois activités successives qui représentent respectivement les réalités du penser, du sentir et du vouloir : la première se manifeste consciemment en tant que conclusion, le seconde se manifeste semi-consciemment en tant que jugement et la troisième se manifeste inconsciemment en tant que concept.

Le 13 juin 1921, Steiner reprend le développement logique chez l’homme, en décrivant les trois fonctions et en les appelant, cette fois, représenter (Vorstellen), juger (Urteilen) et déduire [ou conclure, ndt] (Schließen).

« Parmi les fonctions logiques : représenter, juger, conclure — dit Steiner — seule celle du représenter est vraiment une fonction de la tête. Nous devons devenir bien conscients que seule la formation des représentations (…) est une fonction de la tête » (5). Demandons-nous à présent s’il y a une différence entre la conclusion (Schluß) dont parle Steiner en 1919 et le représenter (Vorstellen) dont il parle en 1921. La conclusion étant le fruit le plus conscient de l’homme dans le domaine du processus cognitif, elle n’est absolument pas différente de celle que Steiner appelle, également dans La philosophie de la Liberté, représentation. La « représentation, — écrit en effet Lucio Russo — à l’instar de la conclusion, est ce qui est expérimenté de plus conscient normalement par l’homme en tant qu’issue ou terme ultime d’un processus complexe et subtil d’élaboration inconsciente » (6).

Tant que l’objet de notre connaissance se trouve devant nous, son effleurement à la conscience en tant qu’image tridimensionnelle extérieure s’appelle image perceptive ; son effleurement, en revanche, en tant qu’image bidimensionnelle intérieure rappelée dans le souvenir, s’appelle représentation. Nous pouvons, pour cette raison, faire coïncider la conclusion avec la représentation ou avec l’image perceptive selon que nous nous trouvons dans un domaine purement spéculatif ou dans un domaine dans lequel l’objet de la perception que nous nous représentons est bien présent devant nos sens.

Dans la conférence de 1919, Steiner se réfère ensuite au jugement, en disant : « Le représenter est dans la réalité relié à la tête, non pas le jugement cependant. Celui-ci est vraiment relié au système central et surtout aux bras et aux mains. En réalité, nous jugeons avec les bras et les mains (…) nous pouvons nous dire que le système central existe précisément pour communiquer le monde des sentiments. Le système rythmique chez l’homme est en substance le siège du monde des sentiments ; il a la tâche de transmettre les sentiments. Le juger a en effet une profonde affinité avec le sentir (…) le sentiment qui est exprimé dans le prédicat par rapport au sujet, a une grande importance dans le jugement. Nous observons combien le sentiment participe au jugement, seulement parce que le sentiment fait partie du domaine demi-conscient » (7). Il n’y a pas de différences dans le développement de ce qu’est le jugement par rapport à tout ce qui est affirmé en 1919 ; demeurent centraux les liens avec le système rythmique et l’affinité avec la vie semi-consciente du sentiment.

Venons-en à présent à la troisième fonction logique que Steiner appelle, en 1921, déduire [conclure, ndt] (Schließen) : « Le conclure, l’inférerence [Das Schließen, die Schlüsse bilden], est en revanche relié aux jambes et aux pieds (…) si nous n’étions pas formés avec des jambes et des pieds, nous ne pourrions pas inférer des conclusions » (8).

Il faut à présent comprendre le lien entre le concept (Begriff) dont parle Steiner en 1919 et le conclure (Scließen) dont il parle en 1921.

Dans La Philosophie de la Liberté, Steiner écrit : « La représentation n’est autre qu’une intuition qui est référée à une perception déterminée, un concept qui s’est relié une fois à une perception et est resté connexe avec elle (…) La représentation est donc un concept individualisé » (9). Dans le processus cognitif, le concept qui vit dans le domaine inconscient s’unit à une perception individuelle, en donnant vie, dans le domaine de la conscience de veille, à la représentation. Cette relation entre concept et percept est mise en acte par le Je qui amène à l’encontre de l’élément individuel du percept, l’élément universel du concept. C’est justement dans ce rôle joué par le Je, que nous pouvons identifier une première relation entre le déduire et le concept : Steiner dit en effet que « nous déduisons avec les jambes et les pieds, avec le Je qui a son appui dans les jambes et les pieds » (10).

Pour comprendre comment le conclure (ou déduire) se réfère justement à la réalité du concept, considérons tout ce que dit Steiner dans la conférence suivante : « Si nous pensons l’acte du percevoir comme tel, nous pouvons dire que percevoir l’élément volitif, percevoir ce que nous faisons en partant de nous-mêmes, est profondément lié avec le déduire, et non pas avec le seul représenter. Quand je vois mon corps, lui-même est une déduction. La représentation advient seulement quand je tourne le regard sur le corps, mais tandis que j’exécute un processus déterminé semi-conscient ou subconscient, je réunis selon un jugement les choses qui me font expérimenter le tout, en concluant par la phrase : « Ceci est donc mon corps ». Ici il y a déjà cependant la perception d’une déduction. Tandis que je perçois en comprenant, je forme des déductions. En elles se trouve l’homme entier » (11).

Nous pourrions donc dire ainsi : quand je vois mon corps, avant qu’il se manifeste consciemment comme représentation, il est lui-même un concept. C’est seulement après que le Je a accompli la synthèse entre la perception de mon corps et son concept, que se manifeste dans la conscience l’image que nous appelons représentation. Le « processus semi-conscient » par lequel « je réunis selon un jugement les choses qui me font expérimenter le tout » est proprement l’activité du juger qui existe toutes les fois où les concepts se mettent en rapport entre eux, c’est-à-dire « les choses qui font expérimenter le tout ». C’est seulement à la fin que je parviens au bout d’un processus qui se déroule inconsciemment, pour ce qui concerne le saisissement des concepts (le déduire), semi-inconscient pour ce qui concerne la relation entre les concepts singuliers (juger), et consciemment pour son terme ultime la représentation).

Lucio Russo écrit que « une chose est le processus créatif inconscient qui, en partant du Je, descend d’abord aux concepts, puis aux jugements et enfin à la conclusion ou représentation consciente, autre chose est le processus cognitif qui, en partant à l’inverse de la conclusion ou représentation, remonte d’abord aux jugements, puis aux concepts, et enfin au Je » (12). Dans le processus cognitif propre à la logique auquel Steiner fait référence, le point de départ est un élément conscient dont on part pour rejoindre successivement les deux autres. Il faut noter cependant que la conscience par laquelle on expérimente la représentation, ne peut pas être la même par laquelle on expérimente le jugement et le concept ; avec une telle conscience représentative, en effet, nous n’expérimenterions pas vraiment les jugements et les concepts, mais seulement leurs ombres abstraites, c’est-à-dire que nous en prendrions « conscience (réfléchie) en ne montant pas de niveau, et sans pénétrer, pour cette raison, dans ce monde subconscient ou rêvant dans lequel se développe le jugement, ni dans celui inconscient ou dormant dans lequel sont les concepts » (13).

Ce dernier aspect a une conséquence directe dans l’enseignement scolaire parce que, dans l’éducation, nous avons à faire avec un processus cognitif adressé à des êtres en développement. Steiner explique que « la conclusion ne devrait jamais descendre là où l’âme rêve », à savoir là où vit la nature du jugement. Qu’arrive-t-il si nous nourrissons les enfants, durant les années d’école, par des jugements et des concepts morts, c’est-à-dire avec des représentations abstraites de jugements et concepts ? Nous ne faisons rien d’autre que de les nourrir avec quelque chose qui précipite comme une pierre dans leur âme et se transforme en une habitude psychique qui, dans leur futur d’adultes deviendra un préjugé.

Si la représentation ne doit pas descendre là où l’âme rêve, qu’est-ce qui peut le faire en revanche ? Le sentir ne peut pas digérer les représentations à cause de leur nature abstraite, morte et immobile. Ce qui a au contraire une affinité avec le sentir, et donc avec la nature du jugement, c’est un élément de vie, de mobilité. Quand Steiner insiste sur le fait d’amener l’enseignement au travers d’images, il se réfère, comme l’explique Lucio Russo, à l’image vivante préconsciente qui « découle directement du jugement » alors que la morte représentation consciente en jaillit indirectement puisqu’elle est le fruit de son réfléchissement dans le miroir cérébral. « Les jugements (les images préconscientes) parce que vivants et mobiles, peuvent donc se modifier et accompagner ainsi de manière souple la croissance psychique de l’enfant » (14).

Quand on travaille en classe, il faut donc tenir compte des aspects suivants :

(1) Le processus qui s’instaure durant une leçon est un processus cognitif qui s’articule respectivement en représentation consciente, jugement semi-conscient et déduction inconsciente ;

(2) Ces trois éléments doivent être suscités de trois façons et à trois moments différents, en faisant appel aux trois facultés différentes de l’enfant, le penser, le sentir et le vouloir ;

(3) Il faut éviter de s’approcher de la vie du sentiment ou de la volonté avec des représentations abstraites sont la nature est à l’inverse apparentée à la vie du penser ;

(4) Pour éduquer la vie du sentiment il est nécessaire d’interagir avec le domaine du jugement et, pour ce faire, il est nécessaire de susciter chez l’enfant non pas des représentations conscientes, mais des images pré-conscientes ;

(5) L’éducateur doit passer de la conscience représentative à un second degré de conscience que Steiner appelle conscience imaginative s’il veut éduquer correctement la vie du jugement.

Processus

cognitif

Conf. de 1919

Processus cognitif

Conf. de 1921

Facultés

de l’âme

Type de conscience Activité

intérieure

Système

concerné

Conclusion

Représentation Penser Veille Consciente Neuro-sensoreil

Jugement

Jugement Sentir Rêve Semi-consciente Rythmique

Concept

Déduction Vouloir Sommeil Inconsciente Moteur et Métabolique

Demandons-nous à présent de quelle façon nous pouvons organiser les leçons relatives à l’enseignement principal (15) afin d’éduquer organiquement tous ces trois domaines ? Steiner donne des indications précises, en prenant comme exemple le développement de la leçon de physique qui est articulée en trois moments différents, deux qui précèdent le sommeil et un qui le suit.

Le premier moment est dédié au phénomène ; l’enseignant apporte aux élèves une expérience. Dans cette phase, l’élève se consacre au travers de l’activité perceptive à quelque chose qui se produit en dehors de lui-même. L’élève est actif dans tout ce même processus cognitif parce que se développent en lui des représentations, jugements et déductions : il voit les éléments singuliers qui constituent l’appareillage expérimental (images perceptives), il saisit le sens des objets singuliers (déductions), il met en relation les déductions singulières dans leur juste séquence (jugements).

Tandis qu’il réalise une expérience, donc, tout l’être humain est impliqué, mais une telle implication est par trop contraignante pour l’individu. Steiner dit en effet : « l’être humain, dans son organisation normale, est trop faible pour être toujours engagé dans son ensemble, et donc il ne va pas bien. C’est toujours trop d’engager l’enfant dans sa totalité. Il sort toujours trop de lui-même, quand je réalise des expériences devant lui et que je dirige son attention vers le monde extérieur » (16). En outre, dans cette phase, la vie du jugement est active de manière semi-consciente et celle de la déduction de manière inconsciente, je ne suis donc pas en train d’agir directement ni sur la vie du sentiment, ni sur la vie du vouloir ; le processus cognitif de déroule entièrement, mais les images perceptives ne font qu’affleurer à la conscience. « Nous ne donnons pas encore — dit Steiner — quelque chose de très efficace pour l’éducation » parce que nous ne travaillons pas directement sur le sentir et sur le vouloir mais seulement indirectement ; nous suscitons donc des représentations, jugements et déductions au travers du système neuro-sensoriel.

« Ensuite — poursuit Steiner — je détourne l’attention des enfants des appareils que j’ai utilisés et je repasse le tout. Tandis que je fais appel au souvenir de tout ce qui a été expérimenté directement, je repasse le tout. Quand on revoie quelque chose, quand quasiment on le résume, on le passe en revue sans qu’il y ait l’observation, et le système rythmique en résulte particulièrement vivifié » (17). Vivifier le système rythmique signifie agir directement sur la vie du sentir et, donc, sur le jugement. En rappelant ce que nous avons dit par rapport à l’image, en tant qu’instrument idoine pour agir directement dans le domaine du sentir, nous comprenons que résumer l’expérience dans une image unique permet d’atteindre le domaine du sentiment. C’est justement dans cette phase que nous pouvons localiser le dessin au tableau qui incarne l’expérience dans une vision synthétique. N’oublions pas, cependant, qu’au moment où nous passons en revue quelque chose, nous faisons aussi appel à la représentation et aux concepts : si, en parcourant de nouveau l’expérience, je fais référence à une baguette de verre, chez l’élève surgit la représentation de la baguette et, avec elle aussi son concept. Nous suscitons donc des représentations, jugements et concepts, au travers du système rythmique.

À l’intérieur d’une leçon, après avoir sollicité le système neuro-sensoriel au travers de l’observation de l’expérience et le système rythmique en repassant en images ce qu’on a expérimenté, intervient le moment de la pause due au sommeil nocturne ; « Dans le sommeil — dit Steiner — ce que j’ai mis en action d’abord dans la totalité de l’enfant, puis dans son système rythmique, continue de vivre dans les membres, quand ses corps astral et Je sont sortis. À présent nous voulons observer ce qui reste dans le lit et qui fait retentir tout j’ai développé chez l’enfant : tout ce qui s’est formé chez l’enfant dans son ensemble et ce qui s’est formé dans le système rythmique afflue, pour ainsi dire dans le système de la tête. Des images s’en forment dans le système de la tête. L’enfant les trouve prêtes quand il s’éveille le matin suivant et vient à l’école (…) le tout est dans sa tête comme une image » (18).

Durant la vie de veille, l’expérience consciente de l’homme est principalement localisée dans le domaine de la tête. Pour comprendre cela, nous faisons référence à la trente-deuxième des Maximes anthroposophiques dans laquelle Steiner affirme : « La partie physique et celle éthérique de la tête se trouvent comme des images closes du spirituel, et à côté d’elles se trouvent la partie astrale et celle du Je, comme une entité animico-spirituelle autonome. Dans la tête de l’homme on a donc à faire avec une évolution parallèle des deux parties relativement autonomes physique et éthérique d’une part, de l’organisation astrale et de celle du Je de l’autre » (19). Dans la première conférence du cycle « La Mission de Michel », Steiner donne d’ailleurs une image qui peut expliquer la maxime que l’on vient de mentionnée : « Pensons à présent sous forme d’une image à une superficie d’eau, en bordure de mer, que l’on peut traverser à gué de manière telle que seule la tête émerge au-dessus de l’eau, et dans cette image nous aurons, et bien entendu il ne s’agit là que d’une image, la position de l’homme actuel » (20).

La tête qui sort hors de l’eau représente la vie relativement indépendante de l’organisation animico-spirituelle par rapport à celle éthérico-physique dans la tête. C’est justement une telle indépendance qui rend possible le réveil de la conscience puisque le Je et l’astral dans la région de la tête peuvent refléter leur activité en utilisant l’élément physico-éthérique auquel ils sont faiblement reliés. De nuit, après nous être endormis, la mer monte et recouvre complètement la tête ; l’organisation animico-spirituelle de la tête s’unit à sa contrepartie éthérico-physique exactement de la même façon que cela se produit de jour pour le reste du corps. Brièvement dit, quand nous allons dormir, le soir, l’élément animico-spirituel de l’homme se décroche du pôle de la tête, dans le sens qu’il renonce à son objectivité consciente, pour s’immerger complètement dans le monde spirituel ; cela a pour effet la perte de la conscience de veille et l’apparition de la conscience du sommeil. De cette image nous pouvons conclure que le Je et le corps astral, les constituants de la partie animico-spirituelle de l’homme, qui durant le jour est autonome dans le domaine de la tête, traversent, durant le sommeil, ce gué en s’immergeant dans le monde spirituel qui vit dans les membres du corps ; nous pourrions dire que le Je et le corps astral sortent de la tête pour entrer dans les membres. Ce qui a donc été vécu principalement dans la tête le jour précédent, au moyen de l’expérience neuro-sensorielle et dans le domaine médian par l’expérience rythmique, subit durant la nuit une sorte de maturation spirituelle dans les membres pour réaffluer ensuite dans le système de la tête sous forme d’image. Cette image est différente par rapport à celle qui, le jour précédent, pouvait parler à la vie du jugement dans l’intériorité de l’élève ; à présent, elle est en effet riche de substance spirituelle qui, à partir des profondeurs de la vie des échanges, veut être amenée à la conscience.

Lorsque, le jour suivant, l’élève s’éveille pour venir à l’école, il trouve « tout dans sa tête » sous forme d’image. Nous en venons ainsi au troisième temps de la leçon : arrivé en classe, l’enseignant rappelle l’image avec laquelle il avait pris congé de ses élèves le jour précédent ; avec eux, au moyen de questions et de considérations, il suscite la réflexion sur l’image qui est prête pour être éclairée par l’activité pensante. De cette façon, on amène en pleine clarté ce « tout » qui se présente sous une forme d’image ayant mûri dans le sommeil nocturne. Dans cette troisième phase aussi, avec notre enseignement, nous suscitons des représentations, jugements et concepts, mais nous le faisons au travers du système des échanges qui a fécondé l’image du jour précédent par l’élément spirituel.

Nous pourrions conclure en disant que le processus éducatif de la pédagogie Waldorf, en se déroulant correctement dans le respect des phrases décrites ci-dessus, a le but de former chez l’enfant les facultés au travers desquelles, dans son futur, se développe une prédisposition naturelle à une processus cognitif correct qui implique l’homme dans sa totalité de corps, âme et esprit.

Daniele Liberi

(Traduction Daniel Kmiecik)

Notes :

(1) Rudolf Steiner: Art de l’éducation I – Anthropologie — Antroposofica, Milan 1999, p.132. - GA 82, non encore traduit en 2009.

(2) Ibid. , pp.132-133.

(3) Ibid. , pp.135.

(4) Ibid. , pp.135.

(5) Rudolf Steiner: Enseignement et connaissance de l’homme — Antroposofica, Milan 1986, p.23. – GA 302a – « Enseignement et éducation selon l'anthroposophie », Éditions Anthroposophiques Romandes.

(6) Lucio Russo : Au sujet du « Mouvement pendulaire vivant » — article publié le 01/03/03 sur le site de l’ Obsservatorio scientifico Spitituale [Traduit en français sur le site de l’IDCCH, ndt ].

(7) Rudolf Steiner: Enseignement et connaissance de l’homme — Antroposofica, Milan 1986, pp.24-25.

(8) Ibid. , p.25.

(9) Rudolf Steiner: La philosophie de la Liberté — Antroposofica, Milan 1997, p.80

(10) Rudolf Steiner: Enseignement et connaissance de l’homme — Antroposofica, Milan 1986, p.25.

(11) Ibid. , p.40.

(12) Lucio Russo : Anthropologie, 24ème rencontre — publié le 08/08/08 sur le site de l’Observatoire Scientique Spirituel [et également traduit en français sur le site de l’IDCCH, ndt ]

(13) Ibid. .

(14) Ibid..

(15) Par enseignement principal ( Hauptunterricht ) on entend l’enseignement d’une matière scolaire qui, à l’école Waldorf, se produit durant les premières heures de la matinée. L’enseignement de cette même matière se poursuit durant une période de 3 ou 4 semaines, toujours aux mêmes horaires. Après cette période, on passe pendant le même intervalle de temps et toujours durant les premières heures de la journée, à une autre matière d’un cursus.

(16) Rudolf Steiner: Enseignement et connaissance de l’homme — Antroposofica, Milan 1986, pp.40-41.

(17) Ibid., p .40.

(18) Ibid., p .41.

(19) Rudolf Steiner: Maximes anthroposophiques — Antroposofica, Milan 1969, pp.26-27. En français : « Les lignes directrices de l’anthroposophie », Éditions Novalis 1998

(20) Rudolf Steiner: La Mission de Michel — Antroposofica, Milan 1981, p.9.


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