HISTOIRE
de la
Seigneurie de Modave




L'inventeur de la machine de Marly :



Au temps des comtes de Marchin, avait été construite á Modave une machine hydraulique destinée á élever dans la cour de château les eaux du Hoyoux. La tour au dessus de laquelle les eaux étaient montées existe encore dans la partie supérieure du parc. La hauteur de refoulement est d'environ cinquante mètres. Une machine de cette puissance était á cette époque considérée comme une merveille. La tradition en attribue l'invention au charpentier Rennequin Sualem, né á Jemeppe, le 29 janvier 1645. C'est de cette construction que vint la première idée de la machine qui fut plus tard établie á Marly pour élever les eaux au château de Versailles á une hauteur de cent cinquante mètres au-dessus du niveau de la Seine.

Le baron de Ville, que les Français désignent généralement comme l'inventeur de la machine de Marly, avait, dès le temps des Marchin, de fréquentes relations avec Modave, à cause surtout de l'amitié qui l'unissait au maréchal. Nous voyons même qu'il intervint dans l'administration des biens du comte de Marchin et donna en stutte, au nom de celui-ci, toute la propriété de Modave, le 15 novembre 1676. Arnold de Ville avait d'ailleurs à Survillers une cousine, Anne-Marguerite de Ville, fille de Jean de Ville et d'Elisabeth de Saint-Vittu, née en 1649, mariée à Henri de Jamaigne. Il eut donc l'occasion d'admirer et d'étudier la machine construite par Sualem. La tradition rapporte qu'il l'étudia en effet, en copia le plan et se promit d'en tirer parti. Instruit par son ami Jean-Ferdinand de Marchin, du désir qu'avaient Louis XIV et son ministre Colbert d'élever les eaux de la seine dans le domaine de Versailles, Arnold de Ville se présenta pour exécuter ce gigantesque travail; mais il se fit aider par Sualem, et s'il faut en croire la tradition, qui varie d'ailleurs dans les détails, c'est le modeste et illettré charpentier de Jemeppe qui fut le véritable auteur de la machine de Marly, et il eut l'honneur d'expliquer, devant Louis XIV, dans son franc wallon de Liège, comment to tûsant (tout en y pensant), il avait trouvé la combinaison de roues et de pompes qui devait satisfaire les désirs du grand roi.

Nous avons dit que, contrairement à cette tradition, les auteurs français désignent généralement le baron de Ville comme l'inventeur de la machine. Il jouit en effet de cet honneur à la cour de Louis XIV; le roi lui fit un don de 100000 livres, lui fit bâtir près de la machine une magnifique habitation, le nomma gouverneur de cette machine avec 6000 livres de gratification annuelle, auxquelles il en ajouta 6000 de pension; les poètes célébrèrent son invention merveilleuse, et, sous ses portraits, comme sous les plans et vues des travaux de Marly, son nom fut suivi du titre d'inventeur et de gouverneur de la machine. Enfin un auteur récent, M.J.-A. Leroi, conservateur de la bibliothèque de la ville de Versailles, a consacré une étude remarquable à revendiquer pour le seigneur de Modave le mérite de l'invention qui lui valut tant d'honneurs et de richesses.

à suivre ...