Les frères Zemour : l'ancienne école du Milieu



    Les frères Zemour, fratrie juive pied-noir, régnèrent sur le milieu parisien avant de tomber sous les balles de leurs adversaires.
Dès les années 1950, donnant dans l'escroquerie et le proxénétisme, ils devinrent les caïds de Montmartre à l'issue d'une "guerre du Faubourg" qui dura de 1965 à 1967.
Les "Z" s'opposèrent ensuite au milieu corse pour le contrôle des jeux, puis au "Clan des Siciliens"...
Entre 1973 et 1976, les victimes s'accumulèrent, signant le déclin du clan Zemour. Les survivants s'exilèrent mais continuèrent à s'impliquer dans les activités illégales jusqu'en 1983 qui marquera la fin définitive du gang.

Les origines



    Les frères Zemour sont issus d'un couple de juifs algériens.
Roland est né en 1925, suivi de Théodore en 1927, William en 1930, Gilbert en 1935 et Edgard en 1937.  Aux frères succéderont quatre filles nées en 1938 et 1944.

    Issus d'un milieu modeste et bien qu'éduqués religieusement, les frères se firent vite remarquer dans le quartier juif de la ville de Sétif.
Quittant rapidement l'école, ils adoptèrent rapidement le profil de petits voyous.  Bien qu'accumulant de petits métiers sans lendemain, les frères se distinguèrent rapidement par leur violence, surtout Gilbert et Edgar, reconnu comme le plus colérique et bagarreur.

Les débuts



    Roland fut le premier à rejoindre Paris, en 1947.
Adoptant une carrière de proxénète, il connut une fin rapide.  Le 17 novembre 1947, il fut abattu de plusieurs coups de feu rue Blondel par un concurrent...

    En Algérie, les tensions indépendantistes s'accumulèrent, créant un climat de violence jusqu'au déclenchement de la guerre d'indépendance, en 1954.
En 1955, la famille Zemour dans son ensemble quitta l'Algérie pour s'installer à Paris.

    Les frères se lancèrent, dès leur arrivée en France, dans des activités peu recommandables.
Les frères Zemour

Le temps du bidonnage



    La spécialité des voyous israélites était le bidonnage, modeste entreprise de petites arnaques.
En ce début de reprise économique des années 1950, la vente à domicile recueillit un grand succès.
Les bidonneurs faisaient donc du porte-à-porte en faisant passer des produits bas de gamme pour de la marchandise de qualité et en la vendant très cher.  La confusion alors générale entre anciens et nouveaux francs favorisait les pratiques des escrocs.

    Les Zemour se spécialisèrent dans l'arnaque aux vins et, en même temps, débutèrent dans le monde du proxénétisme dans le 9è arrondissement de Paris.
Plus tard, Gilbert aura une "gagneuse" dans le midi et une autre à Grenoble.  William, une à Paris et une autre à Nevers...
Le monde des proxénètes était violent : en 1961, Edgard fut blessé de quatre balles sur les Champs-Elysées.
De son côté, en 1963, Gilbert fut inquiété par la Justice pour une tentative de meurtre sur un proxénète yougoslave..

      Entre 1955 et 1960, les frères Zemour tombèrent plusieurs fois : Gilbert fut condamné deux fois, Théodore quatre, Edgar trois, William à huit reprises...

    Les Zemour se rapprochèrent également du parti gaulliste, au côté d'un certain Roger Bacry qui deviendra l'un de leur lieutenants, et surtout du Service d'Action Civique, la police parallèle de De Gaulle où foisonnaient les truands.

    En 1963, seize ans après la mort de leur frère Roland, les Zemour le vengèrent.  Un certain FIlippi, proxénète de son état, fut retrouvé mort sur la route de l'Estérel à Nice.

    Bref, petit à petit, les "Z" commencèrent à faire parler d'eux.
Bientôt, ils allaient jeter leur dévolu sur Montmartre.  Mais, dans ce quartier parisien, fief de la communauté juive pied noir, de nombreux malfrats étaient déjà en place...

Montmartre



    La parrain de Montmartre, c'était Sion Atlan, né en 1929 et secondé par son frère René et quelques cousins.
Maître du proxénétisme et de trafics en tout genre, Sion Atlan, fort de son aura, réglait les problèmes et calmait les ardeurs des diverses factions.
Il s'était aussi spécialisé dans la "protection" des commerçants locaux.

    L'autre redoutable fratrie de Montmartre était constituée par les Perret (Marius, Clément et Gilbert).
Violents, les Perret étaient spécialisés dans la protection des fournisseurs de vins et spiritueux.

    Entre les deux clans, l'entente était précaire.

      Les Zemour apparurent donc dans le circuit, nouèrent de nouveaux contacts et se rapprochèrent du clan Atlan.
Pour se donner une apparence respectable, Gilbert Zemour devint propriétaire du restaurant "L'Assiette carrée", rue de la Fidélité dans le 9è arrondissement, qui deviendra le QG du clan.

    En 1963, Théodore ayant pris ses distances avec le Milieu, ce fut William qui devint le véritable chef de clan.
Homme discret, ne possédant rien en son nom, ni domicile, ni voiture, ni compte en banque, il vécut une brève liaison avec Marie-Christine Guérini, fille de Barthélémy Guérini, parrain corse régnant alors sur Marseille.

    De son côté, le troisième frère, Edgard, était redouté pour sa violence.

    Autour des trois, se créa un petit cercle de fidèles composé des frères Spighel et d'autres....

    En 1965, l'équilibre fragile régnant entre les Zemour, les Atlan et les Perret se rompit avec l'assassinat, en octobre, de Sion Atlan, victime de tireurs demeurés inconnus.
William Zemour

Les Zemour au pouvoir



    Bien que les trois frères Perret aient été en prison lors de l'assassinat de Sion Atlan, de lourds soupçons pesèrent sur eux.

    Privé de son chef, le clan Atlan périclita rapidement, au bénéfice des Zemour.
Le 21 décembre 1966, René Atlan fut abattu, rue Choron, de huit balles de calibre .45 sur ordre de Gilbert Perret.

    Peu appréciés dans le quartier car "demi-juifs", les Perret devinrent la cible des Zemour, décidés à venger leurs amis Sion et René Atlan.
Le 27 janvier 1967, deux sous-fifres des Perret furent abattus .  Marius, Gilbert et Clément Perret prirent la fuite dans les Yvelines où ils furent, peu après, arrêtés par les hommes de l'Antigang, et condamnés à quelques mois de prison pour port illégal d'armes à feu.
A leur sortie de prison, réalisant que les Zemour avaient profité de ces quelques mois pour parfaire leur emprise sur Montmartre et que les rues n'étaient désormais plus sûres pour eux, les frères Perret renoncèrent définitivement et se replièrent vers la Bretagne.  Ce fut la fin du clan Perret.

    Le 2 mai 1967, la guerre du Faubourg se termina lorsque Lucien Sans, alias Bouboule, cerveau de l'assassinat de René Atlan, reçut plusieurs balles dans un cabaret de Juan-Les-Pins.  Ayant survécu par miracle à la vengeance des Zemour, Sans prit la fuite en Amérique du Sud.
Bilan final de la guerre du Faubourg : cinq morts et trois blessés graves.

    Maîtres de Montmartre, les Zemour étendirent leur influence sur Belleville et se lancèrent dans la protection des tenanciers des hôtels de passe, maillon essentiel du business du proxénétisme.

    N'hésitant pas à racketter les commerçants, les Zemour auraient, en 1967, prélevé un impôt sur les juifs du quartier en vue de soutenir l'effort israélien durant la guerre des Six Jours.

    En mai 1968, incontournables, on les vit assurer le service d'ordre des ministres André Malraux et Michel Debré.
A la même époque, ils mirent la main sur plusieurs tripots de la capitale.

    Toutefois, les Zemour visaient plus haut, ambitionnant de pénétrer les grands cercles de jeux officiels de la capitale, chasse gardée des clans corses dirigés par Jean-Baptiste Andréani et Marcel Francisci.

La guerre des jeux



    L'entente Andréani-Francisci se rompit à partir de 1962, occasionnant quelques fusillades.

    En 1967, une guerre ouverte s'ouvrit entre les deux parrains.
En décembre, deux poseurs de bombes périrent dans l'explosion de la charge qu'ils destinaient à la villa de Francisci.
Ce dernier répliqua rapidement : en janvier 1968, deux hommes des Zemour échappèrent de peu aux balles qui leur étaient destinées.

    Le 21 juin 1967, à Ajaccio, un café dans lequel se trouvaient les trois frères Francisci fut mitraillé par six gangsters.
Si les trois frères s'en sortirent indemnes, un de leurs hommes fut tué et six autres blessés.

    Profitant de la situation, les Zemour offrirent leurs services à Jean-Baptiste Andréani qui opposa une fin de non-recevoir, préférant s'assurer les services des deux frères Panzani...
Les Zemour se rangèrent alors du côté de Marcel Francisci.  Un de leurs cousins, Sauveur Zemour, devint le garde du corps personnel du parrain Francisci.

    Le 3 octobre 1968, avenue Carnot, deux Corses ayant participé à l'attentat d'Ajaccio contre Francisci, François Andreani et Toussaint Giovanelli, furent abattus de dix balles de calibre .45 dans la tête par un commando de cinq hommes.
En conséquence, l'importance des Zemour s'accrut considérablement ; abattre deux gangsters corses redoutés en pleine journée sur une avenue fréquentée n'était pas donné à n'importe qui...

    Le 21 octobre 1968, Ange Leca, autre participant à la fusillade d'Ajaccio, fut abattu, suivi le lendemain par Mathieu Mareschi et Antoine Cesari...
Pour les autorités c'en fut trop; elles fermèrent les salles de jeux appartenant à Andréani et Francisci.
A la fin de 1969, les truands parvinrent à faire lever l'interdiction et, début 1970, ils conclurent une trêve.

    Les Zemour furent remerciés par Francisci, leur intervention ayant apporté plus de mal que de bien.
Après le double assassinat de l'avenue Carnot, se sentant invulnérables, les Zemour, bénéficiant d'une large aura dans la pègre, débordèrent de leurs quartiers de prédilection.  Dans l'intervalle, leur équipe s'était enrichie de nouvelles gâchettes, presque tous juifs ou pieds noirs.

    Au faîte de leur puissance, les Zemour commencèrent à regarder vers l'étranger.

En terres étrangères



    A la fin des années 1960, désormais maîtres de Paris, les Zemour regardèrent en direction de l'Allemagne et de ses Eros Center, établissements légaux voués à la prostitution.  Leur influence s'étendit aux villes de Munich et Francfort.

    FIn 1969, Edgard Zemour acheta un restaurant londonien et en profita pour mettre en place des trafics avec le continent.  Il fut rapidement expulsé d'Angleterre et interdit de territoire

    Vers 1970, Edgard et William gagnèrent l'Israël.  Installés à Tel Aviv, ils lorgnèrent une fois de plus sur le cercle des jeux, se retrouvant opposés au "gang des Yéménites" des frères Danokh.
Les Zemour leur proposèrent cependant leurs services, les Danokh ayant un compte à régler avec un certain Shem Tov Misrahi et la bande de Salomon Abu.
Le 18 avril 1970, ShemTov Miskari fut abattu de quatre balles, tandis que Salomon Abu, étrangement abandonné par ses gardes du corps, fut arrêté par des militaires israéliens.  Abu fut condamné à la réclusion à perpétuité.
Il se murmura que les Zemour avaient tout organisé pour le compte des Danokh.  D'ailleurs, peu après, on retrouva les gardes du corps de Salomon Abu aux côtés d'Edgard Zemour....

    FIn 1971, la présence des Zemour à Tel Aviv ne fut plus du goût des Danokh.
Plusieurs proches des Zemour furent "donnés" aux autorités et trois de leurs établissements devinrent la proie des flammes.
Le 21 mars 1972 à Haïfa, l'exécutant des Danokh, Ilan Ashrov, fut retrouvé criblé de balles.
Les soupçons se portèrent vers Edgard et William Zemour, lesquels furent expulsés d'Israël.
Ce fut la fin de l'aventure israélienne et le retour aux affaires parisiennes que les Zemour n'avaient jamais véritablement quittées.

    A Paris, en 1972, le retour des Zemour allait provoquer de vives tensions entre gangs rivaux. 
La guerre, impitoyable, allait éclater en 1973.

Vers une nouvelle guerre de gangs



    Au début des années 1970, les Zemour étaient au zénith de leur puissance, contrôlant tripots et cercles de jeux, fédérant les voyous de la capitale et disposant d'un réservoir important de main d'oeuvre, , multipliant les rackets sur les établissements de Pigalle, achetant les adresses prestigieuses de la capitale, multipliant les associations commerciales à la limite de la légalité, envoyant des masses de prostituées travailler en Allemagne, investissant à l'étranger...

    Toutefois, après la guerre du Faubourg qui fit huit victimes (dont cinq morts) et celle des cercles de jeux qui en fit seize (dont dix tués), un nouvel affrontement se préparait avec le "clan des Siciliens".

    En 1972, un associé des Zeimour, Roger Bacry, proposa aux frères de se lancer dans le trafic d'héroïne qui, connu sous le terme de "French Connection" connut son apogée entre 1965 et 1973.
Investissant de fortes sommes, les Zemour allaient cependant connaître de graves revers...

    La DEA américaine parvint en effet à arrêter l'essentiel des membres de leur filière et 120 kilos d'héroïne furent saisis à Bruxelles.  Sachant leur relais principal, André Condemine dit "Petit Ded" sur le point d'être arrêté, les Zemour firent le ménage..  En juillet 1973, le corps de "Petit Ded" fut retrouvé dans les eaux du port de Saint-Cloud.

    Une seconde tentative vit un sous-fifre, Pierre Siméoni dit "Gros Pierrot", détourner la drogue dont il avait la garde.  Il fut abattu le 11 janvier 1973 de six balles de calibre .38 dans une rue de Paris.

    Quant à Roger Bacry, un différend financier ne tarda pas à l'opposer aux Zemour.
Il intégra alors un gang montant, originaire de la banlieue Sud de Paris, dit "des Siciliens"...

Le clan des Siciliens



    A la tête du clan des Siciliens, dont l'origine du nom reste discutée, se trouvaient Jean-Claude Vella et Marcel Gauthier.

    Spécialisés dans le proxénétisme et surtout les braquages, les "Siciliens" dominaient la banlieue Sud de Paris et surtout le triangle Ivry-Vitry-Villejuif.
Ils étaient très représentatifs de la "nouvelle génération" criminelle, adepte des attaques à main armée, qui prendra la relève du vieux Milieu dans la deuxième moitié des années 70.

    Equipe montante, le clan des Siciliens ne pouvait que se heurter aux frères Zemour.
Lorsque Roger Bacry passa dans le camp des Siciliens, il n'eut de cesse de monter ces derniers contre ses anciens équipiers, les Zemour.

    Fort d'une équipe de braqueurs et gangsters aussi expérimentés que redoutables, le clan des Siciliens était des mieux armés pour donner du fil à retordre aux Zemour.

    En 1973, le conflit entre les deux parties, larvé jusque là, se déclencha.
Gauthier et Vella, les deux chefs du clan des Siciliens

La guerre des gangs



    En 1973, les "Siciliens" décidèrent de racketter l'Aquarius, un hôtel de passe du quartier des Halles, très rentable et dans le giron des Zemour.
Le 12 mars 1973, Raphael Dadoun, un homme des Zemour en charge de cet établissement, fut criblé de balles de calibre .45 et de fusil de chasse..
Ce fut le début de la "guerre des hôtels" qui allait ensanglanter le pavé parisien durant trois ans.

    Les Zemour décidèrent de riposter et firent appel à un trio lyonnais pour effectuer le sale travail.
Toutefois, le traître Roger Bacry fit courir la rumeur que trois hommes du clan Zemour avaient abattu Dadoun. 
Le stratagème fonctionna et, le 6 avril 1973, le trio lyonnais abattit Joël Arfailloux, l'un des hommes des Zemour faussement dénoncés comme tueur de Dadoun.

    Le 19 mai 1973, pour couvrir les traces et grâce à la traîtrise, les Siciliens arrangèrent une rencontre avec le trio lyonnais dans un restaurant du boulevard Kellerman sous prétexte d'informations à leur communiquer.  Deux tireurs pénétrèrent dans l'établissement et abattirent les Lyonnais.

      Les Zemour contre-attaquèrent huit jours plus tard, le 27 mai 1973.  En l'espace de deux heures, deux hommes des Siciliens, suspectés d'avoir été impliqués dans la fusillade du boulevard Kellerman, furent abattus de plusieurs balles rue Dupleix et rue Bauchart. 
Les Zemour auraient alors fait savoir aux Siciliens qu'ils n'en voulaient qu'à Roger Bacry, en échange duquel ils seraient prêts à abandonner toute idée de vengeance, en dépit des huit victimes déjà dénombrées.

    Ce fut à cette époque que Gilbert Zemour prit ses distances avec le Milieu pour entrer dans le monde des affaires.
Il fit l'acquisition de plusieurs cabarets et biens immobiliers tout en continuant à effectuer diverses escroqueries.
Fin 1973, il partit pour le Canada et fonda à Montreal une agence immobilière à la limite de la légalité.  Expulsé du Canada, il s'installa alors à Miami.

    La guerre reprit de plus belle le 11 octobre 1973 avec l'assassinat par les Zemour d'un homme des Siciliens.

    Marcel Gauthier, l'un des dirigeants des Siciliens, ne réussissant pas à localiser les Zemour et leurs proches lieutenants, se rabattit sur le menu fretin.
Le 16 octobre 1973, un fournisseur d'armes des Zemour fut assassiné dans le Val-de-Marne.
Une semaine plus tard,le 23 octobre, Roger Zemmour, un cousin de la famille et voyou marseillais, fut tué d'une douzaine de balles en sortant d'un bar marseillais.

    En février 1974, suite à une intervention des frères Panzani, les deux camps acceptèrent de conclure une trêve, tandis que Roger Bacry restait terré.  Plusieurs mois durant, le sang cessa de couler.

    Le 12 juin 1974, constamment ivre et sous psychotropes, épuisé par des semaines d'angoisse, Bacry se suicida.
La mort de celui qui avait déclenché l'une des plus graves guerre des gangs en France ne sonna pas pour autant la fin des hostilités.

    Le 29 novembre 1974, un membre du gang des Siciliens fut abattu de sept balles boulevard Voltaire à Paris.
On vit dans cet assassinat la marque des frères Zemour mais on évoqua aussi un règlement ce compte interne aux Siciliens.
Un mois auparavant, un tueur des "Z" avait été blessé dans une fusillade rue de Crimée...
De toute évidence, les hostilités avaient repris.

    Ce fut dans ce contexte que survint la fusillade du Laëtitia.
Le 2 janvier 1975, rue Notre-Dame-de-Lorette, le bar fut attaqué par six hommes masqués qui mitraillèrent les  occupants.  Bilan de l'opération : deux tués et six blessés dont Jo Panzani.
Selon les rumeurs qui filtreront, les Siciliens étaient à l'origine de l'attaque qui visait à s'en prendre aux Panzani dans leur fief et de faire porter le chapeau aux Zemour, afin de monter contre eux les frères Corses et leurs nombreux soutiens.
Quoi qu'il en soit, les Zemour plaidèrent leur innocence devant les Panzani qui les crurent...
Fusillade du Laëtitia



    Deux mois plus tard, un autre carnage eut lieu : la célèbre fusillade du Thélème.
Le 28 février 1975, la police reçut une information selon laquelle les Zemour et les Siciliens devaient se rencontrer dans un bar du boulevard Saint Germain.
Les commissaires Broussard et Leclerc établirent une surveillance avec dix-huit policiers en soutien.
Dans l'après-midi, ils aperçurent Edgar Zemour et son cousin Edmond au comptoir du Thélème.  Ils furent rejoints par William Zemour et deux complices peu après.
Broussard intervint avec huit hommes au Thélème tandis que Leclerc intervint au débit de boisson lui faisant face, où il pensait trouver les Siciliens qui, en fait, n'étaient pas présents.
Au Thélème, à l'entrée des policiers, Jo Elbaz, un homme des Zemour qui crut à un guet-apens, ouvrit le feu, blessant grièvement un policier.  Ses collègues répliquèrent et 14 coups de feu furent tirés en direction des cinq hommes dont quatre furent touchés.
Jo Elbaz fut tué sur le coup.  William Zemour, atteint de trois balles, mourut peu après.  Son frère Edgard, touché de quatre balles dans la région de la colonne vertébrale, demeura handicapé.  Edmond Zemour, le cousin, reçut une balle dans le genou...  Bilan final : deux morts et huit blessés dont deux graves, huit semaines après la fusillade du Laëtitia.

    Le piège aurait été orchestré par Pierrino Rotondo, une balance notoire proche des Siciliens, qui aurait donné le faux tuyau à la police.
Rotondo n'eut jamais l'occasion de donner de détails.  Peu après, il reçut balle dans la tête de la part de son propre clan.  Son corps fut découpé en morceaux et jeté dans de l'acide pour le faire disparaître.

    La fusillade du Thélème marqua la fin de la domination des Zemour sur le Milieu parisien.
William était mort.  Edgar, gravement blessé, fut emprisonné pour un an.  Gilbert, réfugié à Miami s'avéra incapable d'empêcher la dislocation du clan après la mort de William et se brouilla avec Edgar qu'il tint pour responsable des événements du Thélème.
Affaiblis, les "Z" se rabattirent sur la prostitution allemande et les Eros Center de Francfort, Cologne et Düsseldorf.
Fusillade du Thélème



    Le 13 septembre 1975, le corps de Jean-Claude Vella, l'un des deux chefs siciliens, fut découvert dans le coffre d'une voiture en plein Paris, avec deux balles dans la tête.  Apparemment liquidé par son associé Marcel Gauthier à l'issue d'un différent.

    Le 17 octobre, à l'initiative de Gauthier, un homme des Zemour fut abattu "à la sicilienne" dans un parking souterrain.

    En mars 1976, Jean-Claude Attali, dit "La Puce", proche des Zemour et décrit comme un "psychopathe caractériel, impulsif et dangereux" fut liquidé par les Siciliens.  Le 24 mars, trente balles tirées par quatre armes différentes, mirent un terme à sa carrière criminelle.

    Six mois plus tard, la domination des Zemour n'était plus qu'un souvenir.
Leurs hôtels de passe se retrouvèrent dans des mains étrangères, anciennes ou nouvelles, dont beaucoup d'ex-Siciliens.
L'existence du clan des Siciliens était également un souvenir...  L'assassinat de son leader, Vella, ainsi que la fusillade du Laëtitia, en avaient sonné le glas.  Le second leader sicilien, Marcel Gauthier, prit la fuite plusieurs semaines en Corse.  Le 17 septembre 1976 à Nice, à peine revenu sur le continent, sa voiture fut bloquée par une camionnette dont sortirent deux tueurs; le second et ultime chef sicilien fut achevé de plusieurs balles dans la tête.

    Gauthier mort, la guerre des Siciliens se termina.
Etalée sur trois ans, elle avait causé la mort de 25 personnes, ce qui en fait l'un des conflits les plus meurtriers dans l'histoire du Milieu français.

    Pour mieux s'imposer, la nouvelle génération allait faire le ménage parmi les anciens...

Les derniers soubresauts du clan Zemour



    En 1976, après les ravages de la "guerre des Siciliens", les deux clans n'étaient plus...

    Du côté des Zemour, William, le chef, était mort, ainsi que ses principaux lieutenants (Dadoun, Arfailloux, Elbaz, Spighel, Attali...); les survivants reprirent leur indépendance.

    Les frères Zemour survivants s'exilèrent.
Théodore, le moins impliqué, quitta Palma de Majorque pour la Martinique.
Edgar gagna Miami..
Gilbert s'installa à Bruxelles où il tenta de reprendre pied dans les cercles de jeux.  Soupçonnant l'un des ses associés parisiens, René Juillet, de l'arnaquer en simulant la faillite d'affaires communes, ce dernier fut abattu, le 26 mars 1980, d'un coup de fusil de chasse tiré d'une voiture, rue de Balzac.  Etrangement, deux semaines plus tôt, Gilbert Zemour avait volontairement été dénoncé pour un fait mineur par un associé qui avait appelé la Police Judiciaire de Bruxelles; placé en détention pour deux semaines, Gilbert disposait d'un alibi parfait dans le cadre de l'assassinat de Juillet...

La fin d'Edgard Zemour



    Réfugié à Miami, Edgard Zemour vit ses revenus fondre comme neige au soleil.
Il fit alors courir une rumeur selon laquelle Marcel Francisci, l'empereur des jeux auquel il avait été associé avec ses frères à la fin des années 1960, lui devait une somme de huit millions de francs.  Dette réelle ou racket ?  On l'ignore mais Francisci ne donna pas suite.
Dans la nuit du 14 janvier 1982, l'empereur des jeux fut exécuté dans un parking souterrain de trois balles de calibre .45

    Edgar Zemour relança les frères Francisci pour leur rappeler la dette de Marcel, tandis que la DEA américaine le soupçonnait de tremper dans un trafic de cocaïne local.

    Le 8 avril 1983, Edgard Zemour fut abattu de quatre balles de calibres .45 tirée à travers une fenêtre de la chambre de sa villa de Miami.
Divers indices laissèrent à penser que l'assassinat d'Edgar Zemour était une réplique à celui de Marcel Francisci un an plus tôt.
Edgard Zemour

La fin de Gilbert Zemour



    Au début des années 1980, si les affaires d'Edgard avaient périclité, celles de son frère Gilbert se portaient à merveille.

    Domicilié avenue Louise à Bruxelles depuis 1975, il fit l'acquisition de restaurants, discothèques, tripots clandestins et salles de jeux.
Il créa également la société Expansa, sous couvert de laquelle il racheta le casino de Namur, versant au passage quelques pots de vins aux personnes influentes de la ville.

    En novembre 1980, le casino fut en partie détruit par un incendie, peut être déclenché par des concurrents allemands.
Les 100 millions de francs de dégâts furent laissés à charge de la Ville de Namur.

    Gilbert Zemour se rabattit sur Paris où il acheta deux clubs de jeux.  Il entreprit aussi des négociations pour acquérir deux casinos niçois : Le Palais de la Méditerranée et le Rühl...  Il était alors sur le point de devenir le chef occulte, son nom n'apparaissant nulle part, d'un véritable empire des jeux.

    Le 27 juillet 1983, Gilbert Zemour, mi-homme d'affaires et mi-gangster, sortit sur l'avenue de Ségur avec ses quatre caniches.  Deux coups de feu, suivi d'un troisième dans la tête en guise de coup de grâce, mirent un terme à son parcours.

    Le meurtre demeura irrésolu.
L'hypothèse d'une vieille vengeance remontant à la guerre des gangs s'avéra peu convaincante, ses adversaires étant tous décédés.
Un règlement de compte interne au monde des jeux ne sembla guère plus probable.

    Dernier survivant des frères Zemour, Théodore, en choisissant la discrétion et des affaires sans prétention, avait fait le bon choix.  Il fut le seul dont la vie se poursuivit en Martinique.
GIlbert Zemour

LES FRERES ZEMOUR


Noms : Roland, Théodore, William, Gilbert et Edgar Zemour

Victimes : plus de 30

Lieux : Paris (France)

Dates : De 1960 à 1976

Moyens : Méthodes maffieuses

Mobile : Appât du gain

Verdict : Pas de procès, éliminés par leurs concurrents


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