Jack Unterweger : l'étrangleur de Vienne



    Fils d'une prostitué et de père inconnu, Unterweger grandit dans la pauvreté et l'ignorance.  Lorsqu'il commit son premier meurtre, à vingt-quatre ans, il était analphabète.  Lors de son séjour en prison, sa grande intelligence lui permit d'apprendre à lire et à écrire.  Il publia une autobiographie qui devint un best-seller et, en 1990, fut libéré avant de devenir une célébrité médiatique.
Une fois en liberté, il continua à écrite et paraître en public.  Mais il continua aussi à tuer...

Les origines



    Jack Unterwager naquit en Autriche le 16 août 1952.  Il était le fils d'une prostituée et d'un père inconnu, vraisemblablement un militaire américain.

    Sa mère, qui abusait de l'alcool et des drogues, le confia à son grand-père, également alcoolique et totalement irresponsable en matière d'éducation.
Ce dernier négligea de l'envoyer à l'école et avait des relations sexuelles devant l'enfant.

    Devenu adolescent, Jack Unterweger bascula dans la délinquance et fut arrêté à l'âge de seize ans après avoir commis plusieurs vols et agressé une prostituée.
Cette arrestation ne le calma pas et, entre 1966 et 1973, Unterweger devint bien connu de la Justice autrichienne.  Il fut à nouveau incarcéré après avoir volé des voitures et agressé des prostituées à l'aide d'une barre de fer afin de les dévaliser.

Premier meurtre



    Le 11 décembre 1974, Unterweger s'associa avec une prostituée, Barbara Scholtz, en vue d'agresser à domicile une amie de Scholtz du nom de Margaret Schaeffer, dix-huit ans.
Ayant commis un vol dans l'immeuble, Unterweger ligota Schaeffer à l'aide d'une ceinture de manteau et, avec l'aide de Scholtz, la conduisit en forêt où il exigea de la victime des relations sexuelles.  Schaeffer refusa et Unterweger se mit en colère, battant la jeune fille à l'aide d'une barre de fer.  Bien qu'il n'eut pas prémédité le meurtre selon ses dires, il étrangla Margaret Schaeffer à l'aide de son soutien-gorge, un modus-operandi qui deviendrait sa signature dans l'avenir : étrangler en utilisant un vêtement de la victime...
Unterweger abandonna ensuite le corps dénudé en forêt, caché sous des feuilles mortes.

    Selon toute vraisemblance, Unterweger commit un autre meurtre dans les jours suivants.  Une prostituée du nom de Marcia Horveth fut étranglée à l'aide de bas et jetée dans le lac Salzachsee, non loin de Salzbourg.  La police n'enquêta guère sur ce meurtre car, dans l'intervalle, Unterweger avait été appréhendé dans le cadre du meurtre de Schaeffer.

L'arrestation et les études



    En 1976, Unterweger fut arrêté grâce à la dénonciation faite par sa complice Barbara Scholz.
Condamné à la prison à vie, Unterweger apprit à lire et à écrire en détention, puis se découvrit un talent pour la littérature et devint un écrivain de renom.

    Lors de son procès, Unterweger avait déclaré avoir tué Schaeffer car il avait cru voir sa propre mère devant lui ce qui avait provoqué en lui une immense colère.
Les psychiatres décrivirent Unterweger comme un psychopathe sexuel et un narcissique sadique sujet à de brusques accès de rage et incurable pénalement parlant.

    Unterweger continua à lire les grands auteurs, édita un journal de la prison, puis une revue littéraire.  Il commença à écrire des poèmes, des pièces de théâtre et, finalement, en 1984, publia son autobiographie sous le titre "Fegefuer : eine Reise ins Zuchaus" (Purgatoire : un voyage à la prison), où il raconta son enfance difficile, son adolescence tourmentée et ses actes délictueux.
Les critiques apprécièrent l'ouvrage et Unterweger remporta un prix littéraire avant que son autobiographie ne devienne un best-seller.

    L'ouvrage d'Unterweger constitua son passeport pour la liberté et l'ascension vers la gloire.  Bénéficiant du soutien de nombreux intellectuels, Unterweger fut décrit comme une victime et personnifia le criminel ayant expié ses crimes et étant désormais promis à une vie meilleure. 

    L'appui d'intellectuels renommés et de politiciens de gauche valurent à Unterweger une libération conditionnelle, le 23 mai 1990.
Unterweger en 1976


De la misère à la gloire



    Ayant connu la faim, la pauvreté, l'ignorance et la frustration, Jack Unterweger devint une célébrité médiatique.
Il apparut régulièrement à la télévision, donnant son avis sur la réadaptation et la réinsertion des prisonniers, ainsi que sur des problèmes de sécurité publique.
Ses interlocuteurs réguliers furent des journalistes, des criminologues, des intellectuels, des membres du gouvernement...

    Considéré comme un écrivain célèbre et respecté, il donna des conférences, rédigea des articles pour le compte de revues connues et se lança dans une carrière d'auteur de théâtre.

    Célèbre et riche, il collectionna les succès féminins et intégra les clubs de la haute société autrichienne.
Jack Unterweger


Toujours un meurtrier



    Un profileur du FBI déclara un jour : "Quand vous éduquez un psychopathe, tout ce que vous obtenez c'est un psychopathe poli".
De fait, entre septembre 1990 et juillet 1991, tout en signant des autographes et en donnant des conférences, Unterweger  allait se rendre coupable du meurtre de onze femmes, non sans cesser de sourire devant les caméras, trompant au passage une opinion publique naïve.

    Moins de quatre mois après sa libération, Unterweger fit sa première victime en République Tchèque.
Le 14 septembre 1990, il aborda une jeune femme du nom de Blanka Bockova sur une place de Prague.  La question demeure de savoir si Bockova était une prostituée ou non.
Quoi qu'il en soit, le lendemain, le corps de Bockova fut retrouvé dénudé, les jambes écartés de manière provocante.  La victime avait été frappée et étranglée avait ses propres bas, avant d'être partiellement recouverte de feuilles.  Sa bague en or n'avait pas été volée.


    Cinq semaine après l'assassinat de Bockova en Tchéquie, une prostituée autrichienne de quarante et un ans du nom de Brunhilde Masser disparut, le 26 octobre 1990.

    Le 5 décembre 1990, la prostituée Heidemarie Hammerer disparut à Bregenz, à la frontière de la Suisse et de l'Autriche.
Le 31 décembre, son corps fut retrouvé dans les bois, couvert de feuilles.  Hammerer avait les jambes nues, avait été battue et avait été entravée par des menottes ou des cordes.  On retrouva sur son corps de rares traces de sperme et de petites fibres rouges étrangères à la scène de crime.

    Le 5 janvier 1991, le cadavre de Masser fut retrouvé près de Graz, nu et couvert de feuilles.  La victime avait été étranglée avec ses propres bas.


    Le 7 mars 1991, la prostituée Elfriede Schrempf disparut  à son tour.  Deux jours plus tard, un homme appela la famille de la victime et fit des commentaires désobligeants sur cette dernière.


    Ignorantes du meurtre de Bockova en Tchéquie, les autorités autrichiennes refusèrent l'hypothèse du tueur en série.

    En mars 1991, Unterweger se rendit à Vienne et, entre mars et mai, s'attaqua à quatre prostituées : Silvia Zagler, Karin Eroglu, Sabine Moitizi et Regina Prem.
Les corps de Moitizi et Eroglu furent retrouvés dans un bois de la périphérie de Vienne les 20 et 23 mai.  Toutes deux avaient été étranglées avec leurs vêtements.  Moitizi fut retrouvée vêtue d'une chemise et délestée de son argent.  Eroglu était nue à l'exception des chaussures mais portait toujours ses bijoux.  Dans chaque cas, aucune trace d'agression sexuelle ne fut découverte.

    Dans le cas de Regina Prem, son mari reçut plusieurs appels d'un homme qui revendiqua son meurtre et déclara : "J'ai été son bourreau.  Dieu m'a dit de sacrifier son visage de l'Enfer.  J'ai donné à beaucoup le châtiment qu'elles méritaient".
Le numéro de téléphone de Prem était sur liste rouge mais elle l'avait sur elle lors de son meurtre.

    Malgré les similitudes entre les meurtres, les autorités autrichiennes persistèrent à rejeter la thèse du tueur en série et à considérer les meurtres comme des actes isolés.

Les soupçons et le double jeu



    En dépit des certitudes mal placées de la police, la presse tira ses propres conclusions et, dès  le 25 mai 1991, titra sur "L'étrangleur de Vienne".

    Unterweger fut sollicité par la presse pour couvrir les crimes du maniaque; situation ironique s'il en est.  Unterweger
confirma que, selon lui, les meurtres avaient été commis par un tueur en série et décrivit la peur qui devait saisir les prostituées autrichiennes.

    De son côté, un enquêteur de Salzbourg à la retraite, qui avait travaillé sur l'affaire Schaeffer, le premier meurtre d'Unterweger, se mit à soupçonner son ancien suspect.  Il insista sur le même modus-operandi, avec de légères variations.

    Une surveillance d'Unterweger fut mise en place mais les résultats furent décevants.  De son côté, Unterweger continua à fréquenter les célébrités et critiqua la police autrichienne pour son incapacité à arrêter le tueur.

Les meurtre de Los Angeles



    En juin 1991, un magazine autrichien engagea Unterweger et lui commanda un rapport sur la prostitution à Los Angeles.  Unterweger se rendit donc sur place.

    La police autrichienne se concentra sur Unterweger et tenta de cerner ses déplacements en étudiant l'utilisation de ses cartes de crédit.
Il apparut que :
  • Unterweger avait parcouru l'ensemble de l'Autriche,
  • Il se trouvait à Graz lors de la disparition de Brunhilde Masser,
  • Il se trouvait dans les environs du lieu de disparition d'Elfriede Schrempf,
  • Il était à Bregenz lors de la disparition de Hammerer et un témoin avait donné un signalement compatible à celui d'Unterwager
  • Il se trouvait à Prague lors de l'assassinat de Bockova...

    Durant les cinq semaines où Unterweger se trouvait à Los Angeles, aucun meurtre de prostituée ne fut commis en Autriche.  Par contre, trois prostituées furent assassinées dans la ville américaine.  Tout cela ne semblait pas être une coïncidence.
Shannon Exley, trente-cinq ans, fut tuée le 20 juin 1991.
Le 28 juin, Irene Rodriguez, à peine arrivée du Texas, connu le même sort.
Le 3 juillet, Sherry Ann Long, aussi connue sous le nom de Peggy Booth, vingt-six ans, trouva la mort.
Les trois victimes avaient été étranglées avec leur soutien-gorge.

    Peu après, Unterweger regagna l'Europe.

L'arrestation



    A son retour en Autriche, Unterweger fut interrogé par la police, le 22 octobre 1991.  Il nia les faits et ameuta le monde journalistique.  La presse  se répandit en calomnie sur la police, accusée de chercher un bouc émissaire à cause du passé de Jack, et éleva Unterweger au rang de victime.

    Unterweger vendit son véhicule de marque BMW pour acquérir une Volkswagen Passat.  La police retrouva l'acquéreur de la BMW et, en examinant la voiture, retrouva un cheveu de Blanka Bockova, tuée à Prague.  La police retrouva également une écharpe rouge appartenant à Unterweger et dont les fibres correspondaient à celles retrouvées sur le corps de Hammerer.

    Dans l'intervalle, Unterweger prit la fuite aux Etats-Unis et se réfugia à Miami.
Les enquêteurs autrichiens prirent contact avec leurs homologues américains et décrivirent le modus-operandi d'Unterweger.  Ce dernier devint le suspect numéro Un des meurtres de Los Angeles.

    Au courant des sympathies de la presse autrichienne à son égard, Unterweger, qui avait caché son passé criminel pour pouvoir entrer aux Etats-Unis, tenta d'obtenir l'appui de la presse américaine en se prétendant un bouc émissaire.

    Les autorités américains délivrèrent un mandat d'arrêt à charge d'Unterweger en conséquence de ses fausses déclarations à l'entrée du territoire.
Unterweger fut arrêté à Miami et, à la demande d'Interpol, extradé vers l'Autriche.  Unterweger ne s'opposa pas à son extradition, certain d'obtenir un soutien populaire en Autriche où, par ailleurs, il ne risquait que la perpétuité; par contre, en étant condamné aux Etats-Unis, il aurait écopé de la peine de mort.

Le procès



    Le 28 mai 1992, Unterweger fut extradé vers l'Autriche.  Il nia les meurtres et protesta de son innocence devant la presse.

    L'opinion publique avait cependant basculé.
En juin 1994, le procès d'Unterweger débuta.  Il fit accusé de trois meurtres aux Etats-Unis, un à Prague et sept en Autriche.
Unterweger nia tout mais les preuves s'accumulèrent contre lui; en particulier son ADN retrouvé sur le corps des trois victimes américaines.

    Unterweger fut reconnu coupable du meurtre de Prague, des trois meurtres de Los Angeles et de cinq des sept meurtres commis en Autriche.  Il fut condamné à perpétuité.

    La nuit qui suivit le prononcé du verdict, Unterweger se suicida en se pendant dans sa cellule.  Le noeud qu'il avait fait sur ses lacets était le même que celui qui avait servi lors des meurtres de prostituées.
Décédé avant que la procédure d'appel ne soit parvenue à son terme, Unterweger doit légalement être considéré comme innocent.

    Après la mort d'Unterweger, le chanteur autrichien Falco sortit une chanson basée sur son histoire.  Les oeuvres d'Unterweger furent rééditées.  Au théâtre, il fut incarné par l'acteur John Malkovich.

Les victimes



 
  • Margaret Schaeffer, le 11 décembre 1974, près de Salzbourg, 
  • Marcia Horveth, en décembre 1974, près de Salzbourg, 
  • Blanka Bockova, le 15 septembre 1990, à Prague, 
  • Brunhilde Masse, le 26 octobre 1990, à Graz, 
  • Heidemarie Hammerer, le 5 décembre 1990, à Bregenz, 
  • Silvia Zagler, en mars 1991, à Vienne, 
  • Elfriede Schrempf, le 7  mars 1991, 
  • Sabine Moitizi, le 16 avril 1991, à Vienne, 
  • Regina Prem, le 28 avril 1991, à Vienne, 
  • Karin Eroglu, le 8 mai 1991, à Vienne, 
  • Shannon Exley, le 20 juin 1991, à Los Angeles, 
  • Irene Rodriguez, le 28 juin 1991, à Los Angeles, 
  •   Sherry Ann Long, le 3 juillet 1991, à Los Angeles.

Modus-operandi et l'aspect psychologique



    Le modus-operandi d'Unterweger mêlait violence brute et rituel.

    Il prenait en charge une prostituée et se rendait sur un parking ou dans un bois.  N'exerçant pas de violences sexuelles, il avait un rapport avec la femme, généralement pour pouvoir user d'un moyen de contrainte quelconque (menottes, liens,...).
La victime était alors contrainte de quitter la voiture et de marcher dans le noir.  Toute forme de résistance valait à la victime d'être tabassée.  La mort était causée par une strangulation exercée à l'aide d'un sous-vêtement ou d'un bas.
Les corps étaient ensuite partiellement dissimulés, sous des feuilles ou des branches.

    Toutes les victimes étaient des prostituées plus ou moins avérées.

    Parmi les constantes des meurtres d'Unterweger, on peut citer :
  • Le type de victime et la manière dont les corps étaient disposés,
  • Toutes les victimes étaient abandonnées à l'extérieur et, la plupart de temps, recouvertes de branches,
  • Du sperme n'était pas retrouvé sur les victimes (à l'exception d'une prostituée autrichienne et d'une autre de Los Angeles),
  • Les victimes avaient été étranglées avec un bas ou un sous-vêtement,
  • La plupart avaient des marques de ligatures aux poignets et aux chevilles,
  • Elles n'avaient généralement pas été vues en compagnie d'un homme ou montant dans une voiture,
  • Il n'y avait pas de trace de violence sexuelle,
  • Les indices étaient rares ou inexistants,
  • Le modus-operandi était calculé et non spontané.

    Le passé de prostituée de la mère d'Unterweger et son enfance déplorable expliquent en grande partie ses agissements même si l'intéressé ne justifia jamais ses actes.
Très intelligent, malgré son absence d'éducation à la base, Unterweger était un manipulateur hors pair qui couvrit l'affaire et interviewa le chef de la police sur ses propres crimes.
Unterweger sentait instantanément ce que son interlocuteur cherchait en lui et adaptait son comportement en conséquence.  A titre d'exemple, il était parvenu à convaincre les parents de sa première victime de prendre en charge son éducation...

    Parmi les mobiles d'Unterweger, les psychiatres parlèrent de sentiment d'insécurité au sujet de sa virilité et d'impuissance passagère.  Lorsqu'il aurait été incapable d'entretenir un rapport sexuel, Unterweger aurait tenu les prostituées pour responsables et se serait senti humilié, ce qui aurait amené son passage à l'acte.  Pour se venger de l'humiliation subie à ses yeux, il abandonnait les corps des victimes dans des positions humiliantes.
Petit à petit, le meurtre lui même aurait pris une consonance érotique et Unterweger se serait retrouvé, compulsivement, dans l'obligation de tuer à nouveau, étant incapable de mettre un terme à ses agissements par lui-même.

JACK UNTERWEGER


Nom : Johan "Jack" Unterweger

Victimes: 9 reconnues, sans doute une douzaine

Lieux : Autriche, République tchèque, Etats-Unis

Dates : En décembre 1974, puis entre septembre 1990 et juillet 1991

Moyen : Strangulation

Mobiles : Haine des prostituées et peut-être gratification sexuelle

Verdict : Perpétuité; suicide en détention


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