L'affaire Sam Sheppard : un cas bien mystérieux



    Jeune chirurgien promis à un bel avenir, le docteur Sheppard vit son destin bouleversé le 4 juillet 1954, lorsqu'il découvrit le corps de son épouse assassinée au domicile.  Reconnu coupable du meurtre, il fut finalement déclaré innocent après douze années de procédure.

Les origines



    Samuel Sheppard naquit à Cleveland (Ohio) le 29 décembre 1923.  Son père était chirurgien et s'était spécialisé dans la pratique de l'ostéopathie; il finit par fonder sa propre clinique.

    Sam Sheppard vécut une enfance sans histoire et se distingua, lors de ses études secondaires, par un goût très marqué pour les activités sportives.
Passionné par la compétition, il poursuivit des études de médecine par tradition familiale mais sans en tirer de réel plaisir.  Les deux frères de Samuel, sous l'influence parentale, avaient eux-mêmes suivi la voie médicale.
Après avoir débuté ses études à Cleveland, Sam les termina à Los Angeles.  Il obtint son diplôme de médecin généraliste en 1948, puis poursuivit dans la voie de l'ostéopathie.

    Sam Sheppard épousa Marilyn Reese en 1945.  Le couple eut un fils et s'installa à Bay Village, une banlieue calme et huppée de Cleveland.  La naissance de l'enfant fut compliquée et Marilyn, dont la mère était morte en couches, en garda un traumatisme important, ainsi qu'une peur de la sexualité.  Le couple traversa dès lors une crise conjugale qui dura plusieurs années.

    En 1948, Sheppard Senior fonda l'hôpital de Bay View à Bay Village et parvint à convaincre ses trois fils de venir travailler avec lui.
Sam Sheppard


Le meurtre et l'enquête



    Le 3 juillet 1954 dans la soirée, le couple Sheppard se trouvait dans sa maison de Lake Road, sur les bords du Lac Erié.
Ils dînèrent en compagnie d'un couple de voisins, Don et Nancy Ahern.
Lorsque les voisins quittèrent leurs hôtes, vers minuit trente, Sam Sheppard, fatigué, s'était déjà endormi sur un canapé du rez-de-chaussée, vêtu d'un simple t-shirt blanc, d'un pantalon marron et d'une veste côtelée
En partant, Nancy Ahern s'assura que la porte arrière de l'habitation des Sheppard était bien verrouillée.

    A cinq heures quarante-cinq, le téléphone retentit chez Spencer Houk, le maire de Bay Village et ami proche de Sam Sheppard.  Lorsque Houk décrocha, il entendit le médecin en panique lui déclarer : "Viens vite, je crois qu'ils ont tué Marilyn".
En compagnie de son épouse, le maire se rendit sur place où il parvint dix minutes plus tard.  Ils constatèrent que le rez-de-chaussée avait été mis sens dessus dessous.  Une commode avait été visitée et la trousse du docteur avait été renversée et fouillée.
La commode fouillée


La trousse médicale renversée



    Sam Sheppard, le visage tuméfié, semblait en état second.  Son pantalon était mouillé.
Houk gagna l'étage et y découvrit le corps de Marilyn.  Elle présentait de graves blessures à la tête, ayant été frappée 35 fois avec un objet contondant.
La scène de crime



    A 6h03, la police arriva sur place.  Sam Sheppard fut conduit à l'hôpital de Bay View où l'on constata ses blessures : lèvres tuméfiées, traces importantes de coups au visage, blessures au cou, une vertèbre cervicale touchée...

    Les enquêteurs remarquèrent rapidement plusieurs anomalies. 
Tout d'abord, la maison des Sheppard ne montrait aucune trace d'effraction. 
Aucune empreinte ne fut relevée dans la chambre du crime, si ce ne sont celles de Sheppard et de son épouse.
Par ailleurs, la violence de l'agression laissa supposer que le tueur en voulait bien à la vie de Marilyn et n'était pas un simple cambrioleur. 
L'arme du crime ne fut pas retrouvée.
Enfin, la veste côtelée que Sheppard portait lorsqu'il avait été vu endormi sur la canapé par ses voisins fut retrouvée soigneusement pliée.
Trouvant les explications de Sheppard peu convaincantes, les policiers en firent leur premier suspect.

    La version de Sheppard était la suivante :
Il raconta qu'il s'était endormi sur le canapé et avait été réveillé par les cris de son épouse.  Il s'était alors précipité dans la chambre, avait aperçu une silhouette et s'était jetée sur elle avant d'être assommé.  Ayant repris ses esprits, il avait constaté le décès de sa femme et s'était rendu dans la chambre de son fils (qui était sain et sauf).  Il avait alors entendu du bruit au rez-de-chaussée et avait poursuivi l'auteur qui s'était enfui par la porte arrière et avait emprunté les escaliers menant à la plage privée qui bordait le lac.  Sur la plage, une nouvelle lutte s'était engagée, au cours de laquelle Sheppard avait été assommé une seconde fois.
Le docteur décrivit son agresseur comme un colosse hirsute et corpulent.

    Vu la notoriété de la famille Sheppard, le crime fit la Une des journaux.
Dans l'ensemble, les journaux estimèrent que les déclarations de Sheppard étaient incohérentes et que le médecin avait tué sa femme dans un contexte de mésentente conjugale.

    Sur les conseils de son avocat, le docteur refusa de se soumettre au détecteur de mensonges et se montra peu loquace.  La presse interpréta ce silence comme suspect.
Le 28 juillet, le "Cleveland Press" publia : "Vous pouvez parier que l'affaire Sheppard aurait été réglée depuis longtemps si elle avait impliqué de petites gens.  Sheppard, ignoble menteur, est encore libre de mener ses affaires, protégé qu'il est par une famille influente et un avocat d'une rare efficacité".

    Lors de l'audience préliminaire, Sheppard ne convainquit personne, d'autant plus qu'il semblait tenter de cacher l'existence d'une maîtresse.  Le 31 juillet, il fut placé sous mandat d'arrêt.  Il décida de plaider non coupable.

Sheppard reconnu coupable



    Sam Sheppard comparut devant le tribunal de Cleveland le 18 octobre 1954.
La constitution du jury s'avéra délicate, nombre de personnes ayant des idées préconçues sur l'affaire.  La défense échoua à faire juger le médecin dans une autre ville.

    Le procès débuta véritablement le 4 novembre 1954.  Le Procureur accusa Sheppard d'avoir assassiné sa femme pour pouvoir épouser sa maîtresse, citée comme "mademoiselle X"., et insista sur l'absence d'effraction au domicile des Sheppard.

    Le 8 novembre, les Ahern, voisins du couple, furent cités à comparaître.  Madame Ahern déclara : "Marilyn semblait très amoureuse de son mari mais je ne sais pas si lui aimait autant sa femme".

    Spencer Houk, appelé sur les lieux par Sheppard, déclara qu'un des frères de l'accusé, arrivé sur place, avait demandé à Sheppard : "Sam, as-tu quelques chose à voir avec tout ça?".  Le frère nia avoir jamais tenu de tels propos mais, aux yeux des jurés, le maire de Bay Village parut plus crédible qu'un membre du clan Sheppard.
Esther Houk déclara que Sam et Marilyn s'étaient disputés à de multiples reprises au sujet de questions financières.  Elle s'étonna aussi que le chien des Sheppard ne se soit pas manifesté si quelqu'un avait pénétré dans l'habitation du couple.

    Le 16 novembre le légiste Gerber affirma avoir distingué une trace sanglante sur l'oreiller de la victime, trace laissée par un instrument chirurgical (qu'il ne put nommer).  La Défense souligna qu'aucun instrument de ce type ne fut retrouvé sur les lieux du meurtre.
Bien qu'hypothétique, la déclaration de Gerber influença insidieusement les jurés, Sam Sheppard étant chirurgien.

    "Mademoiselle X" fut aussi conviée à la barre.  Elle se nommait en fait Susan Hayes et reconnut être la maîtresse de Sam Sheppard depuis le début de l'année 1954.  Ce témoignage rendait Sheppard coupable d'adultère, un délit puni d'une peine de prison en Ohio.  Par ailleurs, comme le médecin avait nié toute relation extraconjugale lors de l'audience préliminaire, il s'était également rendu coupable de parjure.

    Interrogé le 9 décembre, Sheppard donna rarement l'impression de dire la vérité.  Il reconnut avoir eu d'autre liaisons mais refusa de nommer ses maîtresses.

    Stephen Sheppard, frère de l'accusé, déclara que le tueur pouvait être l'un des nombreux prétendants de Marilyn.  Il ajouta que le maire Houk avait fait des avances à Marilyn deux années durant.  La femme de ménage des Sheppard confirma que Houk s'était à plusieurs reprises rendu dans la chambre de Marilyn

    On s'intéressa aussi aux vêtements de l'accusé.
Les murs de la chambre des Sheppard avaient été maculés de sang.  Si Sheppard était le tueur, il aurait en principe présenté des traces de sang sur ses vêtements.  Il portait toujours son pantalon marron de la veille mais celui-ci ne présentait qu'une minuscule tache de sang au niveau d'un genou.  Avant le meurtre, Sam portait un T-shirt blanc; à l'arrivée des témoins, il se trouvait torse nu et prétendit ne plus se souvenir avoir perdu son t-shirt.  Deux t-shirts furent retrouvés sur la plage mais ils n'étaient pas imprégnés de sang.

    Sheppard avait déclaré avoir été attaqué par "un colosse hirsute".  Deux témoins, Leo Stawicki et Richard Knitter, confirmèrent avoir aperçu un individu similaire rôder près de la maison des Sheppard entre 2h30 et 4h00, la nuit du meurtre.

      L'accusation affirma que Sheppard avait fait disparaître les traces de sang de son pantalon, ce qui expliquait qu'il soit apparut aux témoins porteur d'un pantalon mouillé.  Elle l'accusa également de s'être infligé lui-même les blessures au visage.

    La défense signala que les enquêteurs avaient découvert un fragment de dent dans la salle de bain et qu'il n'appartenait ni à la victime, ni à Sam Sheppard.  On avait aussi découvert sur place un fragment de cuir rouge et un fragment de vernis à ongles rouge qui ne provenait pas de Marilyn Sheppard.  Sans parler d'empreintes de pas de femme découvertes sur la plage.  La Défense affirma que Sheppard s'était éloigné du sentier de la moralité mais que cela ne faisait pas de lui un meurtrier.

    Le 17 décembre, le jury se retira.  Il fallut dix jours pour parvenir à un verdict.  Sheppard fut reconnu coupable de "Meutre au second degré"; soit de violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner.
Le juge Blythin condamna Sam Sheppard à la réclusion à perpétuité.

Une longue procédure



    L'avocat de Sheppard engagea alors l'un des plus brillants criminologue des Etats-Unis, Pail Leland Kirk.  Ce dernier analysa la scène de crime et confirma qu'une tierce personne s'était introduite dans la chambre des Sheppard la nuit du meurtre.  En effet, du sang, retrouvé sur une armoire, n'appartenait pas au groupe sanguin de la famille.  Kirk affirma aussi que deux débris de dents de Marilyn avaient été retrouvés à un endroit illogique et que la victime avait certainement violemment mordu son agresseur alors qu'elle luttait pour sa vie.  Sam Sheppard ne montrait aucune trace de morsure.
Kirk signala aussi que les traces de sang visibles sur les murs démontraient que l'assassin avait frappé de la main gauche.  Sheppard était droitier.

    Le 10 mai 1955, le juge Blythin refusa la révision du procès sur base des analyses de Kirk.  La Cour d'Appel de l'Ohio confirma cette position tout en admettant que la presse avait influencé l'enquête.
Le 31 mai 1956, la Cour Suprême de l'Ohio maintint le verdict mais deux de ses juges estimèrent que les preuves étaient insuffisantes que pour condamner Sheppard et affirmèrent que le juge Blythin avait été influencé par la presse.
Le 19 décembre, la Cour Suprême des Etats-Unis, composée de sept membres, refusa de reconsidérer l'affaire en précisant "la décision de ne pas rouvrir le procès Sheppard ne signifie pas que la Cour Suprême des Etats-Unis approuve le verdict".
A cette date, Sheppard avait dilapidé l'essentiel de sa fortune, plus de 100 000 dollars, en frais de justice.

    En juillet 1957, un détenu de 23 ans, Donald Wedler, condamné à une peine de dix années de détention pour vol à main armée, s'accusa du meurtre de Marilyn Sheppard.  Un expert affirma que Wedler disait "la vérité ou ce qu'il croit être la vérité" mais la Justice considéra les déclarations de Wedler comme "un canular monté de toutes pièces".

    En 1959, Sheppard, qui recevait des lettres de soutien du monde entier, reçut un courrier d'une jeune Allemande de 29 ans, Ariane Tebbenjohanns avec laquelle il entama une relation sentimentale.

    En 1961, Sheppard fut contacté par un avocat aussi ambitieux qu'adroit, F. Lee Bailey.  Il s'adjoignit aussitôt ses services.  L'avocat employa son énergie à réhabiliter Sam Sheppard dans la presse.

    En janvier 1963, la presse dévoila le passé sulfureux d'Ariane Tebbenjohanns , qui avait fait partie des Jeunesses hitlériennes, et dont la demi-soeur, Magda, avait épousé Joseph Goebbels, Ministre nazi de la Propagande et l'un des principaux responsables de la persécution des juifs en Europe.

    En avril 1963, Bailey demanda la révision du procès Sheppard auprès de la Cour fédérale.  Après plus d'un an de procédure, le 15 juillet 1964, un juge fédéral estima que le procès de 1954 était "une offense à la justice" et que "jamais procès ne fut plus manipulé par la presse".  Le juge Weinman ordonna la libération de Sam Sheppard et la révision de son procès.
Sheppard fut libéré après dix années de détention et épousa Ariane Tebbenjohanns.
Une Cour d'Appel s'opposa à la décision de Weinman mais laissa Sheppard en liberté.  Bailey fut contraint de lancer une nouvelle procédure d'appel, cette fois devant la Cour Suprême des Etats-Unis. 
Le 6 juin 1966, cette Cour annula la condamnation à perpétuité de 1954, au bénéfice du doute.

Un nouveau procès



    Le second procès Sheppard s'ouvrit à Cleveland le 24 octobre 1966.
Les jurés furent confinés dans un hôtel et n'eurent pas de contact avec la presse.
La plupart des témoins de l'accusation de 1954 déposèrent à nouveau, à l'exemple de Spencer Houk.
Susan Hayes, l'ex-maîtresse, fit en sorte d'éviter toute nouvelle publicité en rapport avec l'affaire.

      L'enquêteur Schottke admit qu'il avait soupçonné Sheppard avant même de l'avoir interrogé.  Il apparut que le policier avait fait preuve d'incompétence et il fut d'ailleurs sérieusement réprimandé par la suite.
Le légiste Gerber, qui en 1954 avait affirmé que Marilyn Sheppard avait été assassinée à l'aide d'un instrument chirurgical, ne cessa de se contredire et fut incapable de prouver ses dires.

    Au cours d'un réquisitoire de quatre heures, Bailey affirma que le Ministère public avait condamné Sheppard sans preuve de sa culpabilité.

    Le 16 novembre 1966, le jury se retira pour délibérer.  Quelques heures plus tard, il déclara Sam Sheppard "non coupable" au bénéfice du doute.  Il avait fallu cinq scrutins pour parvenir à une décision, les jurés les plus âgés s'acharnant à juger Sheppard coupable...

    Sheppard peina à obtenir à nouveau l'autorisation de pratiquer la médecine.  Il l'obtint finalement en décembre 1967.
Le 3 décembre, il démissionna de son poste à l'hôpital de Youngstown suite à une plainte déposée par un patient pour erreur médicale.
Le même jour, Ariane Tebbenjohanns entama une procédure de divorce pour motif de négligence et de cruauté mentale.  Elle dépeignit Sheppard comme un maniaque et affirma ne jamais avoir été heureuse en quatre années de mariage.  Le divorce fut prononcé en octobre 1969.

    Devenu dépendant à l'alcool, endetté, Sheppard se lança dans une carrière de catcheur.  Il remporta un combat professionnel et épousa la fille de son manager.  Il apprit alors qu'il ne lui restait que six mois à vivre.
Le 6 avril 1970, il décéda d'une cirrhose, à l'âge de 46 ans.

Des valeurs morales strictes et rigides



    En 1954, Sheppard fut jugé par un jury sectaire et strict qui n'accepta pas son irrespect des règles établies.  Le médecin avait eu plusieurs aventures et s'était rendu coupable d'adultère.  L'Amérique puritaine de l'époque ne pouvait pas lui pardonner pareil comportement.
En 1966, lors du procès en révision, on vivait une période de libération sexuelle.  Les moeurs avaient changé et le comportement extra-conjugal de Sheppard prêtait alors à l'indulgence.

    On peut dire que Sheppard fut, en partie, victime d'une justice aveugle attachée à des valeurs morales des plus strictes.

Une énigme irrésolue



    Nombre d'observateurs furent d'accord pour dire que Marilyn avait été tuée par quelqu'un qu'elle connaissait.  Un simple cambrioleur n'aurait pas commis une agression aussi violente.
Un détective new-yorkais, Harold Bretnall, écrivit : "La réponse à l'énigme de l'affaire Sheppard se trouva à Bay Village".  Bretall affirma qu'il possédait la preuve que Marilyn avait quitté la maison durant la nuit du 4 juillet 1954 et qu'elle avait été assassinée par un homme qui avait l'habitude de se rendre chez elle.

    John Harrison Pollack, l'auteur de "Dr. Sam Sheppard, an American Tragedy" en 1972, estima que Marilyn avait été tuée par un couple.  Il émit l'hypothèse que la victime entretenait une relation avec un homme marié et que l'épouse bafouée serait intervenue alors qu'il se trouvait en présence.  La bagarre aurait dégénéré, le couple faisant front commun contre Marilyn.

    Paul Holmes, auteur de "The Sheppard Murder Case" en 1961, estima aussi que l'agression était le fait d'un couple, se basant sur la brutalité du meurtre, les blessures peu profondes de Sam Sheppard et le désordre maladroit laissé pour simuler un cambriolage.  Le chien n'aurait pas aboyé car le couple était bien connu des Sheppard.

    Une confession ne fut jamais prise au sérieux.  En 1957, Donald Wedler, un jeune homme détenu en Floride, avoua s'être rendu à Bay Village, trois ans auparavant, à l'aide d'une voiture volée.  Il déclara être entré dans une maison afin d'y commettre un vol, avoir frappé une femme à l'aide d'un tuyau en fer, et s'être battu avec un homme dans une cage d'escaliers, avant de fuir.
Wedler était mince et blond.  Il ne correspondait pas à la description du colosse hirsute faite par Sheppard mais donna des détails plus que troublants concernant l'agression.  Les autorités estimèrent que sa confession était un canular.  Wedler passa avec succès au détecteur de mensonge mais les enquêteurs rejetèrent les résultats, décrétant qu'ils ne prouvaient rien.
Donald Wedler



    En 1997, à la demande du fils Sheppard, un expert d'Indianapolis effectua des analyses ADN autorisées par un tribunal.  Toutefois, avant même la divulgation des résultats, les procureurs minimisèrent l'importance de la preuve ADN en précisant que la scène de crime avait été piétinée.

    Ces analyses démontrèrent que des traces sanguines ne provenaient pas de Marilyn Sheppard, ni de Sam Sheppard lui-même.  Cela démontrerait la participation d'une tierce personne dans le crime.
Selon l'expert, l'ADN retrouvé dans la chambre serait compatible, à 90%, avec celui de Richard Eberling, un laveur de vitres employé chez les Sheppard et chez lequel une bague appartenant à la victime fut retrouvée en 1959.  Eberling avait un passé d'agressions sexuelles et fut d'ailleurs emprisonné pour le meurtre d'une femme en 1984.

    Les traces ADN précitées furent retrouvées dans la chambre de Marylin Sheppard, sur les escaliers, le porche et le pantalon de Sam Sheppard.
En outre, cet ADN fut retrouvé sur deux lames de frottis vaginaux effectués sur la victime, ce qui impliquerait un viol.  Ce viol ne fut jamais évoqué lors des procès Sheppard.

      Toutefois, ces analyses furent sévèrement critiquées et ne cadrent pas avec d'autres faits :
  • Eberling était du groupe sanguin A.  Aucune trace de ce groupe ne fut retrouvée sur la scène de crime.
  • Les pseudos aveux d'Eberling furent affaiblis par la volonté du prisonnier d'attirer l'attention des médias sur sa personne.
  • Eberling donna plusieurs versions fantaisistes de la soirée tragique et était connu comme un menteur patenté.
  • Eberling passa au détecteur de mensonge en 1959 et affirma être étranger au meurtre de Marilyn.  Les experts estimèrent qu'il disait alors la vérité.
  • En 2004, un témoin, collègue d'Eberling, confirma que c'était lui, et non le suspect, qui avait lavé les vitres du domicile Sheppard deux jours avant les faits, le 2 juillet 1954.
  • Il n'y avait aucune effraction à la maison Sheppard,
  • En 1966, Sheppard croisa Eberling et le ne reconnut pas comme son agresseur,
  • Eberling n'avait aucun mobile pour assassiner Marilyn.  La bague retrouvée chez lui avait été volée en 1957, trois ans après le meurtre, au domicile d'un autre membre de la famille Sheppard,
  • Les empreintes d'Eberling ne furent pas retrouvées sur la scène de crime.

      La Justice estima par ailleurs que le sang avait été corrompu par le long délai écoulé  et que des correspondances pouvaient dès lors être établies avec 83% de la population blanche.  L'analyse ADN est donc légalement irrecevable.

      Néanmoins, alors qu'il était en détention, Eberling se vanta du meurtre.  Il accepta de rencontrer le fils Sheppard et promit de faire des révélations par la suite.  Il confirma la chose devant des journalistes.

    A l'époque du meurtre, Eberling avait déjà une calvitie prononcée.  Il possédait un postiche de cheveux touffus.

    Parmi les différentes versions qu'Eberling donna, il prétendit avoir tué Marilyn à la demande de Sam Sheppard contre une rétribution de 1 500 dollars.
Par la suite, il revint sur ses aveux et parla d'un canular.

    La justice n'envisagea jamais la réouverture du dossier vu les faiblesses de ce dernier et le peu de charges contre Eberling.
Eberling est décédé en détention en 1998, à l'âge de 68 ans

    En 2000, le fils de Sam Sheppard attaqua l'Etat de l'Ohio, lui reprochant l'emprisonnement abusif de son père.
A l'issue d'un procès civil long de dix semaines, sa demande fut rejetée.  La décision fut confirmée par une cour d'appel deux ans plus tard.
Le jury, après l'audition de 76 témoins, et malgré des révélations favorables à Sheppard (dont le fait que des pièces à conviction n'avaient pas été présentées lors des procès successifs, en plus du fait que le légiste Gerber était un ennemi personnel de Sheppard et s'était acharné à le faire condamner), estima, après un délibéré de trois heures, qu'aucune preuve n'avait été apportée quant à un emprisonnement injustifié du médecin.
Une fois de plus, l'hypothèse se fit que Sheppard avait tué Marilyn pour continuer ses liaisons avec d'autres femmes, le divorce étant trop stigmatisant socialement pour sa carrière.  Une fois de plus, on s'étonna sur le fait que Sheppard n'avait pas appelé à l'aide, qu'il avait plié soigneusement sa veste avant de se porter au secours de sa femme, et que son chien, féroce envers les inconnus, n'avait pas aboyé...
Eberling


Sheppard était-il coupable ?



    En dépit son innocence reconnue en 1966, au seul bénéfice du doute, et malgré la possible présence d'une troisième personne sur la scène de crime relevée par des analyses ADN contestées, certains analystes restent persuadés de la culpabilité de Sheppard sur base d'éléments divers.
En voici quelques uns :
  • Aucune lésion compatible avec un viol ne fut découverte sur Marilyn Sheppard lors de l'autopsie,
  • Le cambriolage semblait avoir été simulé.  Des bijoux, des armes, de la drogue et une somme de 1 000 dollars, facilement visibles, furent négligés par l'auteur,
  • Certains dommages résultaient plus de vandalisme passionnel que d'un cambriolage et touchaient des effets personnels.  Plusieurs trophées et des photos du couple avaient été brisés,
  • Lorsqu'il appela le maire Houk, Sheppard, annonça "Je crois qu'ils ont tué Marilyn".  Par la suite, il ne parla plus jamais de plusieurs auteurs,
  • Pourquoi avoir arraché le portefeuille de la poche du médecin pour ensuite l'abandonner sur place ?
  • Pourquoi le chien n'aboya-t'il pas ?
  • Qu'est-il advenu du T-Shirt de Sheppard ?  Sheppard, couvert de sang, aurait-il fait disparaître cette pièce incriminante ?
  • Pourquoi Marilyn fut-elle battue si sauvagement par rapport aux blessures de Sheppard ?
  • Pourquoi n'y avait-il pas de traces de lutte sur la plage à l'endroit où Sheppard aurait combattu son agresseur ?
  • La montre-bracelet de Sheppard, déclarée volée par l'agresseur, fut retrouvée abandonnée à l'extérieur.  Le bracelet présentait des traces de sang provenant de Marilyn.  Sheppard expliqua que le bracelet avait été taché en prenant le pouls de son épouse.  La montre fut donc volée par le tueur lorsqu'il assomma Sheppard une seconde fois.  Pourquoi pas en l'ayant assommé la première fois ?
  • Sheppard entretenait une relation avec Susan Hayes depuis trois ans.  Marilyn avait appris cette relation trois mois avant sa mort.  Sheppard aurait-il poussé sa femme au divorce avant de la tuer rageusement à la suite d'un refus ?
  • Sheppard s'était endormi sur un sofa avant le départ de ses invités.  Après le meurtre, on découvrit la veste qu'il portait, soigneusement pliée, sur ce meuble.  Peut-on imaginer Sheppard, réveillé par les appels au secours de son épouse, se débarrasser de sa veste et la plier soigneusement avant de se précipiter à l'étage ?
  • L'agresseur, en entrant dans l'immeuble, a aperçu Sheppard qui dormait au rez-de-chaussée.  Pourquoi ne l'a-t'il pas agressé en premier par surprise ?  Pourquoi a-t'il pris le risque d'attaquer Marilyn à l'étage en sachant que sa retraite serait coupée par le mari resté en bas ?
  • Pourquoi n'y avait-il pas de traces d'effraction  et, de fait, comment l'agresseur est-il entré dans une maison fermée sans laisser de traces de son arrivée ?

    Comme on peut le voir, l'affaire Sheppard est loin d'être close.  Elle ne le sera sans doute jamais.
Et pour cause, plusieurs intervenants, dont Sam Sheppard, mais aussi le maire Spencer Houk, et l'invitée Nancy Ahern, semblèrent déployer une grande énergie à cacher des choses capitales.  A ce titre, l'avocat de Sheppard, Lee Bailey, soupçonna une éventuelle implication de Spencer Houk; le maire aurait entretenu une liaison avec Marilyn Sheppard et possédait une clef de l'habitation.

    En 2014, la population de Bay Village restait convaincue, à 60% contre 40, de la culpabilité de Sheppard.


Medias



    La série américaine "Le Fugitif", tournée entre 1963 et 1967, fut régulièrement comparée à l'affaire Sheppard même si les auteurs démentirent la chose.
Dans la série, le docteur Richard Kimble, accusé à tort du meurtre de sa femme, fuyait la police pour éviter la condamnation à mort et afin de retrouver le véritable assassin (un manchot).

      La véritable maison Sheppard de Bay Village fut rasée en 1993 pour céder la place à une construction plus récente.

L'AFFAIRE SAM SHEPPARD


Nom : Inconnu

Victime : 1

Lieux : Bay Village - Cleveland, Ohio (Etats-Unis)

Date : 4 juillet 1954

Moyen : Objet contondant

Mobile : Ignoré

Verdict : Perpétuité, libéré en 1964, déclaré non coupable en 1966


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