Patrick Salameh : le Barbe  Bleue du trottoir



    A Marseille, durant l'automne 2008, en l'espace de quelques semaines, quatre femmes disparurent sans laisser de traces.  Très vite, les enquêteurs soupçonnèrent l'existence d'un tueur en série.  Trois des disparues étant des prostituées, la presse baptisa le criminel "le Barbe Bleue du trottoir".

Une série de disparitions



    Le 5 octobre 2008, une prostituée ukrainienne de 42 ans, Iryna, disparut mystérieusement sur un grand boulevard marseillais.

      Deux semaines plus tard, le 22 octobre, une autre prostituée roumaine, Cristina, 23 ans, disparut à son tour.

    Encore deux semaines plus tard, le 7 novembre, une troisième prostituée d'origine algérienne, Zineb, 28 ans, disparut d'un boulevard de la ville.
Cette dernière jeune femme vendait ses charmes à l'insu de sa famille.
A la suite de ces disparitions en série, les policiers craignirent fortement de n'être qu'au début des agissements d'un tueur en série.

      Aucun des trois corps ne sera jamais retrouvé.

    Les enquêteurs interrogèrent les collègues des disparues et recueillirent un témoignage interpellant.
Une jeune prostituée marocaine, dénommée Soumia, témoigna de ce qui lui était arrivé en septembre 2008.  Dix jours avant la disparition de la première prostituée, elle avait été prise en charge par un client qui lui avait proposé 900 euros pour qu'elle l'accompagne à son domicile.  La jeune femme avait accepté mais, une fois arrivée sur place, elle avait été ligotée, torturée, battue et violée six heures durant.  La prostituée déclara avoir été menacée de mort et, par instinct de survie, avait accepté de satisfaire les fantasmes de son agresseur.
Soumia ajouta avoir cru apercevoir un corps de femme gisant dans une baignoire.
Après avoir satisfait ses fantasmes, son tortionnaire l'avait ramenée en voiture sur son lieu de prostitution.

L'enquête



    La somme de 900 euros mentionnée par Soumia interpella les enquêteurs car cette même somme avait été mentionnée dans les relevés téléphoniques de Zineb, la troisième prostituée disparue.  Plus exactement, la nuit de sa disparition Zineb avait appelé une collègue et lui avait annoncé qu'un client lui avait offert 900 euros pour la nuit.

    Très vite, les enquêteurs estimèrent qu'un auteur commun était mêlé aux trois disparitions et que l'homme appâtait les prostituées à l'aide de sommes hors du commun pour les attirer dans son piège.

    Par un concours de circonstances, les policiers se retrouvèrent vite sur la piste de l'auteur.
Des vérifications téléphoniques permirent de découvrirent que la puce du téléphone portable d'Iriyna fonctionnait toujours et qu'elle avait été utilisée dans deux téléphones mis en service après sa disparition.
Interrogés, les propriétaires des deux téléphones livrèrent une version similaire.  En échange de dix euros, un homme avait demandé à passer un coup de fil à partir de leur téléphone en y insérant la puce d'Iryna.  Les deux personnes firent une description relativement poussée de l'homme inconnu.
Par un hasard extraordinaire, l'un des témoins, en sortant des locaux de la Police Judiciaire, reconnut l'homme à qui il avait prêté son téléphone.  L'intéressé tenta de prendre la fuite mais fut finalement intercepté par la police.
Rapidement, son identité fut établie : Patrick Salameh, 51 ans.
Irina et Zineb, les première et troisième victimes

Patrick Salameh



    Salameh avait un lourd passé judiciaire.  Il avait été condamné en 1993 à vingt années de réclusion pour une série de braquages, d'actes de torture et d'agressions sexuelles.

    Salameh clama son innocence, nia avoir connu les disparues et affirma ne jamais avoir eu recours à la prostitution.

    Une perquisition d'un appartement, occupé par Salameh à l'insu de sa femme et de ses enfants, permit la découverte d'une corde, de liens en plastique, d'une culotte et de bijoux.
Les enquêteur convoquèrent Soumia, la victime rescapée, qui reconnut le lieu de ses tortures.  Un peu plus tard, elle reconnut formellement Salameh comme son agresseur.

      Alors que le suspect était placé en détention provisoire, l'ADN d'Iryna, de Cristina et un collier ayant appartenu à Zineb furent découverts dans la garçonnière de Salameh.
Il fut ainsi établit que les disparues s'étaient retrouvées sur place.

      Confronté à ces éléments, Salameh reconnut avoir eu recours aux trois prostituées mais nia être impliqué dans les disparitions.  Aucune trace de crime ne fut découverte sur place.
Patrick Salameh

Absence de preuves.


    Aucune trace de crime ne fut non plus découverte dans la baignoire ou sa tuyauterie.
Réinterrogée, Soumia déclara ne plus être sûre d'avoir vu un corps dans cette baignoire.

    En l'absence de corps, l'affaire reposa sur le témoignage de la prostituée survivante.
Malgré plusieurs semaines de recherches, aucune dépouille ne sera découverte.  Il n'y avait aucune preuve scientifique, ni même de preuve d'un crime quelconque à l'égard de Salameh.
En conséquence, le suspect ne pouvait dès lors être poursuivi que pour enlèvements et séquestrations.

Une autre affaire



    Les enquêteurs firent toutefois le lien entre Salameh et une quatrième affaire de disparition, celle de Fatima Saiah, une baby-sitter de vingt ans, qui s'était évaporée le 7 mai 2008, cinq mois avant Iryna, la première prostituée.

    La jeune fille avait reçu un appel d'une femme lui proposant du travail et s'était rendue au rendez-vous.
En soirée, son petit-ami avait reçu un SMS émanant du GSM de la jeune femme et qui signalait qu'elle ne rentrerait pas de la nuit.  Ce comportement était inconcevable vu les habitudes de Fatima.

    Le lendemain, les parents de la jeune fille signalèrent sa disparition.  Jamais elle ne réapparaîtra...
Du fait d'une forte médiatisation de l'affaire, une SDF se manifesta auprès de la police et déclara avoir été sollicitée par un homme qui lui avait demandé de passer un appel téléphonique et de prétendre être à la recherche d'une baby-sitter en échange de dix euros.

      Lorsque Salameh fut arrêté dans l'affaire des prostituées disparues, l'hypothèse de son implication dans la disparition de Fatima se fit jour.
La SDF fut confrontée à Salameh mais ne le reconnut pas malgré trois tentatives.

    En étudiant l'emploi du temps de Salameh, les enquêteurs établirent que le 7 mai 2008, jour de la disparition de Fatima, la carte de métro de Salameh avait été utilisée au niveau de la station de métro la plus proche du lieu de la disparition.
Cet élément perdit de sa crédibilité lorsqu'il apparut que la carte de métro continuait à être utilisée alors que Salameh se trouvait en détention.

      Il faudra attendre trois ans et le 4 mai 2011 pour que la SDF revienne sur ses déclarations et reconnaisse Salameh à partir de photos de presse.
La défense de Salameh déplora la médiatisation excessive de l'affaire et le poids du passé judiciaire de l'accusé, préjudiciable à son client.
Fatima Saiah

Condamné



    Le 3 avril 2014, la Cour d'Assises d'Aix en Provence condamna Patrick Salameh à la réclusion à perpétuité avec une peine de sûreté de 22 ans, pour l'enlèvement et le meurtre des trois prostituées et pour le viol de la quatrième.

    Le 22 octobre 2015, il fut condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une période de sûreté de vingt-deux ans par la cour d'assises des Bouches-du-Rhône pour l'enlèvement suivi de la mort de Fatima Saiah, et ce malgré l'absence de corps et de traces ADN.

    Salameh clame toujours son innocence et a fait appel des jugements.  Il devrait être rejugé d'ici avril 2016.

L'aspect psychologique



    Même si les psychiatres passèrent beaucoup de temps avec Salameh, ils firent généralement part de leur difficulté d'appréhender l'individu.

      Outre le fait qu'il soit fasciné par les tueurs en série, Patrick Salameh aurait le profil d'un serial-killer...
Selon les psychiatres, il ferait penser à un "Myster Hyde se cachant constamment derrière le Docteur Jekyll".  Plusieurs personnes ayant fréquenté Salameh insistèrent sur ses changements d'attitude faisant penser à une double personnalité.

    Les psychiatres identifièrent chez l'accusé "une perversité sexuelle et une destructivité complétée par la chosification de l'autre et une volonté d'omnipotence".

Absence de corps



    Patrick Salameh fut condamné pour quatre meurtres en l'absence de cadavres et même sans preuve scientifique du moindre meurtre.

      Sa culpabilité fut prononcée sur base d'éléments convergents :
  • la découverte à l'intérieur de sa garçonnière de l'ADN des trois prostituées disparues,
  • le passé de violences de l'intéressé,
  • la similitude de moyens utilisés pour aborder les disparues,
  • les témoignages des personnes abordées pour passer des appels téléphoniques,
  • deux tentatives d'enlèvement de jeunes femmes, sous prétexte de baby-sitting, qui échouèrent du fait de la méfiance des femmes abordées...

    De son côté, la défense continue de plaider l'innocence de Salameh en insistant sur les points suivants :
  • la découverte de l'ADN des prostituées chez Salameh ne prouve pas les meurtres,
  • aucune trace de sang ou d'usage d'arme n'a été découverte chez Salameh,
  • comment aurait-il fait disparaître quatre corps ?
  • le passé de délinquant professionnel de Salameh impliquait une condamnation d'office alors qu'un autre accusé, sans passé judiciaire, aurait été facilement acquitté vu l'absence de preuves,
  • dans le cas de la disparition de Fatima Saiah, la seule chose liant le condamné à la victime est le témoignage tardif d'une SDF qui, par trois fois, avait d'abord déclaré ne pas reconnaître Salameh comme l'homme qui cherchait une baby-sitter.  Dans ce cas précis, des membres de la famille de la victime ne croient pas totalement à la culpabilité de Salameh et estiment qu'on leur a fourni Un coupable plutôt que Le coupable...

PATRICK SALAMEH


Nom : Patrick Salameh

Victimes : 4

Lieux : Marseille, Bouches-du-Rhöne (France)

Dates : De mai à novembre 2008

Moyens : Ignoré

Mobile : Gratification sexuelle (présumé)

Verdict : Perpétuité avec peine de sûreté de 22 ans


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